dimanche 1 décembre 2013

Explication de texte : Cadavre sonique

Dans cet album se trouve le titre Sonic Rebellion qui a inspiré ce texte
 
Un bonjour fracassant en ce 1er décembre !

Le texte que je vais expliquer ici est un cri vif, une image fulgurante née d'une musique : Sonic Rebellion de Vicious Rumors. Ce titre rapide et carré m'a inspiré l'idée d'une représentation de la Mort comme un cadavre jonglant et électrique, puissante et implacable. A côté de ça, j'étais retombé au hasard sur les Illuminations de Rimbaud et sur le texte "Being Beauteous" qui met en avant une beauté de chair malmenée. Aussi, j'avais encore à l'esprit le thème du cadavre exquis : je voulais aller plus loin dans ce personnage, et le lier encore une fois à une observation de la mort. Il est devenu, sous l'impulsion de l'adjectif "sonic" du titre de la chanson de Vicious Rumors, le cadavre sonique.


Comme la musique commence par un cri, le texte ouvre sur un bruit : la sortie du cadavre sonique. Si l'adjectif "sonique" nous évoque la rapidité, c'est avant tout un son. Comme le son, la mort est invisible, mais on perçoit ses conséquences. Cette mort, portée par un ensemble culturel, impose une force terrible et une tristesse invincible sur les hommes, entre empathie et effroi.
La mort apparaît sous de multiples formes, à cause de ses nombreuses représentations au fil des siècles. Elle est la plus grande "colonne de superstition", l'illusion maîtresse. La description du cadavre sonique devait évoquer cette terreur, mais j'ai voulu grossir ses traits, pour qu'elle en perde toute réalité. Car, comme tous les symboles, ce n'est qu'une chimère qui tire son impérialisme de l'imagination. Fuir et ne pas affronter ces images, c'est s'enfermer. Il faut accepter la mort, pour se dire que, finalement, elle fait partie de la vie, de la course du temps et que, de fait, le seul visage qu'elle revêt est celui "qu'on veut luit donner". Par les mots choisis avec la "forme énigmatique" qu'on confie à la mort, ce cadavre sonique prend corps autour d'une autre musique : The Enigmatic Form de Decrepit Birth. Et je montre que la mort, en tant que tel, n'a pas à nous effrayer car elle répond de fantasmes : à partir du moment où elle a plusieurs visages, c'est que l'apparence qu'on lui prête est complexe et qu'elle ne répond pas à son essence qui, elle, est pure, simple.


L'essence de la mort est impalpable. Et lorsqu'on croit la voir, ce n'est pas qu'elle prend corps, c'est en fait notre peur qui se tient face à nous. Jamais nous aurons une image fixe de la mort car elle est constante. Elle fait partie du temps, aux côtés des naissances et de la succession. J'en reviens ainsi à l'imagination, à ce que les arts et les mythes ont conçu pour rendre cette réalité imposante. Seulement, comme le singe qui se vêtit de la fourrure du lion, les apparences nous trompent. Oui, l'art voit juste en plaçant la mort comme une force qui va et ne s'arrête jamais. Mais la mort ne juge pas, elle n'agit pas selon une conscience. C'est simplement une conséquence du temps. 
La symbolique du singe paré du costume du lion m'a conduit à réutiliser un autre lieu commun : celui du lion blessé par une épine dans le pied. C'est un classique réutilisé dans de nombreux dessins animés : un lion effraie tout le monde car il hurle et semble énervé comme jamais. Un personnage chétif affronte sa peur et ose s'avancer auprès du prédateur qui, en fait, pleure sa souffrance. Pour l'homme, la situation est pareille : il doit s'avancer auprès de sa conscience implorante, s'ôter cette épine d'illusions. Il se dégage alors, en fin de texte, une autre symbolique avec le mythe de la caverne de Platon, qui signale aussi l'action des illusions. Lorsque je dis "saigner en cascade [...] vivre enfin, libres des murmures portés entre les roches de la caverne", c'est par l'idée que le sang libéré va purifier les roches. Notre vie impulsée par un sang conscient, signifiée par cette cascade, va éroder les roches conçues par la sculpture des mythes et récits autour de la mort. Il nous faut, par un regard sur soi et le temps, nous purger des symboles des anciens, laisser le regard observer le ciel derrière les nuages.

Il faut rendre à la mort le fait qu'elle n'est pas incarnée, voici ce que signifie la phrase finale. Mais elle porte, par un jeu de mot, un autre sens : laisser au mort le repos. Laisser aller celui qui est parti, accepter sa disparition.


Ce texte fait partie de cet ensemble qui veut mettre en avant le potentiel que nous avons en chacun de nous de voir la vie telle qu'elle est. Laver l'image de la mort de toutes les peurs illusoires, même si cette culture a quelque chose de confortable que l'on n'ose pas mettre à mal, c'est se permettre la possibilité de s'alléger. Il ne faut pas se laisser hanter - car la peur amène à bien des erreurs. La peur de la mort implique la peur de perdre, le désir de possession, la jalousie, l'envie, et bien d'autres choses qui enferment l'être. Passer outre cette barrière, c'est déjà se donner les moyens de lâcher prise. Et, comme l'affirme Sogyal Rinpoché, ceci sera d'un grand secours pour accepter le changement final de notre être.

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