mercredi 13 novembre 2013

Explication de textes : Enadra au détour d'une rêverie, Amour volant et Foyer


 Bonjour, lecteurs divers !

L'ordre des textes du recueil a encore été perturbé : si j'ai réuni "Exaltation" et "Symphonie n°2", il se trouve entre les deux "Enadra, au détour d'une rêverie" et "Amour volant". Ces deux textes fonctionnent de pair et leur explication sera succincte.
Premièrement, "Enadra au détour d'une rêverie" fait écho à l'autre texte d'Enadra. Il est à destination de ma compagne, avec une sensibilité particulière. Plus que ça, il accompagnait les cadeaux de Noël. Il n'y a pas grand chose à dire sur ce texte qui est assez direct. Il y a des reprises de sons et de mots, nous sommes dans une prose poétique appuyée.
Écrire ceci m'a amené, deuxièmement, à concevoir "Amour volant". J'ai pris de la distance par rapport à ce que l'on vivait, j'ai souhaité créer une nouvel objet sensible. J'ai toutefois commencé ce texte par une observation du temps représenté avec le vent qui dirige l'univers entier par l'expression "le ciel et au-delà, les nuages et en-deçà" qui englobe tout. Malgré son impermanence, la vie propose des moments familiers, des accords agréables. Ce sont ces instants qui façonnent l'être, devenu double dans l'amour. J'ai voulu faire un réseau avec l'Ombre Double du Soulier de satin de Claudel, et donc avec ma "Symphonie". Et, après toutes les considérations sur l'existence, nous dérivons dans la poésie amoureuse. Car si la musique et le vent cadencent la vie, elle confient aussi une beauté. Musique et vent m'inspirent pour me comprendre en tant qu'être, mais aussi pour percevoir les délicatesses filantes.


L'ordre des textes est rétabli, nous basculons après la "Symphonie n°2". Ainsi nous parvenons à la fin de la Galaxie poétique. Cette partie n'est pas si longue que ça. Simplement - et comme la suivante -, elle est dense et contient de nombreux éléments.
Les moments d'écriture des autres textes de cette partie étaient assez rapprochés. "Foyer", quant à lui, se distingue du reste de cette partie car il a été écrit bien après. Il se singularise aussi par le ton employé. Il effectue au sein du recueil une transition : le "je" s'efface peu à peu. Cela se réalise car il est question dans ce texte de la dispersion de soi, renforcée par l'ébriété.
"Foyer" réunit deux moments de mon existence radicalement séparés dans le temps. Le premier élément, celui qui a donné une idée qui n'arrivait pas à germer, était une remarque de mon professeur de philosophie de terminale à propos de l'art contemporain. Il en était venu à expliquer un des nombreux constituants de la recherche de l'art contemporain, notamment la volonté de capter l'essence pure d'une idée. Pour illustrer son propos, il avait proposé l'exemple du foyer en tant que maison. La représentation de la maison se fait par l'enfant avec un carré et un triangle, avec la cheminée. Cette représentation ne peut pas être complète, elle est issue d'acquis sociaux, de transmission par l'éducation. En fait, un enfant issu d'une autre éducation aurait une toute autre représentation de la maison. Alors, il avait proposé d'enlever tout ce qui n'est pas neutre : ôtons la maison qui a de multiples formes. Il ne reste que l'autre sens de foyer - le sens premier -, celui de feu autour duquel les êtres se retrouvent. Mais un brasero peut avoir plusieurs formes. Si nous voulions ainsi représenter une essence pure de la maison, ce serait par la fumée du brasier qui évoque la chaleur du feu.
J'avais adoré cette idée, et je voulais la réinvestir. Je n'en ai été capable qu'en novembre 2012. Parce que j'avais fait l'expérience de l'ébriété et que, comme souvent, cela suscite des idées confuses le lendemain. Ceci est le deuxième élément constitutif.

Attention, je rappelle que l'alcool n'est jamais un moteur ni une fin : à aucun moment je fais l'apologie de l'alcool dans le cadre du processus créatif.


Le texte débute alors dans un raccourci du discours sur l'art contemporain, et joue des sens du mot "foyer". Comme la famille se trouve dans le foyer, et que le foyer est représenté par la fumée, la famille est dans cette "vapeur soufrée". Se dégage une autre idée : la famille, comme tout élément de l'existence et du monde, est soumis à la course du temps. Elle s'évapore avec nous-même. C'est cette fumée de souvenirs qui nous sert de base : la famille nous apporte nos premiers éléments de compréhension du monde.
Cette idée se trouve contenue dans le fait de "tenir cette fumée entre les doigts". C'est une volute de senteurs diverses : le tabac, les parfums, les plats, le café. Ces éléments ne sont pas forcément toujours mêlés. Mais quand je pense à mon enfance et mon adolescence - outre les jeux vidéo, les musiques, les paysages, les saisons - il y a un rapport à l'odeur qui reste palpable. Quand ma mère, par phases, fumait tranquillement tout en buvant son café, je la voyais reposée. Quand je sens l'odeur du poulet rôti, ça me rappelle tous ces dimanches et, par un réseau avec les jeux vidéo ou des séries télé, ça soulève un ensemble de souvenirs. Et je ressens une profonde quiétude.
La phrase que je cite, "Dans les vapeurs sucrées de l'absinthe, dans le fumée des cigarettes bon marché", est issue d'un texte de mon premier recueil, "Ébriété". Le rapport avec ce texte se réalise dans le fait de saisir la fumée, de capter l'impalpable. Ce premier lien en amène un autre : l'ébriété même. Elle semble faire soulever l'être, l'amener à la conscience. Ceci est un leurre. Contrairement à la fumée du temps qui serpente, l'ébriété nous porte, nous trompe, nous malmène. Elle conduit à une chute, tandis que le temps nous accompagne si on le saisit pleinement.


Dans cette expérience désagréable apparaît, sur la surface du cours de la vie, ce qui compte vraiment : "la constance, la cadence de la cascade" - les mêmes que j'ai utilisées pour ma chanson Steroids dans "Death met all" inspirées de Cadence and cascade de King Crimson. Car la fumée est le foyer diffus, il s'accorde au temps. Mais le temps lui-même, c'est justement ce cours à saisir au plus profond de soi. Pour ma part, si mon enfance m'a apporté les éléments que j'ai déjà cités auparavant, le début de mon âge adulte m'a conduit vers la cadence amoureuse. Elle me permet de prendre du recul, de saisir entièrement la "symphonie continue". Et, surtout, elle est la base d'un nouveau foyer et de la nouvelle constance de notre union.
Ainsi s'achève le voyage poétique pour laisser place à l'exploration de l'existence.

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