dimanche 8 décembre 2013

Explication de texte : Atomos

 
Buste de Lucrèce prélevé sur ce site


Bonjour vous tous !

Le texte que je m'apprête à expliquer m'est tout à fait particulier : je l'avais commencé au début de ma deuxième année de lettres modernes, alors que je découvrais la littérature antique, et notamment les Géorgiques de Virgile. J'avais été fasciné par ce style direct de discussion, car souvent ces ouvrages étaient destinés à quelqu'un. J'ai voulu moi aussi tenter de tenir une réflexion sur ce mode-ci, d'autant que je parcourais la pensée atomiste avec intérêt. J'avais commencé par les trois premiers paragraphes. En guise d'introduction, je proposais une invitation à voir l'atome tel qu'il est. Et je me suis retrouvé face à un mur. J'ai voulu effacer aussitôt l'esquisse de texte - je me suis ravisé.

Deux ans plus tard, j'ai éprouvé un sentiment étrange que je n'avais pas eu depuis longtemps. Au moment de m'endormir, j'ai eu la sensation que tout mon être se retrouvait en un point de mon cerveau. Minuscule, j'avais l'impression que tout s'imposait autour de moi, que même mes pensées m'assaillaient. C'était particulièrement étrange, et cela m'avait donné l'idée de percevoir ces éléments microscopiques sous l'impulsion de mouvements et de couleurs - un peu comme les lumières dansantes dans le passage du salon dans "Sophie". Alors que j'avais approfondi les thèmes galactiques, j'ai voulu lier cette expérience délirante à l'atmosphère du passage de "Sophie" avec le départ d'"Atomos" laissé à l'abandon.


Le texte commence donc véritablement avec l'observation des atomes immenses, dont la structure rappelle les phénomènes galactiques. De fait, par "la marche d'éléments" rapide, il y a une évocation de ce que j'ai imaginé pour "Cosmogenèse" : la marche des atomes fait écho à la danse des planètes en formation. On revient alors au lien de toute matière : l'agglomérat qui donne des naissances, la division qui donne des morts, et ceci se poursuit, en deux gestes combinés et inaltérables. Comme nous sommes un "agrégat d'atomes conscient" ( comme je l'ai énoncé dans le texte "Dans le ventre de la terre") ou, ici, "une apparence composée de milliards d'atomes", notre matière se désagrège, se métamorphose au fur et à mesure, avant l'arrêt qui mène à la division de ce qui nous compose. En fait, je ne propose rien de neuf, je propose sous un autre angle l'idée déjà énoncée auparavant dans d'autres textes.
Mais cela me permet de rappeler une chose : la mort n'est pas une fin absolue. Car notre être va laisser un dépôt de matière, qui servira de terreau à d'autres choses. On dit que "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme" : cette vérité scientifique a été posée bien avant les avancées modernes dans ce domaine. Déjà, dans l'Antiquité, Lucrèce, inspiré de la philosophie matérialiste grecque, notamment des enseignements d'Epicure, soulevait la thèse que, dans l'univers, rien ne naissait du néant, et rien n'y retournait. De fait, même si son De Rerum natura propose des idées qui peuvent nous sembler amusantes (le corps composé d'atomes qui sont des miniatures du corps en question), il y a dans l'essence de son long poème didactique quelque chose de rassurant et de beau. Le monde est ainsi fait dans une poursuite du temps, ce temps composé de la chaîne des éléments qui succèdent. Il n'y a aucune crainte à avoir de desseins divins, aucune peur de subir le courroux d'un seigneur inatteignable. 
Au passage, j'en profite pour dire que le "karma" correspond à l'idée qu'un mouvement de maillon au sein de cette chaîne aura des conséquences plus ou moins importantes, tôt ou tard. Il n'y a pas de bon ou mauvais karma, ceci est une transposition occidentale de la justice divine. Le karma est la poursuite : une goutte d'eau tombe, cela apporte des mouvements multiples.


Revenons-en à la mort : le mouvement se poursuit, l'univers n'est pas promis à un embrasement total et parfait. De fait, j'en viens à l'idée que, durant le moment où nous sommes, nous avons ce pouvoir d'agir sur cet univers qui nous survivra. Apparaît l'image motrice du texte : envoyer des pulses de lumières sur ces atomes, autant que le cosmos est parsemé de phénomènes lumineux singuliers. Cette image illustre que, même si nous avons des possibilités, nous sommes limités. Nous avons une puissance formidable, il n'est pas nécessaire de vouloir aller au-delà, de faire preuve d'hybris, de vouloir surpasser ce que la matière nous permet - et ses limites permettent quand même une merveilleuse marge de manœuvre. J'en appelle ici à ne pas se fier aux illusions, à ne pas viser le divin qui nous est inaccessible car, comme il sera dit plus tard dans le recueil, entre l'homme et les dieux, il y a un gouffre : l'éternité.
Nous vivons, et cela laisse une empreinte, qu'il faut avoir à l'esprit : ce qu'enseignent les bouddhistes, ce n'est pas qu'une bonne action apportera un bon karma à la personne, ceci est une vision égoïste du "je fais le bien pour avoir mon propre bien". Ils invitent à faire des actions positives, à faire preuve de détachement, d'humour et de joie, parce que ces actions bienveillantes auront des conséquences agréables dans la suite de la chaîne. 
Toujours dans le même paragraphe, je passe à autre chose par la définition de l'empreinte. Si bien que cette fin de paragraphe est un clin d’œil amusé à l’œuvre de Lucrèce : si ses vers sont beaux, parfois ils sont rigoureusement faux selon les "lois inébranlables". Mon projet était de montrer que certaines élucubrations de scientifiques - comme lier l'infiniment petit et l'infiniment grand - peuvent paraître tout aussi étrange de prime abord, mais soulever quelques pistes de réflexions.


On arrive ainsi à la conclusion du texte. J'illustre l'action du temps de façon simple, par la fleur, puis l'homme - tous deux êtres vivants -, puis par la matière minérale qui, apparemment figée, n'en est pas moins soumise à un ensemble de phénomènes. De ce fait, on se rend compte que du temps, on n'en a aucune perception réelle et saisissable - bien que la musique, par ses notes, nous propose un autre rapport à ce flot. La seule chose qui nous apparaît est l'effet de ce temps. On pourrait me rétorquer toutefois : "Mais par la musculation, on sent chaque seconde par l'effort". Je répondrais que l'effort physique, comme la méditation, invitent à prendre justement le temps en compte. Mais l'idée reste la même : il faut accepter le temps et son action. Le tout est de saisir l'action temporelle, pour ne pas se laisser surprendre. Garder à l'esprit que "tout change, sans arrêt" pour s'ôter la peur de la mort et de l'impermanence.

2 commentaires:

  1. Moi c'est Lucrèce qui m'a marqué à vie et qui est mon chouchou !
    Bon c'était pas trop le mec fréquentable à l'époque ... c'est sur ...

    Du coup, et bien j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cet article ^^

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  2. Lucrèce aussi m'a marqué, il est souvent cité d'ailleurs dans les explications, parce que c'était un "putain de visionnaire", comme dirait LE2R =P (cf Louis-Emile de Reac, 3615 Usul sur les boîtes)

    Ravi que ça t'ait plu ;)

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