dimanche 29 septembre 2013

Explication de textes : Erreur et Enfant


Bonjour à tous les visiteurs !
Nous poursuivons les explications autour des textes du recueil. Comme au précédent article, j'avais pris le temps de décortiquer la partie Sphères lyriques, je m'attaque dès à présent aux Astres fictionnels. Un morceau de cette partie est déjà expliquée dans l'article de "Blanche obscure". Seulement, je vais cette fois commencer par le début avec deux textes qui fonctionnent de concert.

Sachez aussi que, pour les deux textes, ces musiques m'ont accompagné : Metropolis Part 1, Take the Time et Learning to live, du groupe Dream Theater sur l'album Images and Words.

"Erreur" et "Enfant" sont des textes anciens par rapport au reste du livre. En effet, le premier a été écrit en janvier-février 2010 et le seconde a été commencé en février-mars 2010. Ils étaient prévus pour le projet initial des Contes urbains, à savoir nourrir un recueil uniquement composé de fictions. J'avais envisagé de mettre ensuite "Erreur" dans mon premier recueil, mais je ne le trouvais pas assez achevé. D'autant que, dès le début, j'avais ébauché le fait que le texte Enfant lui serait lié. Or, dans le recueil, avec la date qui accompagne le titre du texte, vous lisez : "terminé en octobre 2012".

Si "Erreur" ne m'a pas posé problème, je me suis véritablement heurté à un mur lors de l'écriture d' "Enfant". Je m'étais arrêté à : "Il voit l'homme de tout à l'heure courir à toutes jambes dans sa direction, et un autre derrière le poursuivant." Alors je ne voyais pas comment poursuivre. Le léger twist que je ne dévoile pas ici mais qui se trouve expliqué dans "Enfant", c'était prévu. Car le coup de feu est le point commun entre les deux textes, et je voulais jouer de cet effet. Toutefois, ce qui vient après la phrase citée, ça m'est venu d'un coup, après l'écriture du texte "Christian" sur lequel on reviendra plus tard.

Prenons maintenant les choses dans l'ordre. "Erreur" m'a été inspiré par rapport à un texte présent dans le premier recueil. Ce texte avait été écrit en 2009 pour un jeu d'écriture. Il consistait en un monologue du personnage qui expliquait avec noirceur comment il avait tout perdu. J'avais décidé, en 2010, de réutiliser ce personnage après sa disgrâce. 

Dès le premier paragraphe, il y a un contraste entre le paysage immaculé et l'atmosphère autour de Pascal. L'hiver peut contenir cette promesse que déploie l'aube enneigée comme il peut lacérer les êtres par le froid. Aussi, ce texte est très fortement inspiré des thrillers romans ou télévisuels. J'ai voulu faire un style brut. Et pour faire ressortir ceci, j'ai insisté sur la rage de Pascal. Il a tout perdu une première fois, et le schéma se répète.
Il se trouve trahi par son colocataire qu'il pensait être un apprenti. Cette situation ne vient pas d'un fait divers, comme l'on pourrait s'y attendre : il est fréquent de trouver que certaines situations qui lancent un thriller se basent sur quelque chose de terrible arrivé réellement. Ce n'est pas le cas ici. Ma volonté était de monter moi-même les personnages et les situations. Ainsi, je garde le contrôle sur Pascal.

Une fois qu'il sort de son appartement, les souvenirs sont convoqués, les pièces s'emboitent. En fait, autant qu'il comprend enfin comment chaque élément est lié, nous découvrons les événements. Il y a une cohérence : il n'y aurait aucun intérêt à raviver les souvenirs de façon interne s'il n'y avait pas cet enjeu. D'ailleurs, faire le choix, à ce moment là, de comprendre la narration par Pascal, et non par le narrateur omniscient et extérieur, relance l'intensité. Le but était de pénétrer dans la colère profonde de Pascal.

Aussi, je ne prends le parti d'aucun personnage. De fait, dans les remémorations des dialogues, le narrateur s'efface, nous n'avons que le discours. Nous avons quelque chose de théâtral. Le but n'est pas d'attendrir ou de jouer sur l'émotion, mais de donner du relief à l'action.
Lors de la confrontation, tout est flou, les phrases jouent sur la confusion. "L'homme s'échoue mollement", mais lequel ?


"Enfant" est parti d'une autre optique. Je trouvais simplement que je n'avais jamais mis l'enfant en avant. J'ai commencé par cette famille, avec ce fils, Rémi, qui intériorise beaucoup de choses. Cela renforce le contraste mis en place dans le texte précédent : l'aube est éclatante, l'enfant se sent bien. Par conséquent, si l'opposition ne se joue pas à ce moment de la journée, cela prépare le terrain : cette journée ne sera pas immaculée.
Mon but était aussi de dépeindre cette ambiance particulière, parce qu'elle me plaît.

Le lien avec le précédent texte n'est pas flagrant et c'était souhaité. Je voulais que le nœud n'apparaisse pas tout de suite. On se concentre d'abord sur ces nouveaux personnages. On voit que l'enfant est autonome, les parents prennent alors la décision de le laisser entrer seul. Lorsque j'ai écrit cette partie, en 2010, je ne savais pas en quoi ce serait utile d'un point de vue narratif. Finalement, ça prendra sens après.
Ils partent, ils entendent un coup de feu - celui à la fin du texte précédent. Le père s'avance dans la ruelle, enfin nous comprenons que Pascal n'a pas été touché. Un deuxième coup de feu. Et l'homme qui s'échouait mollement, c'est le père de Rémi.

Dès ce moment, on se focalise à nouveau sur les personnages d' "Erreur". Encore un relief : l'erreur du texte précédent était d'avoir accepté Henri, mais l'erreur est aussi dans la balle perdue. S'ensuit une confrontation musclée.
Le contraste est présent : Rémi sort de l'école et, alors qu'il pensait rentrer seul, il voit sa mère. La journée est passée et s'est déposée cette matière noirâtre sur la neige. La difficulté, pour moi, a été de bien doser les éléments, les réactions. Il fallait que ce soit saisissant, mais que ça ne force pas les traits. Par exemple, le coup du "ne t'inquiète pas", et l'ironie que cela contient, je l'ai souligné en une phrase, mais ne l'ai pas nommé comme tel. 

J'ai désiré aussi montrer comment on ménage ceux que l'on aime. C'est pas forcément original, mais le fait ne pas tout dire de l'accident pour préserver l'enfant est une question difficile. Est-il nécessaire de tout dévoiler ? Ici, non. Une fois que l'enfant est près de son père, il est dans ses pensées.
On bascule auprès des sentiments de la mère. Cela permet de faire le point sur l'action parallèle : comment s'est débrouillé Pascal, que s'est-il passé durant l'après-midi ? Mais, surtout, avoir changé pour les pensées de la mère permet de mettre en avant ce regard sur la ville. 

Je n'aurai pas pu envisager une telle conclusion en 2010. Tout ce qui a été écrit en 2012 m'est venu après une fulgurance. J'avais terminé "Christian" et, par rapport à mes réflexions sur la vie et la mort, j'ai eu ce regard sur la ville et les événements. La conclusion était là, j'avais ensuite cherché à l'atteindre. Peut-être que tous les choix effectués dans les changements de focalisation sur les personnages et le résumé après coup à l’hôpital peuvent apparaître comme des solutions de facilité pour contourner le blocage que j'avais. Seulement, on voit bien que j'ai opéré de sorte à faire quelque chose de cohérent.


Oui, dans l'écriture, on se heurte à des difficultés. On peut envisager de faire un texte double sans pour autant parvenir au bout du projet. Le deuxième texte a été écrit deux ans après le départ de la rédaction du premier élément ! De toute façon, même si l'on a un objectif, le chemin parcouru pour l'atteindre n'est jamais fixé. Mon écriture suit cette logique : j'écris comme ça me vient. Une scène ou une idée m'inspirent, puis je la manipule pour que cela aille ensemble. Cela part de hasards, puis on contrôle. Attention cependant, lorsque je dis "j'écris comme ça me vient", il ne faut pas voir là le mythe du poète sous son arbre qui, d'un coup d'un seul, se met à rédiger une odyssée. Il y a effectivement du temps laissé au texte pour se reposer et y revenir plus tard, même des années après. Mais, à côté, j'ai écrit d'autres textes.

2 commentaires:

  1. Très bien écrit comme toujours, clair et détaillé à la fois et on est pas "gavé" en lisant tes textes. Comme quoi, la longueur ne veut pas dire qu'on tombera sur un texte complexe et tarabiscoté ! =)
    "Enfant" c'est un de mes préférés je crois bien, je l'avais beaucoup aimé !

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