samedi 12 octobre 2013

Explication de textes : Interruption - Absence et Christian

L'exemple de tenue ayant inspiré le personnage de Christian

Bonjour !

Encore un article différent aujourd'hui, parce que nous arrivons à une particularité du recueil : la césure au sein des Astres fictionnels par un texte personnel des Sphères lyriques.
Pourquoi un tel choix ? Parce qu'il est question dans "Absence" d'un passage à vide après l'écriture de la "Boîte de Jazz" : plusieurs mois après sa rédaction, je n'avais plus aucune idée. Le peu que je créais ne me plaisait absolument pas. Et comme il est question de Gaëtan, il me paraissait inapproprié de laisser ce texte dans la première partie : le lecteur n'aurait pas saisi la référence interne au recueil. Il y a aussi la référence à "Symphonie", qui est un texte écrit fin 2011 et sur lequel je reviendrai plus tard parce qu'il est dans la Galaxie poétique.
Même si j'avais écrit "Vague glaciale" avant "Absence", je n'étais pas satisfait de ce que je produisais. Je me sentais perdu. C'est un billet, quelques pensées. Il en survient une phrase : "J'ai touché à la vie et à la mort, encore faut-il y réfléchir en liant les idées entre elles."
Je vais être sincère : cette dernière phrase ne figurait pas dans le texte original, elle a été ajoutée après relecture. Parce que, finalement, après avoir écrit ce texte, j'ai réfléchi à ce que j'avais déjà fait, et cela m'a montré la suite : j'avais déjà écrit sur la vie et la mort, mais je devais approfondir cela...


A partir d'octobre 2012, mes textes sont sous l'influence du rapport entre la vie et la mort.

"Christian" est un de ces textes. Il m'est venu de façon fulgurante. Un vendredi, j'étais rentré des cours avec ma copine. Elle était partie pour rentrer chez ses parents tandis que j'allais passer le week-end seul. Fatigué, j'avais fait quelques exercices pour me réveiller les muscles. Ensuite j'avais fait un peu de ménage, pris ma douche. Comme j'avais faim, je m'étais fait des raviolis. Avant de m'installer devant mon PC pour regarder une vidéo tout en mangeant, j'avais fermé la fenêtre, et entendu la porte métallique d'un garage se fermer. Quand je me suis installé, j'ai eu une idée : ces raviolis, cette fatigue, les exercices, le garage, le retour dans l'appartement alors que j'étais vêtu d'un t-shirt blanc rentré dans mon jeans... J'ai immédiatement imaginé un personnage de garagiste qui rentre après une journée épuisante et qui déguste des raviolis, les pieds sur la table, tout en buvant une bière. C'est Christian.
J'ai pensé à la manière de donner de l'épaisseur à Christian : dès que j'ai commencé à écrire, je me suis dit qu'il y aurait un lien entre la voiture sur laquelle il travaille et son existence. Plus que la journée, c'est ce rapport qui l'éreinte. L'introduction sert à appuyer cette émotion par les détails.

Puis il quitte le garage, et se retrouve dans la ville. Plus que dans les autres textes, elle a son importance : il y est question des personnes, du contact que l'on a avec chacun. Quand il arrive au super-marché, nous comprenons que la fatigue s'apparente à un désespoir. Il est perdu, ne sait pas ce qu'il veut. Il est désappointé. Par ailleurs, la référence à Diogène est gratuite : j'adore cette anecdote.


Lorsqu'il arrive chez lui, le garagiste croise un vendeur au porte-à-porte prénommé Jacques. Ce personnage, inspiré de plusieurs de mes rencontres hasardeuses en attendant le bus, est un de ceux qui devait nourrir les Contes urbains avec un texte. J'ai abandonné l'idée, simplement parce que je n'avais aucun objectif pour ce personnage. Seulement, au lieu de l'oublier, je l'ai intégré à ce texte-ci.
Cette rencontre interroge à nouveau la ville et les hommes. Il est vrai que je parle ici de solitude urbaine : je n'invente rien. Mais je la traite selon mon ressenti et y ajoute un élément via Christian : même si on connaît des gens, on est seul, "parce qu'après ils se cassent, qu'ils le veuillent ou non." Cette réponse directe, au-delà de la question de l'impermanence, donne des informations sur Christian : il a perdu quelqu'un. 
Cette échange entre les deux personnages était aussi l'occasion de faire une peinture de vie dans ce contexte urbain. Un dialogue naturel, au hasard, comme ça.

Rentré à son appartement, Christian peut enfin se reposer et manger. On comprend qu'il attend les informations. Avant de clore le texte, j'ai souhaité restitué ce que j'avais vécu pour conserver le ressenti. J'avais perçu ce personnage dans une situation précise que je devais réinvestir dans cette production. Il y a, à ce moment, une passerelle entre l'auteur et son personnage. J'ai voulu laisser dans ce texte la marque, l'empreinte qui m'a conduit. 
Dans cette explication, je veux préciser le rapport à l'alcool : je ne suis pas alcoolique, mais ne refuse pas une boisson de temps en temps. Je ne prône absolument pas la consommation d'alcool ! Je décris simplement un ressenti. Comme vous l'avez remarqué, j'avance beaucoup selon l'aspect sentimental. Ici, l'alcool vient aider à dénouer, mais ce n'est pas le seul agent. Il y a un autre élément beaucoup plus important : le journal télévisé.
Dans celui-ci est dévoilé que Christian a perdu sa fiancée, fauchée dans un accident de la route. C'est cela même qui ramènera la chaleur auprès de l'homme endeuillé. Du coup, l'alcool "tiendra au corps cette chaleur qu'il attendait".


Le but d'un tel texte était de montrer que des tragédies surviennent. Les choses vont, viennent et changent et, nous, nous sommes emportés par cette tempête diffuse, par cet orage continu. Préserver les émotions négatives en soi-même n'est pas une solution : aussi difficile que cela puisse paraître, il faut apprendre à lâcher prise. Comme l'enseigne Sogyal Rinpoché dans Le Livre tibétain de la vie et le mort, il faut le plus tôt possible emprunter une voie de sagesse et comprendre sa nature, pour anticiper au mieux la mort. Si nous travaillons au mieux dans cette contemplation, et si nous poursuivons cet effort sur l'éveil de la conscience sur la vie et la mort, le flot du temps sera plus supportable.
En somme, "Christian" est le départ de cette esthétique qui parcourra les textes écrits après octobre 2012. C'est d'ailleurs après l'écriture de "Christian" que j'ai eu les idées nécessaires pour terminer "Enfant", qui contient aussi ce rapport avec la ville, la vie et la mort. Parallèlement à cela, le texte "Christian" montre aussi que la poésie et l'esthétisme peuvent être dans des choses simples, et que cette beauté ne dépend pas d'une certaine noblesse. Je voulais quelque chose de plus direct.

2 commentaires:

  1. Tout ça à partir de ravioli !
    La madeleine de Proust fait resurgir les souvenirs, et toi ce plat te donne une vision pour ton texte !
    La bouffe c'est la clé de tout x)
    Très bonne explication ! ♥

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    1. Ah ben oui, les raviolis sont la base de tout =D
      Le secret d'un homme en bonne santé : une boîte de raviolis par semaine =)

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