mercredi 23 octobre 2013

Explication de texte : L'écrit vain

Une promenade dans les collines
 Bonne journée à chacun !

La dernière fois, j'ai évoqué dans l'explication de "Sophie" le coiffeur Grégory, notamment que je refusais qu'il réponde à des stéréotypes. Pourquoi ne pas imaginer un coiffeur écrivain ? 

Dans ce cas, la transposition entre ce personnage et moi-même est évidente. Seulement, je n'ai pioché dans mon expérience d'écriture que le processus, c'est à dire dans quelles dispositions je me mets pour écrire : un peu de musique, laisser la fenêtre ouverte un moment, avec une boisson à côté. La musique urbaine dont il est question évoque Nujabes, notamment le titre Peaceland. Du reste, ça ne me ressemble que très peu puisque l'on se centre sur le personnage et son vécu.

Grégory est donc installé à son bureau et semble préoccupé par ce texte sur lequel il travaille. Par cette musique et la situation, on est en plein dans une poésie de la ville que je voulais composer, avec cet appui de la musique et cette présence du paysage qui rentre dans la définition de ce moment. Très vite, on comprend qu'il est agacé par la fin de ce texte qui clôt, alors qu'il souhaiterait une ouverture. 
Quand vient Julie, sa femme, le discussion se lance autour de ce projet. Visiblement, cela agace l'épouse qui y voit une jalousie. On a quelques explications : Grégory écrit pour une amie défunte qu'il connaît depuis longtemps, et avec qui il était proche.
Il y a alors cette phrase qui défait le suspense : "La collision de la voiture de l'animatrice au niveau de la gare a fait un choc au coiffeur."


Ce que vous lisez, c'est un twist. Ce procédé, fréquent au cinéma, définit un revirement de situation soudain et brutal. En somme, tout ce que vous avez lu dans "Sophie" n'est pas un texte que je vous propose, mais un texte dans un texte, ou un texte intradiégétique (un texte inclus dans une narration). Je vous l'avoue franchement, quand j'ai commencé "Sophie" ce n'était pas prévu. Lorsque j'ai commencé à écrire par rapport au train, je m'étais dit qu'il y avait un véritable changement dans le ton, ça faisait un grand écart. Comme à côté je réfléchissais au personnage de Grégory, j'ai mêlé les deux : si tout change, c'est qu'avant d'arriver à la gare, il y a eu un accident. De fait, tout ce qui, dans "Sophie", touche à l'arrivée en gare et ce qui suit est purement fictionnel au sein du récit. C'est le passage à la mort. Le voyage en train n'a jamais eu lieu et a été imaginé par Grégory. 
Son but était de mettre des mots sur des vérités qu'il aurait pu dire à son amie. Elle se laissait aller sans penser à son existence. Grégory invite à prendre en compte la vie et la mort, l'existence et ses changements. Sophie était malheureuse. Penser à la mort ne rend pas plus malheureux, mais permet de se préparer à ce moment, de l'intérioriser. Si Grégory est désespéré de ce deuil, c'est qu'il doit encore travailler sur cela : ce texte est un moyen de réfléchir sur la mort, et de l'intégrer en lui-même. Le but étant de se libérer, chose qu'il arrive à faire à la fin.

L'autre enjeu du texte, plus direct, est la jalousie entre Julie et Sophie. Bien entendu, l'épouse du coiffeur n'est pas heureuse de cette perte, mais elle cherche à comprendre. Grégory saisit aussi cette tension. La fin du texte, en plus de le libérer concernant le deuil, détend sa relation. 
On pourrait me dire que mon personnage de Grégory fait très bipolaire : il a une manière d'être dans ce texte qui ne va pas avec ce qu'il était dans "Sophie". Parce que les personnes sont unilatérales peut-être ? Je l'ai justifié dans ce texte, Grégory jouait une sorte de rôle : il sentait qu'en étant naturel et posé tel qu'il est vraiment, Sophie ne l'aurait pas accepté aussi bien qu'elle le faisait. A côté de ça, ce qu'il affirme de ses pensées durant l'instant vécu avec Sophie fait écho à ce qu'il écrit après coup. Aussi, quand on écrit, on a plus de pouvoir sur ses mots. Il n'y a pas de bipolarité, mais deux moments de la vie du coiffeur selon un changement justifié par ce qu'il vit.


Les derniers paragraphes du texte sont une évocation de la puissance de vie, de cette fougue que l'on entretient à ressentir, à apprécier. Au même titre que d'autres textes, c'est un appel à la vie, une invitation à saisir simplement ce que nous avons, à comprendre ce que l'on fait, ce que l'on suit.
Quoi qu'il en soit, vivons en paix.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Une réaction ? Un commentaire particulier ? Faîtes-moi savoir : partagez !