dimanche 3 novembre 2013

Explication de texte : Symphonie

 
Aucun rapport avec le texte dans cette image, mais une galaxie en musique, c'est pas évident à illustrer...

Bonjour à tous !

Si "Cosmogenèse" soulève plusieurs éléments, la "Symphonie", elle, est bien plus simple à expliquer dans l'écriture. En somme, elle ne cherche pas à faire du "poétique", le but était de faire du "musical". De fait, elle contient surtout des références à des styles et des productions.
Pour les références, commençons par le littéraire, qui nourrit tout l'ensemble. Ce texte est porté par trois vers de Jules Supervielle de son poème "Hymne du jeune orphelin" : "De pleurer sur son sein ! ... Les rayons du bonheur ! ... Mourir sur ses genoux !". Ce sont des hexasyllabes qui terminent les quatrains du poème. J'ai voulu les isoler du poème, car ils sont porteurs de sens en tel quel, notamment les deux premiers qui donnent : "De pleurer sur son sein les rayons du bonheur." Le thème de l'orphelin est d'ailleurs présent dans ce texte.
Parallèlement à cela, le texte est inspiré de la scène de l'Ombre Double de la fin de l'acte II du Soulier de satin de Paul Claudel. Au sein de cette pièce de théâtre monumentale se trouve un moment de poésie galactique avec une ombre qui mêle les deux protagonistes du drame. J'ai réutilisé l'idée de double.

Les péripéties du texte sont simples : on pénètre au cœur de l'univers, un bruit survient. Si je parlais d'absence de son dans le premier texte, ici ce couinement vient tuer tout réalisme. Je passe un pacte. Je choisis de transgresser cette loi du silence pour développer ensuite la musique.
Un astéroïde, perçu comme "un bourdon de flammes", vient en percuter un autre - c'est le même départ que "Cosmogenèse". De cette collision se crée la chaleur, l'oiseau de feu prend corps. Celui-ci dévore un autre rocher perdu, tout s'organise autour de cet animal mystique. De cet oiseaux naissent deux amants, qui vont vivre la joie, l'amour, le deuil, la peur, le doute et une fête finale.



Passée la structure des actions, concentrons-nous sur la musique, l'objet de cette symphonie de mots. Sachez, avant toute chose, que j'ai, comme dans l'ensemble du recueil, choisi de mettre les pluriels francisés des termes musicaux, tels que "solos" ou "crescendos". J'ai préféré cela au niveau du son, c'est un simple caprice. 
J'ai imaginé l'ouverture comme quelque chose de très discret, avec ce cri porté en écho. On reste suspendu dans le silence pendant quelques instants. Lorsque l'oiseau est enfin là, un orchestre se lance en grandes pompes avec le tonnerre des violons, les cuivres qui embrassent l'infini par leurs notes et les percussions qui se mêlent au mouvement des corps imposants.
Après l'ordre progressif dans ce chaos, les violoncelles, autant que les planètes, se calment. Le tambour s'allège. On poursuit dans l'orchestre symphonique avec quelque chose de plus aérien, de plus léger. Il y a un jeu syntaxique dans la phrase : "Ces disques, ils marquent l'emphase des partitions oubliées". En effet, l'emphase que construisent les cymbales se répercute dans cette phrase avec "ces disques" en retrait. Les "partitions oubliées" évoquent cette cosmogenèse que l'on peine à définir - et pour laquelle je ne donne aucune réponse, seulement une vision poétique. Il y a une intensité dans ce temps, car tout se met en mouvement.

L'oiseau se calme, la musique en fait de même. L'orchestre joue une naissance tranquille. Cela vient progressivement : il y a le repos, puis la conception, la préparation de la vie. De fait, la guitare électrique s'invite. Tout s'accélère, car les êtres seront bientôt dévoilés. Pour imaginer cette musique, je me suis basé sur l'OST de F-Zero X réarrangée : elle contient cette puissance progressive, cet "éclat solaire". Ce mélange entre orchestre et Heavy Metal permet aussi de signifier que plusieurs genres seront mêlés, tous les thèmes du texte sont ainsi posés.
Fin de l'ouverture.




L'orchestre revient en petit comité. L'éveil des êtres passe par la seule présence de violons et d'un piano jouant une berceuse. Les enfants grandissent pendant ce temps, prennent l'habitude de la chaleur signifiée par un ostinato - c'est à dire par une piste mélodique répétée qui sert de base à la musique. Après un silence, cette introduction mène à une balade stellaire. Bien entendu, je joue encore sur les mots, et se joue une ballade musicale. Bien que j'ajoute violons et piano, j'avais en tête pour la piste à la guitare la ballade d'Elegy dans leur version acoustique de The angel without wings, qui serait cependant modulée pour correspondre à la longueur du chemin, à quelque chose qui porte de l'espoir. Alors que je rédige cet article, en pensant au piano et aux violons, je pense que l'on pourrait apporter aussi la ballade de Conception Hold on, en l'imaginant un cran plus rapide dans le tempo pour ne pas avoir le regret mais l'énergie. En somme, je me suis inspiré d'une ballade, mais au moment d'écriture, je souhaitais proposer ma propre ballade à défaut de la jouer.
Par la venue d'autres instruments, nous tombons dans l'opéra, lequel j'ai imaginé avec le premier moment de L'Ode à la joie (jusqu'à 3:43 dans la vidéo du lien). Cette fois, je mets en réseau le texte avec une pièce musicale précise, quelque peu modulée toutefois avec cette cantatrice et ce ténor. J'ai souhaité signifier dans l'aube, puis la ballade et l'opéra une accélération progressive : douceur vers le foisonnement et la fête. Ici grandissent les enfants, leur voix se charge - ainsi ils chantent. Et en chantant, ils découvrent leur vie.
Fin du premier mouvement.




Adultes, ils se retrouvent face à face. Leurs pas timides sont signifiés par le pizzicato ; ce mot signifie cette technique de piquer les cordes du violon. Cela donne des notes fines qui, je trouve, collent à la timidité. Nouveau crescendo, car encore une fois un instant fort se prépare. Avec la musique, tout l'espace s'illumine, tout change selon les fluctuations des émotions. Et à l'ultime coup de cymbales, les mains se sont croisées "au cœur du vide, au centre de tout".
Par la pluie des plumes, le fond de l'univers change. Malgré les couleurs chaleureuses, il demeure sur cette toile une tâche, un trou noir, une menace. Mais on y fait guère attention alors que se prépare une valse particulière, le Blue Danube Waltz (ou Beau Danube Bleu). Ici encore, je me suis reposé sur cette musique, je voulais lui rendre quelque chose, au même titre que je voulais faire une référence à André Rieu qui a joué cette valse. Enfant, alors que je n'aimais pas vraiment la musique, André Rieu m'avait fasciné. Il me semblait normal qu'il ait sa place dans un de mes textes.
J'ai toutefois modifié un peu la structure de la valse avec l'impulsion des tambours et ce coup de cymbales qui ouvrent vers une autre plage mélodique. Il y a la préparation avec le motif de départ du Blue Danube Waltz, puis la danse sur la mélodie principale de cette musique.

De la valse, nous basculons vers le Smooth Jazz, vers quelque chose de plus charnel, vers "une valse sensuelle". Et comme la folie s'intensifie, nous trébuchons dans le Rock psychédélique, mêlé de Jazz Fusion dans lequel s'invitent tous les instruments. Seulement, la tâche a grandi, la menace tombe : brusquement revient l'orchestre symphonique en panique pour signifier la mort de l'oiseau de feu. Les gestes et blessures sont marquées par la musique : l'inspiration de Fantasia est ici très présente. Je voulais, dans ce moment plus que dans les autres, faire que ce drame soit visuel et sonore. Cela se clôt sur les deux premiers vers que j'ai isolés du poème de Supervielle : les amants sont seuls.
Fin du deuxième mouvement.




Lorsque les pleurs s'écoulent, ils voient le trou noir. Celui-ci emporte l'homme alors pris de convulsions illustrées par un rythme de Brutal Death Metal vif. Ce tempo "fracasse un rythme qui pulvérise les secondes". Bien entendu, ce que j'ai écris ne correspond pas au sens strict à la prestation de George Kollias que je propose en lien : ceci permet d'illustrer le type de tempo. En tout cas, c'est ce style musical qui m'a guidé dans ce moment. Après ce solo de batterie, l'homme expulse l'objet de son mal : il se vomit lui-même.
Cette partie est volontairement dérangeante : je la souhaitais bizarre et violente. L'homme ici ne cherche pas à se voir, c'est son corps qui expulse l'être pour le lui présenter. La mort, si on n'y est pas préparé, est une horreur, elle arrache la personne défunte et nous dépossède de nous-même. Le temps qui vient est un moment de prise de conscience sans artifice. Alors que le Double est ainsi présenté comme désarticulé et cadavérique, une musique Death Metal reprend. Si j'ai fait ce choix, ce n'est pas parce que le Death Metal nécessite forcément des cadavres et de la mort - le texte "Death met all" le montre bien. J'ai pris ce style pour ce que cette musique peut évoquer : une frénésie, une puissance de vie, une prise de conscience, qui passe par le jumelage, l'observation, la difficulté aussi. Mais le Death Metal laisse place aussi au style de Meshuggah avec un rythme décousu mimé dans cette phrase : "La batterie, en avant un moment, s'amuse des peaux de ses caisses et du rythme de ses pédales, va vite et s'arrête tout à coup, et tape et tape, décousue."

La musique s'arrête aussi brutalement qu'elle est venue pour guider à la danse du cadavre. Je l'ai imaginée selon la danse Buto que j'avais découverte au hasard alors que je commençais à écrire ce texte. Je me suis alors intéressé à la musique traditionnelle japonaise (pour le kokyu c'est ici, et voici pour les percussions) et j'ai voulu intégrer ce type de composition selon des mélodies moins torturées qui s'opposent à la chorégraphie. Comme je ne connaissais pas cette musique ni cette danse, j'ai joué sur l'aspect inconnu, comme nous nous sentons étrangers à nous-mêmes dans les moments de prises de conscience.
Cette danse, comme le cadavre, est double : elle chante l'ancêtre perdu - feu-l'oiseau dans un petit jeu de mot - et exprime cette douleur dans une performance gênante et inhabituelle.  Il y a une dissonance dans la musique, une absence de lien entre la danse et le reste : cela signifie la solitude, que l'homme voit enfin entièrement.
Le cadavre revient dans son foyer, l'homme revient à lui tandis qu'il saisit que tout va, change et se retrouve parfois. L'amante approche.
Fin du troisième mouvement.




Lors des retrouvailles, c'est le Blues qui s'impose dans une "Voie jasée" : j'ai voulu exprimer par "jasée" la présence du Jazz. C'est par le lien entre l'émotion et la musique que l'ordre renaît, par l'acceptation "de l'enchaînement naturel des instruments". Un accordéon se prépare...
Alors revient une festivité folklorique ! J'ai choisi de revenir en force avec la musique folklorique irlandaise puissante. Dans cette allégresse d'ébriété et de fougue, on bascule de l'Irlande à l'Afrique noire, avec un autre type de musique aux accents différents qui n'en demeure pas moins plaisante, porteuse de joie. L'accordéon s'en va, ne trouvant plus sa place. Puis viennent des flûtes et la guitare électrique : les flûtes s'accordent si bien aux sonorités Metal. J'ai invité le Folk Metal de Saurom ou Mago de Oz. On revient ensuite à la musique africaine.
Seulement, l'accordéon revient pour une dernière folie : un Black Metal folklorique, une "obscurité liée à un folklore méconnaissable". Ceci répond à une contrainte que je me suis fixé : placer une sonorité proche de Finsterforst dans ce texte. Encore une fois, je ne me sers des genres musicaux que pour ce qu'ils m'évoquent, non pour une quelconque idéologie - si ce n'est l'ouverture aux cultures !
La venue de l'accordéon attire d'autres instruments, alors la musique se métamorphose et enchaîne différents styles dans une symphonie globale de tout ce qui est possible. Le fête parvient à ce moment de prolifération et "d'harmonie parfaite" dans cet opéra qui réunit tout, au sein de l'univers. 

Par un rapport au début du deuxième mouvement, les mains se joignent encore, cette fois avec la conscience des moments. Et dans un sublime finale, ils s'embrassent, tout s'embrase en un coup de cymbale, tout disparaît pour ne laisser que ce dernier vers : "Mourir sur ses genoux..."




Comme vous pouvez le constater, la plupart des décisions prises pour ce texte répondent à cette priorité musicale. L'ensemble de cette production se base sur le ressenti, sur l'évocation. Les musiques sont présentées nues, pour une symphonie poétique. Il ne faut pas chercher de revendication, mais se laisser porter. J'ai beaucoup aimé écrire ce texte, seulement je suis conscient qu'il ne risque pas d'être le favori : les références sont nombreuses, et il répond à des sensations personnelles. Toutefois, je souhaitais réaliser un tel défi pour partager justement ce rapport à la musique que j'entretiens entre enthousiasme et recherche, plus dans l'instrumentation que dans les paroles.

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