mercredi 6 novembre 2013

Explication de textes : Les rêves se réalisent, Enadra au détour de la lecture de l'Aurélia de Nerval et Nuit


Si j'ai un peu bousculé les choses en voulant mettre l'explication de "Symphonie" juste après "Cosmogenèse", et si ces derniers articles ont été assez riches et chargés, je reviens à l'ordre du recueil (téléchargeable ici) avec trois textes plus brefs, histoire de respirer un peu.
Aussi, ces textes sont plus aisés à expliquer : ils se basent sur des émotions à lire, sur des choses plus directes, et les références sont moins multiples. C'est plus léger, plus sensible. Les réunir n'est pas non plus inintéressant : ils ont été écrit dans un même moment d'écriture. J'étais en vacances, seul. Et le recul rendait plus fort l'amour que je porte en moi.


Cet amour m'a en premier lieu guidé vers "Les rêves se réalisent". Un tel texte a une histoire particulière : il se base sur deux musiques, Dreams come true de Hammerfall et Tears de Ensiferum. J'avais découvert ces groupes, et donc ces titres, quand j'étais en 1ère L. A cette période, j'étais en quête de l'amour autant que je cherchais à fixer mon style. J'écrivais mes songes avec hargne pour saisir ce que je ressentais, pour utiliser ce qui bouillonnait : pour faire de la poésie. Seulement, ces musiques qui m'accompagnaient chaque jour, et qui faisait trembler mon être, ne faisaient que souligner l'absence ; je n'arrivais pas à rendre l'émotion qu'elles m'inspiraient. Peut-être parce que ce n'était pas le moment.
En tout cas, une nuit, alors que je commençais à m'assoupir, les idées se sont alignées autour du "moment suspendu". Ceci répond à quelque chose que l'on ressent tous : ce temps où tout s'estompe et devient clair à la fois, où il n'y a plus d'emprise sur rien, juste la communion à l'instant. On ressent, on se sent vivant, pleinement uni à l'ensemble. "Dreams come true", je ressens enfin la joie que je souhaitais, cette "impression d'infini".
Dans la deuxième partie du texte, le regard se focalise sur une larme, de laquelle émerge une forêt. Quand j'écoute Tears, je sens cette ambiance sylvestre, j'entends un ruisseau et le calme. Au même titre qu'auprès d'elle je saisis la beauté et la quiétude.
Et le moment se suspend.



Les vacances d'été sont l'occasion de revenir sur des lectures. Et, puisque j'étais encore plein de cette image de la tranquillité forestière, j'ai souhaité peindre avec des mots. Avec le deuxième texte "Enadra au détour de la lecture de l'Aurélia de Nerval", je me suis situé par rapport aux tableaux anciens, aux muses représentées. Une fois le cadre installé, la composition a pris forme : la silhouette, la posture, le paysage et les couleurs, l'émotion et la splendeur, la simplicité et la grâce : l'harmonie que l’œil saisit en un éclair. Il n'y a rien de plus à expliquer : ce texte est, encore une fois, la suspension de l'instant, une borne pour se retrouver. Une peinture au sein du musée de l'existence.

Vous me direz, et avec raison : "Mais quel rapport avec l'Aurélia de Nerval ? A la limite, ce n'était pas la peine de le signifier dans le titre du texte, il n'en est pas question ici." En fait, la référence à Nerval provient du moment d'écriture du texte. L'Aurélia de Nerval est un texte inachevé et réputé être difficile à envisager et commenter. Pour ma part, je lis le livre tel qu'il se dévoile : c'est une prose poétique dont Nerval a le secret. J'apprécie beaucoup cet auteur pour son écriture très sensible, à la croisée entre rêve et réalité, dans laquelle je me suis retrouvé lorsque je l'ai découverte. La référence à l'Aurélia se trouve dans l'idée de muse, de peinture, de poésie entre songe et sensation immédiate.
Bien entendu, en parlant de "sensation immédiate", je ne dis pas que ce texte a été écrit d'une traite. Je l'ai remanié, rendu moins brut : dans l'immédiateté a été brossée l'image, les grands traits du personnage. Avec du recul, j'ai repris les mots et l'écriture.


La frontière entre le rêve et le réel, puisqu'on l'a évoqué, est l'objet même de "Nuit". Durant l'année 2010-2011, j'avais connu ma première expérience théâtrale, et je voulais écrire à propos d'un personnage dans ce milieu. J'ai pris quelques notes autour d'une femme qui retourne chez elle après sa représentation et se permet un dernier instant avant de totalement s'éclipser. Ce n'est qu'en août 2011 que j'ai poursuivi avec l'idée du "songe d'une nuit d'été", inspiré du titre de la pièce de Shakespeare. Inspiré par la mythologie grecque, je me suis lancé dans un texte qui touche aussi bien cette littérature antique que la poésie galactique. 
Avant tout, il fallait créer le cadre qui permettrait le songe : quand elle est sur le toit, tout se confond. Au-dessus de la femme il y a le bruissement de l'air, en-dessous le bruits des pas : ces deux éléments sont dans la même phrase parce qu'ils communiquent. C'est le lien assez convenu entre Ciel et Terre. Une attention est portée sur l'absence de couleurs : il n'y a que de l'argenté qui joue de reflets et l'obscurité.
Dans un tel cadre, le frisson du songe saisit le corps de la femme somnolente. Il peut se jouer alors la pièce antique qui met en situation des divinités mythologiques. On y note, au passage, une nouvelle référence au Que ma joie demeure de Giono par le "Fleur-de-Carotte" pour désigner Orion. Ne me demandez pas pourquoi Giono a choisi de désigner Orion ainsi (peut-être pour signifier que cela fleurit dans le ciel, et que la vie entoure toutes les personnes, les conduit toujours), et la référence ici correspond plus à un clin d’œil amusé ; ça permet, par ailleurs, de donner un but à la pièce. Orion veut montrer un grand drame "pour anoblir son nom". Du reste, j'ai écrit selon l'amour ainsi que selon l'émotion ressentie lorsque, plusieurs fois, je me suis trouvé allongé à scruter le ciel nocturne, en passant de la réalité au rêve.
Le texte finit sur un jeu de mot : "Et ils dansent dans l'espace infini, l'espace d'un infini nocturne". Je voulais que cette phrase finisse de placer la confusion entre le réel et le songe.
Seulement, ce jeu de mot ne fait pas la dernière phrase. Il reste ce "Songe d'une nuit commune" ! Contrairement à d'autres textes dans lesquels j'ai ajouté des éléments après relecture, je n'ai absolument pas modifié "Nuit". Quand je suis parvenu à la fin du texte, j'ai ajouté cette phrase non-verbale pour signifier que, finalement, cette nuit n'a rien d'exceptionnel. C'est l'émotion qui va lui confier sa poésie. Cette idée n'était pas alors développée plus que ça mais, en écrivant "Death met all" par exemple, j'avais ce "songe d'une nuit commune" à l'esprit lorsque j'ai conçu le passage sur le quotidien et la poésie. Alors, cette dernière phrase se comprend en parallèle de celles-ci : "L'instant est nu, l'être le pare. Comme les notes, comme les mots ; l'être leur donne une portée."


Tout ceci justifie certaines décisions que j'ai prises concernant l'organisation du recueil : la Galaxie poétique évoque des choses qui se trouvent dans les fictions. Il me semblait plus adéquat de présenter ces choses d'abord selon l'angle du remaniement, car elles sont plus claires ainsi structurées autour des nouvelles. Je ne pouvais donc ni placer les textes par ordre chronologique, ni situer les parties n'importe comment. Même si, dans mon écriture, ce sont d'abord les textes poétiques qui ont donné les nouvelles, je ne pouvais pas respecter cet ordre. Les textes poétiques sont plus dans l'évocation, alors que les fictions, elles, tendaient à rendre cette évocation plus saisissable, plus palpable. 

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