samedi 19 octobre 2013

Explication de texte : Sophie

 
Un panorama d'un ciel particulier.

Bonjour à tous et à toutes !

En ce début d'année 2013, après le "Monologue" m'est venue une idée : vous savez que je n'aime pas forcément ce qui se veut supérieur, je n'apprécie pas l'élitisme. Je voulais une nouvelle fois me centrer sur cela, mais sous un autre angle. Très souvent, nous voyons des personnes à qui il ne leur manque rien, mais qui ne saisissent pas la chance qu'ils ont (une nouvelle fois, pour l'originalité, on repassera). Le texte "Sophie" est né autour de cette observation et autour du fait que je n'avais pas encore mis de femme en avant dans un texte.


Pour fixer mon personnage de quelqu'un qui veut toujours plus sans jamais prendre conscience de ce qu'il vit, j'ai sélectionné une animatrice TV. Pourquoi ça ? Très franchement, je ne pourrais pas vous le dire, j'ai un peu choisi par défaut. Sans doute que, au moment où je réfléchissais à cela, je regardais le journal de M6, parce que je ne capte bien que cette chaîne.
Le texte commence donc sur le métier de cette femme, à la fin de l'émission. Le revirement de son comportement une fois la coupure du direct est jugé "stéréotypé" par le narrateur omniscient. J'ai parfaitement conscience que mon thème n'est pas original. Aussi, le coup des gens sur le plateau, qui agissent de différentes manières s'il y a tournage ou non, ce n'est pas nouveau, c'est un lieu commun. Mon but n'était pas de faire du neuf, mais de se centrer sur Sophie. Si le public, une fois la caméra coupée, n'est plus retenu comme "quelqu'un de la télé", l'animatrice, quant à elle, conserve son statut : elle est connue pour ça, d'autant plus qu'elle travaille dans une chaîne nationale. Donc, oui, elle redevient la femme qu'elle est, mais ce qu'elle est dépend de ce statut.
Du coup, il y a un décalage : à l'écran, elle passe bien, elle semble ouverte. Hors studio, elle est supérieure et égocentrique, alors que tous s'imaginent que l'image qu'elle donne à voir correspond à ce qu'elle est. Comme je l'ai mis, elle n'est pas centrée sur elle-même parce que c'est une femme. Il ne faut pas voir dans mon choix de mettre une femme en protagoniste une critique de la féminité avec un ensemble de clichés. J'aurais très bien pu prendre un homme, il aurait eu le même caractère.
Si elle est aussi sûre d'elle, c'est parce qu'elle sait ce qu'elle fait et qu'elle a conscience de ce qu'elle dégage. Elle a conscience de son prestige, comme j'ai voulu le présenter lorsqu'elle se regarde devant le miroir. Elle est capable de décider par rapport à ce qui lui fera avantage. Elle rejette donc ce qui la dérange - que ce soient des personnes ou des paroles -, parce qu'elle estime avoir le droit de le faire.

Le moment dans le taxi dévoile cet aspect : elle ne veut rien entendre des critiques du chauffeur. Je mets ici en avant l'idée qu'elle demande plus alors que, d'autres, se contentent de moins en ayant conscience de ce qu'ils ont. Le chauffeur gagne cinq fois moins qu'elle et arrive très bien à vivre. De fait, il ne comprend pas pourquoi elle réclame plus d'argent. Par ailleurs, si elle exige une augmentation, après tout pourquoi il n'y aurait pas droit ? Il y a un paradoxe qui se joue : Sophie donne des ordres à son chauffeur comme s'ils étaient directement liés mais, au niveau du salaire, elle coupe ce lien. Elle peut le faire virer, mais elle dit que l'argent les oppose. Sophie aime avoir le contrôle, son rang le lui permet.


Pourtant, à ainsi courir dans tous les sens, a-t-elle la possibilité d'avoir le contrôle de sa propre existence ? Arrivée chez elle, elle affronte l'absence. En effet, cet appartement est luxueux, magnifique en terme d'esthétique. Mais cette beauté est vide, car elle n'a été faite que pour coller à la clientèle qui exige le meilleur, sinon rien (oui, je reprends le slogan utilisé par Mercedes, car il me débecte : qui peut exiger le meilleur ? Certains y ont droit, d'autres non ?). Seulement, épuisée et énervée, elle ne  prend pas en compte ni ce vide épuré ni cette absence : elle est encore portée par l'action.
Malgré mon aversion pour le caprice du meilleur et du maximum, je ne critique pas le fait que certains aient beaucoup de richesse. Cependant, le regret que je partage est celui qu'avec tout cet argent ils pourraient faire quelque chose d'esthétique. Je veux dire donner de l'esthétisme à l'existence, habiller l'instant nu. Ils pourraient donner du relief selon leur propre ressenti. Dans le cas de Sophie, elle suit la norme. Car, en se plaçant selon les canons normatifs, cela appuie son sentiment de supériorité, cela confirme qu'elle possède le meilleur. Par conséquent, s'il y a de la beauté dans ce grand salon, ce n'est que pour impressionner, et non par rapport à une construction personnelle. C'est de l'apparence, la vanité.

Dans ce moment, j'ai souhaité faire une peinture. J'ai agencé les éléments, et j'ai donné de la profondeur à ce personnage qui connaît sa force, mais ignore la "poésie" qu'elle contient. Elle a des habitudes qui, sorties de leur continuité, peuvent avoir du sens esthétique et artistique. Mais, parce qu'elle fait cela sans y prêter une réelle attention, le fait de se déshabiller est purement dans l'observation superficielle - non parce que c'est une femme, mais parce que c'est le caractère du personnage. Aussi, si elle se trouve bien devant la glace selon ses critères, elle va éteindre le feu pour aller se coucher. Or, c'est réellement dans ce moment suspendu que la beauté se dévoile. Ici, on peut extraire, donner du sens, saisir la sensibilité. Seulement, le feu n'était pas là pour qu'elle médite, seulement pour donner une ambiance. 
L'idée d'esthétisme provient des notes de décembre 2012 "Dans le train, notes fulgurantes". Au passage, le thème de la vanité et cette personne d'élite qui se détourne de son essence évoquent la pensée de Blaise Pascal, mais il n'était pas dans mon intention de faire une référence.


Comme je prends souvent le train, j'aime ces trajets. Je voulais écrire à propos d'un voyage. J'ai alors décidé, puisque Sophie était fatiguée, qu'elle allait prendre un petit week-end pour se reposer. Seulement, avant toute chose, elle demande à son coiffeur de venir, afin d'être prête pour la semaine prochaine selon la nouvelle coupe qu'elle souhaitait avoir. A partir de là, j'ai appuyé sur les moments : j'apprécie le personnage de Sophie, je veux lui donner du relief.

L'idée du coiffeur était assez vieille. En 2011, je suis allé me couper les cheveux après quatre ans sans jamais voir une tondeuse. J'avais pris l'habitude des cheveux longs, je n'étais pas forcément rassuré. Toutefois, le coiffeur que j'ai eu a été cool. Je voulais donc mettre un coiffeur dans un de mes textes. L'occasion s'est présentée ici.
Le nom de Grégory vient de ce coiffeur que j'ai rencontré. Mais la description physique ne correspond pas. On pourrait ici aussi dénoncer que j'avance des stéréotypes, bien au contraire. J'aime aussi beaucoup mon personnage de Grégory, et ce n'est pas le cliché du coiffeur tel qu'on en voit partout. On y reviendra dans la prochaine explication.
Ce moment entre les deux personnages est une discussion dont le but est d'amener Sophie à prendre conscience d'elle-même et de sa vie. Enfin, lorsque Grégory parle de liaison amoureuse, et que Sophie, perdue, l'enlace comme d'habitude, quelque chose se dénoue en elle. Le coiffeur part, elle se rend compte du vide. Elle est prise de panique, cherche à se rattraper au confort de son quotidien qu'elle a toujours suivi sans y prêter attention. Seulement, elle voit que, chez elle, il n'y a rien. Elle s'empresse de partir - ou plutôt, de s'enfuir.


L'arrivée à la gare est une libération. Malgré le monde présent, elle parvient à respirer, à prendre du recul. La visite du mystérieux homme au café lui fait plaisir, même si, lorsqu'il évoque des questions sur l'existence, elle se lasse. Soudain, elle court pour prendre son train.
Ce que j'ai voulu présenter ici, c'est la plongée progressive, déjà amorcée précédemment, vers quelque chose de moins terre à terre, vers un moment un peu éthéré. Il y a encore l'alcool, mais l'alcool qui fait fuir, qui n'accroche rien - l'alcool n'est jamais une solution. Cette progression s'accompagne d'une prise de conscience par étapes : Sophie saisit des choses, prend le temps d'observer les éléments autour d'elle sans pour autant les assimiler totalement. Elle voit que rien ne demeure, mais ce vide lui donne soif à nouveau.
Elle vient à la rencontre de la serveuse du wagon-bar, dans lequel ils vendent des boissons alcoolisées. La discussion tourne rapidement autour de Sophie et de sa vie. Cet échange peut sembler lourd, très riche, car il apporte un ensemble d'idées compactes. Du coup, on peut se dire que ce n'est pas tangible, ça ne tient pas debout, jamais on ne parlerait comme ça, c'est pas naturel. En fait, dès le moment où j'ai commençais à écrire le passage du train, j'ai eu une idée qui sera dévoilée dans l'explication du texte suivant.
Comme j'aime le faire, cette dernière partie du texte est volontairement aérienne et poétique. L'ambiance est particulière, les paroles échangées servent à expliquer des choses, à illustrer des idées. Cela peut être abrupt. seulement, on sent que, peu à peu, Sophie comprend ce qu'est "se sentir soi", "être uni à l'instant", saisir le relief. Le dialogue sert aussi à présenter au lecteur ces idées qui me portent et qui sont présentes dans les parties suivantes du recueil.


Finalement, quand revient l'homme mystérieux, elle comprend, elle saisit son existence sans artifice. Elle s'abandonne à la simplicité de l'être, juste être. Cette définition de se laisser porter en toute lucidité sert de base à l'ensemble des textes. C'est cela même qui, après mon doute de "Absence", m'a fait voir le lien logique entre ce que j'avais déjà fait, les lectures que j'avais rencontrées et tous les arts que j'ai croisés. Ce lien qui confie à cet être fuyant une borne, un objet sur lequel s'appuyer pour voir la course des jours. "Sophie" n'est pas un texte qui dénonce, mais une invitation à ressentir.

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