dimanche 17 novembre 2013

Explication de texte : Ombre


 Bonjour tout le monde !

Alors que nous entrons dans la Constellation de la Vie et de la Mort, je propose de commencer en douceur avec un seul texte. Il sert de base à l'ensemble des productions suivantes, mais il est aussi la trace de l'émergence d'une logique que j'ai affinée au fur et à mesure de l'écriture et que je précise encore aujourd'hui. Une pensée de l'existence à la lumière de ce que je vis, de ce que je lis et de ce que nous pouvons chacun ressentir.
Ce texte pose les balbutiements des idées d'impermanence, d'interdépendance et d'honnêteté vis-à-vis de soi. Cela fait un peu barbare dit comme ça. Mais, comme je l'ai dit, on va entrer en douceur.


Le texte est né d'un constat que j'ai griffonné dans un carnet : "Nécessités, obligations, avancer toujours sans retour". Sans doute je ne vous apprends rien, mais tout instant passe, rien ne demeure. Ça a l'air simple comme idée, pourtant elle est souvent oubliée alors qu'elle est la base de notre essence. 
L'idée de l'ombre en retrait qui correspond à ce que l'on oublie de soi-même correspond au divertissement de Blaise Pascal. L'homme se détourne, va d'action en action sans prendre le temps de se connaître soi-même. Pascal n'est pas le seul à penser cela : la sagesse bouddhiste, et toutes les religions, se basent sur la compréhension de nous-mêmes en tant qu'êtres. L'ombre telle que je la décris est une variation du "connais-toi toi-même". Cette variation guidera à d'autres idées, ces idées reliant les textes du recueil entre eux.
Un point de détail : la correction au sein de la phrase "Mais la posséder - non, s'inviter en elle - c'est encore plus de stupeur" est légitime et était pensée au moment d'écriture. Elle signale un abus de langage lorsqu'on dit "posséder une connaissance". Posséder est l'inverse même d'apprendre, car elle sous-entend que l'on s'attache à la chose sans vouloir jamais la lâcher. Or, la connaissance de soi revient justement à comprendre que l'on est un élément de l'univers et que, comme tout élément de l'univers, nous sommes soumis au temps. Rien ne sert de s'attacher, de posséder, puisque rien ne reste. Alors, oui, nous avons des choses autour de nous, et je ne dis pas qu'il faut se déposséder de tout objet et de tout sentiment. Mais il faut savoir que rien ne reste et, ainsi, apprendre à lâcher prise. Parce que si nous apprenons à donner moins de crédit aux choses, la mort finale nous semblera moins cruelle : elle nous apparaîtra naturelle.


Ce que je décris ici n'est pas nouveau : ceci provient de mes lectures de différents ouvrages. Vous me demanderez quel est l'intérêt de parler de tout ça, quel but y a-t-il à rappeler que nous sommes promis à la mort. C'est que cette pensée semble douloureuse, parce qu'elle nous est inhabituelle. Comme je l'ai illustré dans "Symphonie" avec le mouvement du Double écorché, la conscience est douloureuse mais amène ensuite une puissance de vie formidable. Pour voir son ombre, il faut s'arrêter. Et analyser cette forme changeante, c'est comprendre que nous sommes une ombre au sein du temps. Ce n'est pas en dépassant le ciel, auprès d'illusions, que nous parviendrons à saisir ce que nous sommes, mais en se tournant auprès de nous-même, en interrogeant notre être. Dans les religions, nous prions un esprit qui nous permet de focaliser notre attention. Face à cet esprit, nous nous définissons : je suis un mortel. Dans le bouddhisme, le disciple est invité à méditer, à faire face à lui-même par le soutien d'un maître. Au-delà de toute conception, il y a dans la sagesse spirituelle ce lien à soi, cette conscience du temps. 
Ce que j'ai avancé dans le texte s'inspire aussi de la critique de l'hybris. L'hybris correspond au fait de se penser au-delà de sa condition. Comme je l'ai affirmé dans l'explication de "Blanche obscure", je n'aime pas l'élitisme : cela conduit l'homme à se penser au dessus de ce qu'il est, ça le pousse à garder son emprise sur un ensemble de concepts, et à ne pas vouloir les lâcher. Dans "Blanche obscure", il y a une ouverture du personnage issu de la société d'élite : il admet que la vérité n'a pas de nom, qu'elle est multiple.
Encore et toujours, "faire tomber les colonnes de superstitions". 

Avant de poursuivre, il y a encore une faute vilaine que je corrigerai à la prochaine mise à jour : "cette ombre est cette part essentielle de nous-même à laquelle nous tournons le dos" et non "à qui nous tournons le dos".


La vie est une impression d'infini par l'interdépendance. Tout est lié, que ce soient les instants que nous vivons ou bien les éléments de l'univers. Il y a cette chaine du temps en constante évolution. Cette chaîne répond à la vie et à la mort, qui se déclinent : "L'ombre et le corps, lumière et obscurité. Mort et naissance, concret et abstrait." Un chiasme est un procédé de croisement. Je l'ai sur-utilisé ici dans une structure 1 2 / 2 1 / 1 2 / 2 1, le 1 correspondant à un élément impalpable, le 2 à quelque chose que l'on peut saisir. Alors on peut me rétorquer : "Mais on peut saisir l'obscurité". J'ai gardé ce mot pour l'opposition à la lumière. En tout cas, ces ensembles sont dans la vie, car ils sont dans le mouvement. Et demeurer, c'est ne plus être. Cette idée a servi de base pour "Blanche obscure", si bien que l'idée matricielle de ce texte est présente dans cette phrase : "Si l'esprit s'enferme dans ce manoir, alors le corps s'amollit, le néant se tait et tout disparaît." En effet, dans "Blanche obscure", le manoir isole les êtres qui semblent mous, vides de toute existence.
Ce qui suit à propos de la multiplicité des éléments de la vie a aussi été repris dans "Blanche obscure". C'est la danse des éléments, la poursuite du temps. On retrouve aussi le lien à la musique avec cette symphonie, cette suite des notes comme le temps va de secondes en secondes, et ce parfois en familiarité (avec les mélodies, les ostinatos) ou parfois en surprises (avec les solos). En somme, il ne demeure que l'impermanence. Au-delà de tout, dans l'essence la plus pure, il y a le temps et les successions de vies et de morts ; et nous comprenons le mot "mort" comme le changement continu, comme l'action des vagues du temps sur l'univers.


Finalement, si "Ombre" a été une base pour moi, s'il a fonctionné comme une première piste du recueil, il permet, à cette place au sein du livre, de prendre du recul vis-à-vis de ce qui a déjà été lu. Mais il n'est pas interdit de commencer sa lecture du recueil par ce texte. Ce que j'ai voulu dans ce projet, c'est que la direction à suivre ne soit pas figée. "Ombre" peut permettre de découvrir la pensée qui sera conduite, ou bien de percevoir les différentes balises que j'ai déposées ça et là. Pour ce qui est des explications de texte, il sert d'introduction à un autre travail quelque peu particulier, bien qu'il prenne sens au regard de la vie et de la mort : le "Triptyque".

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Une réaction ? Un commentaire particulier ? Faîtes-moi savoir : partagez !