samedi 26 octobre 2013

Explication de texte : Death Met All

Un album d'exception qui soutient le texte et qui accompagne certaines pensées

Bonjour à vous, metalheads ou non !

Dans ce texte, il est question de Metal et de musique en général. Oui, cela risque d'en rebuter certains, vu ce que le Metal traîne des préjugés. Mais, si on a du mal à entrer dans cette musique par le son qu'il dégage, au moins je vous invite à y entrer par le lien qu'il crée entre les personnes, par la sensibilité qu'il contient, par tout ce que la musique implique, tout simplement.
Avant de commencer, il y a dans ce texte des écritures de chansons. Ceci est un défi d'écriture que je me suis fixé : j'ai toujours eu envie de jouer de la musique, mais je n'ai pas la patience nécessaire pour apprendre à jouer. Ce texte était l'occasion de faire une poésie musicale, de préférence en prenant le genre qui m'a fait aimer la musique. Aussi, sans doute que certains lecteurs ne verront pas à quoi je fais allusion. J'ai voulu que ce texte puisse toucher les amateurs de Metal autant que ceux qui n'ont que très peu, voire pas du tout, côtoyé ce genre. Cet article sera l'occasion de présenter les groupes auxquels je fais allusion et les musicalités que je réinvestis. Surtout, il sera un moyen pour s'ouvrir à une autre image du Metal qui est un genre extrêmement multiple (et pleins de lieux communs aussi).


Le point de départ de l'écriture du texte était l'écoute de Skinny love chantée dans un télé-crochet. L'interprétation était particulière. Par ailleurs, j'avais découvert le Doom Death Metal avec Saturnus et Novembers Doom, et je me disais que Skinny love, qui est assez soutenue et émouvante, irait bien avec le style lent et pesant du Doom Death, avec un chant grogné caverneux. Aussi, j'avais en note dans mon carnet l'esquisse en mots d'un personnage père de famille divorcé qui reste avec sa fille. Il ne m'en fallait pas plus pour débuter un texte.

Novembers Doom - Dawn Breaks (Doom Death Metal)

J'ai d'abord réfléchi à ce que le père a vécu et aux liens entre lui et sa fille. Puis j'ai commencé par une scène assez générale dans laquelle on voit le personnage principal, Mathieu, travailler sur son projet d'album. Ce passage introduit l'ensemble du texte : il sera question de musique par des mots. Même si l'exercice n'est pas aisé, j'ai souhaité le faire, pour mettre en avant une esthétique mélodique. Aussi, ce moment montre de quelle manière j'investis le Metal : ici, on a affaire à un style lourd et carré, qui permet quelques souplesses. J'ai voulu mettre en avant le son Djent, musique particulièrement technique, progressive et instrumentale, avec des rythmiques saisissantes, que l'on peut représenter, par exemple, avec Meshuggah, Keith Merrow ou Animals as Leaders.

Dans les premières pages, il n'y a rien de vraiment particulier : je brosse le portrait des personnages, je situe Mathieu dans son caractère et ses émotions. Je mets aussi en avant la difficulté d'un travail artistique. C'est une question que je me suis souvent posé : où se trouve la frontière entre l'obligation du travail et la sincérité que requiert l'art ? Cette balance à retrouver ronge Mathieu. De manière générale, il souffre à chercher l'équilibre. Non que cette quête soit vaine, bien au contraire ! Il doit endurer ce passage pour parvenir à se reconstruire. A l'inverse du personnage du "Monologue", il prend le temps de se recentrer pour parvenir à dépasser la souffrance.
J'ai souhaité peindre la relation père-fille, et faire quelque chose de sensible et crédible. Je souhaitais, avec ces personnages, faire une peinture, encore une fois, mais une peinture terre à terre. On comprend que Pauline est un des points d'accroche de Mathieu. Du coup, la promesse à sa fille devient un enjeu du texte. Comme expliqué ensuite, la fille de Mathieu tente de le guider.

Initialement, la migraine devait avoir un but dans le texte, et conduire dans un malaise. J'ai changé cela au cours du texte. Cependant, je n'ai pas enlevé ce détail : il permet de faire une progression dans les émotions de Mathieu.


Mathieu a des projets, aussi il doit se retrouver. Ces deux aspects sont liés : son groupe doit achever cet album pour tout concilier. Aussi, il planifie sa journée, se donne un coup de pied au cul. On pourrait me dire : "Il se réveille et, par hasard, il se dit "là je me bouge". C'est un peu rapide." En fait, j'ai voulu faire comprendre que, non, cela fait des jours, des mois qu'il tente d'avancer. La journée décrite ici est le dénouement étape par étape, le déclenchement d'un ensemble d'éléments conçus minutieusement. Il a une prise de conscience le matin car il a ruminé, réfléchi. D'ailleurs, tous les aspects de son cheminement sont décrits ensuite. En tout cas, sachez que rien n'est laissé au hasard, tout a un sens.
Son programme de la journée vise à se focaliser sur ce qu'il y a à produire : le contrat qu'il doit honorer, les dernières musiques à enregistrer pour l'album. Par ailleurs, monter un groupe et avancer avec lui, qu'on soit dans le Metal ou dans un autre genre, c'est loin d'être évident, ceci est mis en avant lorsque Mathieu conduit et que j'explique son rapport à la musique. Mathieu est un homme sensible, "il a ce blues en lui". Mais, face aux autres, Il faut savoir se mettre d'accord. Mais le Blues, quant à lui, contient l'éventail des sentiments.
De fait, il refuse la tristesse, se donne les moyens d'être satisfait. Et cela s'accompagne d'une musique énergique, vive, athlétique : Raven, groupe de Heavy Metal des années 80, avec les titres Hung, Drawn and Quartered et Atlhetic Rock. Les trois premiers albums de ce groupe sont de la testostérone en barre, et ça "booste bien comme il faut".

Raven - Live At The Inferno (Nouvelle vague du Heavy Metal)

Pour concevoir les personnages du groupe, j'ai mêlé plusieurs personnes que j'ai rencontrées en concerts. Le coup du bassiste qui raconte comment il a gagné une tête d'ampli est un clin d’œil à un ami guitariste à qui ceci lui est effectivement arrivé. En dehors d'Evan et de Florent, on retrouve Christian. Entre le texte "Christian" et celui-ci, il y a un bond dans le temps de plusieurs années. J'ai choisi d'insérer ce personnage dans le texte pour plusieurs raisons : dans son texte, il est question que Christian apprécie la musique et, à l'issue du texte, le garagiste est dans une situation qui ne clôt rien. Que va-t-il vivre ensuite ? Je ne voulais pas l'abandonner. Le groupe était l'occasion rêvée de le mettre à nouveau en avant, et de montrer sa progression. Ensuite, il permet de justifier la suite : Christian n'est dans le groupe que depuis environ un an. Il ne connaît pas tout du groupe, il n'a jamais été chez Mathieu. De fait, lorsqu'on entrera chez le guitariste, le lecteur découvrira la maison en même temps que le garagiste.
Dès lors que les amis se séparent selon le plan établi par Mathieu, la narration se focalise sur Evan, Florent et Christian. J'ai avancé comme cela afin de mettre en avant le processus créatif. Aussi, je n'ai que peu d'expérience dans les studios. Donc, entre le point de vue strictement technique d'un studio d'enregistrement et la conception en groupe, mon choix a été vite fait. D'autant que, par un nouveau trajet en voiture, il m'est permis de mettre à profit l'autoradio encore une fois, et de citer un groupe qui fait partie de mes favoris : Control Denied. Dirigé par Chuck Schuldiner, leader du groupe Death que j'aime énormément, ce groupe a produit un album unique, teinté de différentes influences. Ce musicien décédé a largement inspiré ce texte : c'était un féru de travail, toujours en quête d'un son particulier. Il a produit de très grands titres, et sa musique au sein de Death ou Control Denied a marqué l'écriture des chansons de ce texte, et mon écriture en général.

Death - Voice Of The Soul (ballade)

On arrive chez Mathieu. Comme précisé au-dessus, la découverte du lecteur se fait en même temps que celle de Christian. Aussi, si on avait déjà eu un aperçu de la maison de Mathieu, on avait pas plus d'informations que ça : en dehors de l'émotion lorsqu'il dévoile les instruments, Mathieu ne voit pas son domicile de la même manière que Christian. Même dans ces deux visions et dans ces descriptions, il y a un enjeu, une progression et du sens. Mathieu puise dans les souvenirs de cette maison, Christian, quant à lui, puise dans les émotions qu'il reçoit durant cette découverte. Tous deux ont quelque chose à rattraper avec le passé, une affaire à régler, un deuil à achever - aussi bien au premier degré qu'à un sens figuré.

Un tel ressenti pousse Christian à jouer une musique sur laquelle il s'entraîne : The Flight of the Bumblebee. Le fait que des guitaristes Metal jouent ce morceau n'est pas si impromptu que ça : il sert à valider les records de vitesse de jeu (sur la vidéo, regardez après la minute 4). J'aime beaucoup cette musique, et je voulais la réinvestir dans un texte, d'autant qu'elle correspondait bien à Christian. Il s'agit d'une interprétation, de fait il faut s'imaginer le début de façon différente : après la chute qu'il y a en début de chanson, il joue bien trop lentement. Puis il s'arrête et reprend le thème de façon brutale, comme si on passait d'un tempo lent à très rapide. Vient alors l'ouverture, la joie d'avoir joué ce morceau et d'observer le chemin parcouru : ce plaisir se manifeste par le groupe. Sans transition, ils jouent un morceau de Pestilence, The Process of Suffocation.

Pestilence - Subordinate To The Domination (Thrash Metal)

Ce que j'aime en particulier dans ce titre, outre la puissance instrumentale et ce rythme poignant, c'est le contraste qu'il peut y avoir entre le chant et les paroles. A la première écoute, on peut se dire : "Ouah mais c'est violent, je veux même pas imaginer ce qu'il chante !". Eh bien, si vous prenez les paroles, c'est comme si vous colliez à cette musique Thrash Metal des paroles de hippies engagés. Parce que le processus de suffocation définit ici la pollution et l'étouffement progressif des hommes et du monde. Du coup, on peut se dire : "Ouah, ils font des paroles engagées, c'est énorme !". Mais, dans le Thrash Metal, c'est monnaie courante ! Ce style né dans les années 80 baigne dans la peur du nucléaire. Et la violence instrumentale accompagne la hargne du propos. Pour certains, ce propos est purement commercial. Pour d'autres, cela témoigne d'une réelle pensée. Après, la musique peut avoir des paroles faibles, il y a l'appui du jeu instrumental pour signifier des choses bien plus fortes.
Par contre, pour ce qui est de mon texte, je n'ai que les mots. Et pour mieux écrire la musique dans le texte, il a fallu que je travaille plus par rapport à l'émotion.

Avant d'en venir à la première composition, j'ai écrit une conversation, déjà par souci de réalisme et de cohérence, mais aussi pour fixer l'émotion justement. Le vécu de Christian y est expliqué, avec une petite réflexion sur l'existence. Puis quelques considérations sur le jeu en groupe, sur la musique et la force unique du Metal. En parlant de ça, ils en viennent à vouloir concevoir quelque chose autour de ce sentiment que provoque cette musique, aussi bien pour les musiciens que le public. Ils avaient quelques bribes de paroles, ils les réagencent et les retravaillent pour correspondre à ce projet. Du coup, rien que dans ce dialogue, nous avons l'explication du refrain de la musique Steroïds. Cela fixe bien le propos de cette chanson mais a un sens en même temps au sein du texte.
Au passage, ils parlent de Metal Anthem : s'il y avait le Athletic Rock de Raven, il y a aussi le Kings of Metal de Manowar (ce groupe a d'ailleurs interprété le Flight of the Bumblebee) ou le Metal on Metal de Anvil.


Leur matinée avance. Après une session intensive ils ont finalisé le morceau. On me dirait que c'est un peu rapide : sachez qu'ils ont des bribes de paroles, aussi ils ont déjà réfléchi avant à l'album. Comme dit par la suite, cela fait des mois qu'ils bossent sur l'album.
Une fois ce travail terminé, Mathieu revient du studio. Avant qu'il arrive, cependant, il est question du groupe Ark et de son album Burn the sun. J'ai voulu placer ce groupe qui a été une révélation pour moi. Le coup du bruit de la pièce vient de la musique Heal the waters. Cet album est riche : il propose des musiques progressives comme Waking Hour et une inspiration Flamenco sur Just a Little. C'est un groupe qui m'a marqué, au même titre que Conception, Dali's Dilemma et Disillusion.
Avec la venue de Mathieu, on a une période de franche camaraderie. Pas de temps à perdre, il faut enregistrer. Seulement, j'ai fait le choix de placer en premier le titre Fall of the Mountain. L'idée des paroles m'est venue avec la lecture d'ouvrages qui discutent des croyances, tels que le De Rerum Natura de Lucrèce.

Circus Maximus - The Prophecy (Progressive Metal)

Encore une fois, s'il est question de religion et d'interrogations dans cette musique, ce n'est pas dans un côté satanique ou anti-religieux. Je ne dénonce absolument pas les croyances, mais souligne quelques travers des instances élitistes qui commandent. Ces paroles sont une invitation à la compassion et à l'ouverture aux autres. Ainsi, au lieu d'amener à haïr cette élite, il y a plutôt, in fine, une main tendue vers elle pour qu'elle accepte enfin l'homme tel qu'il est. Je ne veux pas tomber dans le cliché, souvenez-vous. Le message est de faire tomber les colonnes des superstitions pour apprendre à apprécier, à vivre sans projections illusoires.
Pour l'instrumentation de cette musique, je me suis basé sur Grand Magus et Decrepit Birth, j'ai cherché un juste milieu entre ces styles. J'ai aussi réinvesti les chœurs inspirés de Dark Lunacy déjà utilisés pour "Moine".


Ce message de "réapprendre à vivre sans illusion" est l'origine de Steroïds. Disons qu'après Fall of the Mountain, il me semblait logique de poursuivre sur la conclusion. Steroïds sera dans cette esthétique de prendre les choses simplement, de vivre dans l'union avec le temps, de saisir et ressentir pleinement, comme la musique le permet.
Toutefois, avant d'en venir au jeu de ce titre, il faut bien que Mathieu raconte, non seulement à ses amis mais aussi aux lecteurs, ce qu'il lui est arrivé. Il a fait l'enregistrement et, alors qu'il allait prendre un café au distributeur, il a rencontré une femme. Voilà qui pourrait le recentrer. Mathieu prend conscience des bienfaits de cette journée. Il reprend peu à peu prise sur son existence. Comme dit, les éléments qu'il a pu percevoir durant des années s'emboîtent enfin : le projet arrive à terme, tout se dénoue. "C'est ce genre de balbutiements qui font qu'aujourd'hui tout s'enchaîne", affirme Mathieu. Il a erré, dans cette journée tout se replace.
Ils planchent ainsi sur Steroïds. Du coup, il faut comprendre que cette chanson ne se monte pas comme par magie. Il y a eu du travail en amont et, entre le matin et l'après-midi, le groupe bosse plusieurs heures ! Seulement, je ne voulais pas que le texte souffre de ce moment. J'évoque les difficultés, je montre les procédures et les compromis possibles, mais je ne vais pas dans le détail. En parlant de "détails", on pourrait rétorquer que ce texte reste en surface concernant la musique et le jeu. Je vais être franc : si le texte était strict dans les définitions des techniques musicales, on se perdrait rien qu'en voulant définir chaque genre du Metal. Je passe par le ressenti plus que par la rigueur des termes, pour le plaisir de la lecture et une approche plus organique.
Encore une fois : j'ai voulu faire une prose qui évoque la musicalité, une forme de poésie que j'aurais voulu donner par le son.

Steroïds est une invitation à reprendre prise sur soi-même, à s'injecter soi-même cette puissance de vie. Car cette prise de conscience de notre être donne de l'énergie. Au sein des paroles, il est dit :

"Life and death, follow 
The curved line of existence ! 
Feel the constant flow of time 
The cadence... And the cascade !"

La ligne courbe de l'existence est une référence à ce proverbe : "Dieu écrit droit sur des lignes courbes". Je comprends cette phrase dans le sens où la puissance de l'univers, par tous ces réseaux solides, nous permet d'avancer dans nos montées et descentes, dans nos gloires et nos chutes. La puissance de l'univers, c'est la vie et la mort. En elles, on suit l'existence, entre naissances et décès, dans le flux constant du temps. A côté de ça, "la cadence et la cascade" renvoient au titre de King Crimson, Cadence and cascade, que je trouve magnifique et dont le titre m'évoque la cadence du temps. Pour la cascade, cette image est présente dans le texte "Foyer" de la Galaxie poétique. Par ailleurs, les paroles suivantes "The world... Is my sacred temple / And I'm a disciple... Of change" est une traduction de la fin de la note de mai 2011 "Notes après promenade, texte mort-né". Enfin, l'idée des éléments, déjà utilisées pour le texte "Recherche", signifie qu'il faut aussi bien se connaître soi qu'accepter les autres. En somme, saisir le monde.
Ce titre propose une instrumentation carrée, solide. Elle s'inspire une nouvelle fois de Grand Magus (notamment la musique Ulvaskall (Vargr)), mais aussi de Heavy Load, de l'OST de F-Zero X réarrangée, de Vektor (par les cris aigus et le titre Steroïds directement inspirés de leur Asteroid), Conception (notamment le titre Flow qui me fait beaucoup utiliser l'idée de "flot" ou de "flux"), Virt (qui est un artiste composant du 8 bit mais dont l'instrumentation est clairement Metal), Deicide (que j'écoute pour l'instru), John Petrucci, Iced Earth, Obliveon, Savatage, Possessed, Watchtower, Solstice, Down, Vital Remains, God Dethroned. Il y a beaucoup de groupes car je les ai écoutés tout en écrivant et en pensant à ce morceau. Sachez enfin que, très sincèrement, les paroles des groupes cités sont pour moi une valeur ajoutée, je ne m'y attache pas plus que ça, sauf exceptions dans le cadre de paroles qui sont reprises dans un texte.


Voilà, l'album est fini d'être enregistré. J'insiste, mais l'aspect technique, et tout ce qui reste à faire après le premier enregistrement, je le mets volontairement sous silence. Et, justement, une fois l'aspect poésie musicale terminée, on en revient aux personnages. Christian est ravi, Mathieu sent les bienfaits de cette journée rondement menée. Lorsqu'il va chercher sa fille, il prend de la distance, et de fait prend conscience des choses. Il se permet d'écouter du Symphony X, dont le titre A lesson before dying est pour moi un exemple en terme de Progressive Metal.
Cette fin de journée est l'occasion d'expliquer les enjeux : la promesse était un guide, un "coup de pied au cul" pour parler franchement. Ce qui suit est poétique, et lorsque j'ai écrit cette partie j'étais conscient que ça pourrait faire trop. J'ai donc inséré une réflexion sur ce qui est poétique ou non : tout dépend de chacun. Un évènement peut ne rien inspirer, tout dépend du regard que l'on porte. Quelque chose de commun peut devenir beau si on le retire de sa quotidienneté. Mais si on voit dans l'existence quelque chose de beau, si on prend de la distance et que l'on conçoit le quotidien comme fuyant, cette poésie peut transparaître au sein de la ligne courbe. La poésie est affaire d'esthétique : en gros, l'instant ne veut peut-être rien dire. Mais on va lui donner sens selon notre regard, moi c'est selon la suite des moments, dans ce lien entre la vie et une portée mélodique, de moments en moments. J'en viens alors à ces phrases de prose poétique : "L'instant est nu, / l'être le pare. / Comme les notes, / comme les mots ; / l'être leur donne / une portée".
Les instants, comme les notes, n'ont pas de sens en soi. Mais leur agencement, leur suite va signifier quelque chose au plus profond de nous. Prendre de la distance avec son existence, par la méditation entre autre, c'est saisir cette suite, et leur donner une portée. Cette phrase est composée de six périodes de quatre syllabes. J'ai beaucoup travaillé dessus pour concevoir quelque chose de fort à ce moment du texte, que ce soit aussi bien dans le propos que dans les mots.

King Crimson - I Talk To The Wind (Progressive Rock)

Vient la nuit, arrive Caelie. Le nom de cette femme est simple : ciel en latin, francisé et mis au féminin avec le "e" muet. Je le trouvais joli, alors je l'ai choisi. Cette nouvelle rencontre, en dehors de la naissance de l'amour, permettra de donner un autre regard sur le Metal, et des explications, des justifications. Le Metal n'est pas gratuit, le chant guttural peut avoir du sens. Outre la poésie et le lien sensible entre les personnages, il y a cette démonstration de l'amour du Metal, de la musique issue du Blues. Mon idée comme quoi cette musique n'a pas de soutien académique peut être critiquée, j'en conviens. Mais il faut garder à l'esprit que le Jazz, aujourd'hui perçu comme sommet de culture et territoire d'élitisme intellectuel, était avant tout marginal. Initialement, le mot "jazz" signifie "merde" en américain.
Le Metal propose une émotion particulière, c'est une lecture différente. Certains me diraient : "Mais certains groupes, ils s'en foutent de ça, ils gueulent, c'est tout." Je répondrais alors que, dans tout art, il y a aussi bien de la sincérité que de l'imposture. Comme signifié en début du texte : il y a cette tension entre nécessité et honnêteté, entre l'argent et le partage. Faire carrière dans l'artistique, c'est extrêmement difficile. Si bien que certains groupes de Metal pourtant talentueux se trouvent parfois réduits à suivre des lignes éditoriales dirigistes pour correspondre aux exigences des labels.
Et, souvent, ce qui est retenu du Metal, c'est ce que les labels veulent bien vendre comme image, et celle-ci répond à la demande. Si la demande est centrée sur la brutalité, la communication sera centrée sur la brutalité. Mais, là, j'évoque l'époque du Thrash et du Death metal, sommets de rapidité et de force instrumentales. Aujourd'hui, ces genres ont largement été mis au regard d'autres styles, ils ont pu connaître des métamorphoses. Le Metal est extrêmement vaste : pas moins d'une quinzaine de genres majeurs (Heavy 70's, Heavy 80's, Doom, Power européen, Power US, Thrash, Death, Black, Brutal Death, Melodic Death, Progressive, Neo, Indus, Folk, Avant-Garde pour brasser large) et plusieurs sous-catégories selon les époques, les inspirations et les pays. Aussi, si vous voulez en savoir plus sur le Metal, je vous invite à visiter le Map of Metal qui résume de façon intelligente l'ensemble de ce genre.

A partir d'où le texte a commencé...

La poésie du moment amène à la musique et, surtout, au titre initiateur du texte : Skinny Love de Bon Iver. Dans cette interprétation, le ton est calme. Même s'il fait du chant guttural, c'est fait en douceur et en profondeur, à la façon du Doom Death que j'ai déjà cité. Cette chanson est l'occasion de montrer l'analyse que l'on peut faire de certains choix musicaux. C'est aussi un instant suspendu, comme l'a vécu Gaëtan dans la "Boîte de Jazz" sur l'air de Shine on you Crazy Diamond. Un instant durant lequel le projet du groupe est expliqué jusqu'à son nom : Death Met All, jeu de mot entre le genre et le fait que la mort - au sens de fin, comme la fin de chaque moment -  est diffuse dans le temps. La mort correspond aux passages, elle n'a rien de morbide ici. Encore une fois, il faut aller au-delà des idées pré-conçues. Avoir conscience de la vie, c'est voir le fait que rien ne demeure, comme on peut le lire dans le Que ma joie demeure de Giono. L'auteur montre que la vie est dans la succession, que la beauté est dans l'observation de ces moments fuyants. Tout comme la beauté de l'album de Control Denied est dans ces compositions travaillées mais fugaces, dans cette technique dont on ne saisit que des détails, mais qui jamais ne se fixe.
Oui, je fais volontiers la passerelle entre Giono et la musique en général, que ce soit du Metal ou autre (car je n'écoute pas que ça), et entre la littérature et la musique, et entre tous les arts et la vie. Car rien n'a de sens en soi. Ce sens, nous le donnons nous-même, selon les réseaux, selon les moments, selon les sentiments. Giono ne s'est pas trompé en choisissant ce titre pour son livre : il fait référence à l’œuvre de Bach, Jésus que ma joie demeure (oui oui, c'est cette composition de Bach qui est utilisée dans le pont instrumental du Poésie joué par le groupe fictif Dousseur de vivre dans le sketch des Inconnus sur le Hard Rock).


Ce texte était ambitieux : il se voulait être la somme des idées que j'ai eues au fur et à mesure ainsi qu'une manifestation de mon amour de la musique. "Death Met All" a été écrit en mars 2013, mais l'esthétique et les pensées que j'ai insérées proviennent de textes écrits tout le long du projet des Contes urbains. Ce texte est vaste, l'article qui lui correspond l'est tout autant, et j'en suis sincèrement désolé. Mais, à l'issue de ces Astres fictionnels, "Death Met All" est une somme : pour la poésie dans la fiction, pour les dialogues, la musique, les références. C'est un texte que j'apprécie particulièrement, car il soulève plusieurs éléments et, au-delà de la trame narrative, dévoile quelques instants sensibles.
Il représente ce que je souhaitais atteindre dans l'écriture de nouvelles.

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