mercredi 2 octobre 2013

Explication de textes : Sans et Le Conte de la femme barbue

J'aime les paysages en vue panoramique.
Bonjour, chers lecteurs !

L'article d'aujourd'hui est un peu particulier : je vais traiter deux textes qui n'ont rien à voir. Simplement parce que le premier est très bref, je ne pouvais pas le laisser seul.

On va commencer tout de suite d'ailleurs ! "Sans" est le fruit d'un jeu d'écriture organisé par avosplumes. Ce forum m'a accueilli pendant des années et m'a permis de me construire, de m'améliorer. Il fallait donc que je fasse pout ce site une petite dédicace.
L'objet du jeu était de construire un texte avec des mots précis. Comme vous le voyez, il date de février 2011 : sachant que le texte "Ombre", qui date de juillet 2011, est le premier à avoir été conçu après la fin de mon premier recueil, c'est un texte que j'aurais pu mettre dans ce travail. Seulement, on reste dans le thème urbain, avec ces personnages sombres aux activités floues. Il est dans la lignée d' "Erreur" et d' "Enfant".
La particularité ici provient de la limite des 3300 signes imposée par le jeu : il ne fallait pas que je déborde. De fait, le personnage est volontairement superficiel : on ne sait rien de lui, si ce n'est qu'il est au bord du gouffre. Son acolyte l'a abandonné, il ne lui reste plus rien. Qu'a-t-il perdu ? On ne le sait pas, moi-même je ne l'ai pas défini, et on s'en moque. Je voulais surtout écrire à propos de ce moment sur le fil du rasoir, avec une structure progressive autour de cette porte qui claque.
J'ai voulu aussi mettre en avant le chat, et jouer d'une image autour de l’œil. La blessure devient ainsi personnifiée, et semble juger l'homme pris d'un accès de folie. Contrairement aux deux textes précédents, l'émotion prime ici.


Le texte suivant, "Le Conte de la femme barbue", est un travail que j'apprécie particulièrement. Il m'a été inspiré par le titre Ahti d'Ensiferum, ainsi que par la discographie de Tuatha de Danann et le roman médiéval tel que Lancelot ou le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes. 
Je disais pour la musique que, parfois, ce que l'on comprend à la première écoute peut être différent des vraies paroles. Ainsi, sur Ahti, au lieu de "Dwells the mighty Ahti!", j'avais compris "Twist the mountain, Ahti!". L'oreille peut entendre des curiosités... Cependant, cette idée de montagnes en mouvement m'a guidé vers une nature prise de soubresauts. Et si le roman de Chrétien de Troyes m'a apporté des éléments de texte merveilleux, la musique folklorique de Tuatha de Danann, elle, se jouait durant le processus d'écriture. J'avais découvert ce groupe depuis quelques années, il fait aussi bien du Black Metal assez original dans leur premier album (Finganforn, Tan Pinga Ra Tan) que des compositions purement folk dans leur troisième (Land of Youth, Believe It's true). Il en ressort une nature puissante et des sonorités sylvestres.
Le point de départ est ce râle de la nature qu'Ahti m'a mis dans la tête. C'est donc la mise en place de la situation de panique qui devra être résolue par la suite, et le départ d'une narration interne avec un personnage qui raconte. 
Pourquoi avoir conçu cette Toujours-Vierge ? Je voulais aller à l'encontre du mythe de la divinité de la nature magnifique. Malgré tout, elle reste liée à la virginité. Cette idée n'est pas franchement originale - encore une fois, je suis en dehors de cette préoccupation - mais elle me plaisait bien. Après, certains pourraient dire : "Mais si c'est une personnification de la nature, pourquoi ce rapport à la sexualité ?" J'y reviendrai après. 
Si vous êtes attentifs, vous avez lu "commencé en avril 2011 et terminé en janvier 2012". Eh bien, arrivé à la fin de la description du banquet rituel, arrivé à "voilà pour toi mon gros, et bonne chance à toi, frangin", je n'avais plus rien. Encore ce fameux mur qui me bloque ! En fait, je n'avais pas vraiment d'objectif.

En décembre 2011, après plusieurs mois et alors que je ne pensais plus à ce texte, je suis retombé dessus. J'ai lu, me suis imprégné de l'atmosphère du repas : la suite m'est venue. Le problème, c'était de savoir pourquoi il raconterait cette histoire. Pourquoi reviendrait-il sur ce rituel ? Parce qu'ils l'ont vécu, soit, mais surtout que la fin n'est pas forcément agréable...
Aussi, j'avais pris suffisamment de recul pour mieux envisager l'aventure. D'abord, j'ai réfléchi au lendemain qui ferait un parfait contraste pour le cadet, mais que le frère raconterait toujours avec une certaine distance. Ils partent, tout le monde reste silencieux : j'avais placé ce silence, parce que je savais où j'allais.
J'ai créé un enjeu autour des deux frères, parce que la marche en elle-même n'est pas intéressante, si ce n'est pour signifier que, plus on marche, plus ça devient lugubre - et que, pour coller au merveilleux, plus on pénètre dans la forêt, plus on approche de quelque chose d'irréel. Ainsi, au fur et à mesure, nous comprenons pourquoi le cadet en veut au narrateur, et pourquoi lui n'a pas agi. Je voulais aussi mettre en avant le lien fraternel, de manière générale.
Si on a parlé de la femme barbue, la Toujours-Vierge, selon les dires de la légende rapportée par le narrateur, il fallait qu'on ait une deuxième description de celle-ci. Loin d'être artificielle, elle permet de réactualiser l'image qu'on peut avoir d'elle en la mettant dans un contexte narratif. Cette fois, ce n'est pas juste une entité d'un mythe, mais un être présent. 
J'en viens maintenant à l'acte sexuel. Ce n'est pas une déviance ou un trait de folie visant à signifier qu'il faut aimer charnellement le monde. Loin de là, c'est plus un acte symbolique. Comme dit, la Toujours-Vierge, avant tout, est une femme. Elle n'est jamais présentée comme une déesse et, dans ce cas, on ne peut pas dire qu'elle est la personnification de la nature. Elle est différente, car elle est très humaine. C'est elle qui appelle, parce que le désir est naturel - oui, je joue sur le mot "nature". Mais, comme je le fais dire au narrateur : "La vie ne dévore personne pour peu qu'on sache la saisir !". Cet acte signale le fait de saisir l'existence dans un instant pur durant lequel l'être ne se pose plus de questions et rejette ses idées préconçues. Quand le cadet se trouve devant la Toujours-Vierge, il est écœuré, puis il oublie son ego et tout ce qu'il contient en préjugés, et avance vers ce qu'il doit accomplir.
L'acte qu'il effectue est dénué de sexualité. Il est plutôt parcouru par une sensibilité érotique. A la différence de Blanche obscure où l'acte est constant, sans aucune prise de conscience, dans une forme de bestialité dérangeante.


Il y a ici un exemple d'un travail peu évident : même si une idée germe, si on n'a pas d'objectif, c'est relativement compromis. Il faut toutefois savoir prendre du recul, et ne jamais jeter une pensée qui pourrait être développée ensuite. Prendre un peu de temps, s'aérer en parcourant d'autres objets culturels et artistiques, se nourrir un peu. Il vaut mieux ne pas trop forcer les choses.

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