vendredi 27 décembre 2013

Explication de texte : Des hommes et un monde

 Aube d'un nouveau jour...

Bonjour à vous !

On en vient au Finale, l'issue de trois ans d'écriture, le bilan des pensées énoncées qui ont été construites et amenées ça et là. Ce texte est l'occasion de faire le point, de mettre en regard, de prendre du recul. C'est à la fois une mort – la fin du projet – et une naissance – du livre, et d'un nouveau départ.

Le texte présent a été conçu de façon sporadique : j'ai écrit plusieurs fragments peu à peu, à la façon des notes de la Nuée. Ces textes brefs auraient pu passer à la trappe, seulement j'ai trouvé un lien entre chacun : ils résument l'ensemble de ce qui a été avancé dans le recueil. De fait, une fois que j'avais un groupe assez homogène, j'ai décidé de l'organiser, de l'augmenter aussi. La genèse est assez empirique, je ne vais pas m'y attarder, car elle a été soumise au gré des tentatives et des réflexions.


Cette ultime composition, qui lorgne dans le style de l'essai à la manière de "Danse-Mort", ouvre sur le sujet des divinités et des illusions qu'elles apportent par la séduction de l'éternité. Les dieux ne sont pas de notre ressort. Parce qu'il se trouve un fossé entre dieux et hommes : l'éternité.
Je ne discute pas de l'existence des dieux, mais je reste sur une position agnostique – sans toutefois me dire agnostique au sens strict. Je pioche des idées par-ci par-là, car la vérité est partout, dans la multitude (idée qui m'est d'ailleurs inspirée de l'album In Your Multitude de Conception, notamment sur le titre A Million Gods). Une infinité de dieux éternels par les mythes et rituels, une infinité d'hommes dans la succession de leurs vies et morts, de leurs changements, des actions du temps qui n'atteignent pas les dieux.
Par l'éternité qui n'est offerte qu'aux dieux, l'homme s'égare, s'emprunte à lui-même des caractéristiques qui diffèrent de son essence de corps au sens physique d'agrégat d'atomes. Comme chacun avance des vérités diverses, des dogmes variés, des pensées multiples, c'est que le monde n'a pas de définition unique : chacun porte son interprétation. C'est en cela que je dis que chacun est un artiste : tous voient le monde selon un vécu particulier. Comme le disent les bouddhistes, la vérité n'a pas qu'un seul nom.
Tout est paradoxe : le monde semble nous imposer une seule vision, ce qui n'est pas le cas. Car, comme tous, nous sommes différents. Notre essence est dans l'action du temps qui façonne par la course des jours, par la suite des notes. Dans ce cas, nous sommes présents et diffus à la fois. L'homme est ambigu : de corps et d'esprit, demeurant et mouvant, palpable et absent. Il est « nulle-part et partout à la fois ».
Comme les instants se succèdent dans le temps et sont interdépendants, les hommes, soumis au temps, sont interdépendants avec tous les éléments de l'univers. Le temps nous emporte. L'homme semble absurde lorsqu'il s'affirme indépendant. Il l'est tout autant quand il affirme sa force indomptable : tout agrégat s'épuise, puis se désolidarise, à l'instar du trou noir que je reprends directement de "Quête". Avec lui, rien ne se perd – son corps inerte sera décomposé en éléments plus simples – rien ne se crée – les éléments plus simples déjà présents s'agencent pour le concevoir. Mais, en tant qu'agent au sein de l'univers, il transforme. Tout est organisation de ce qui était là avant nous et qui nous survivra. La langue est agencement de sons que notre matière nous permet de réaliser. Nous transformons ce qui nous est permis par nos potentialités. Et, aussi, plus les choses se transforment, plus elles deviennent complexes, et parfois se parent des illusions tenaces des « brumes de rêves ».

Je l'ai déjà dit, mais sous l'image des dieux se trouve l'éternel, et l'éternel correspond au temps qui agit, invisible et constant. Ce qui nous régit, impériaux et aveugles, ce sont le temps et ses changements. Ainsi, à chaque seconde, une action d'un maillon mortel et impermanent aura des conséquences sur la chaîne des éléments interdépendants – ceci est l'idée du karma : chaque action a une puissance, une résonance qui apportera une conséquence sans idée de justice (l'idée qu'une mauvaise action donne de mauvaises conséquences répond à la justice divine occidentale). Pour illustrer cette idée d'action et de conséquence, la musique est un exemple pertinent : une note, élément présent dans le monde, est transformée et, seule, n'évoque rien. C'est l'utilisation qui en sera faite selon les réseaux de dépendance avec d'autres éléments (musicaux ou non) qui donneront une vie dans cette succession sans adhérence, selon une « empreinte délayée », une marque fugace.

Nous sommes dans les mouvements sans cesse, pourtant nous prenons parfois le temps. En cela, l'homme vit, et il doit avoir pleinement conscience de cela, se lier à ce qu'il est. Je fais une précision : si l'homme fou est dans une action, il n'a aucun contrôle sur lui-même. L'homme conscient, par le fait qu'il se situe et tend à se connaître, comprend la portée de son action et des actions du monde. Il se sait mouvant, aussi bien donneur que receveur.
Par contre, le dieu, éternel, demeure sans jamais bouger. L'homme expérimente, tend à avoir conscience de ce qu'il fait. Le dieu, s'il est éternel, est immuable – comme le temps a une action immuable, la course du temps reste la même, elle n'est modifiée que dans notre perception du temps. S'il est immuable, comme le temps, il est aveugle, ne ressent rien. S'il se met à ressentir, il est soumis aux fluctuations, aux mouvements, son immuabilité n'est plus : ce n'est plus un dieu, mais un homme.
J'en reviens ainsi à définir le dieu et son action selon les religions, qui correspondent au temps et ses changements que sa course apporte.
Les dieux répondent ainsi à la chaîne que je présente : ce sont des symboles du temps.


J'en viens à parler des symboles, deuxième partie du texte. Les symboles font écho au fait d'esthétiser, de poser des bornes, tel que je l'ai défini dans la note fulgurante de décembre 2012 ou dans "Quête". Avant tout, un symbole est un produit quotidien que l'on a justement extrait de sa temporalité pour le fixer. Tout peut, dès lors, être symbole. De fait, les dieux répondent à un symbole de l'action du temps : phénomènes naturels, processus de vie et de mort etc. Les symboles ont un aspect commun, lié à la civilisation – et il y a de nombreuses civilisations. Le risque est que, puisque les symboles sont une interprétation, et que l'interprétation répond à une intersubjectivité, il y a des différences. Défendre un symbole peut amener à tout et n'importe quoi. Le symbole permet de poser des bornes, de s'appuyer dessus, mais il ne faut pas s'y reposer au risque de plonger dans l'illusion.
Si les symboles fascinent, c'est qu'il y a une part d'inconnu. Je prends pour exemple le Rubik's cube qui m'avait toujours interrogé, jusqu'au jour où j'ai appris à le résoudre. Sans cette part de mystère et d'inconnu, il n'y avait plus ce même rapport à l'objet. Avec un symbole, les actions que l'on peut concevoir sont multiples, comme je l'avance dans "Cadavre sonique" : le symbole de la mort peut invoquer la peur. Le symbole du dieu, tel son courroux, impose l'effroi.
La fascination va avec l'inconnu, et se trouve liée à une forme de doute et de peur. L'éternité des dieux fascine, et interroge. Mais, quelle est la place du messie ?

Cette idée du messie, je la pose selon une fantaisie de dialogue avec la mort – qui est personnifiée du coup. Cela permet de revenir sur le symbole : il survit aux hommes, mais il peut se trouver altéré par les transformations qu'imposent les hommes sur les idées et les interprétations. Les symboles sont bien souvent éloignés de leur point d'origine, comme avancé dans "Danse-Mort" avec l'idée que les dieux peuvent être utilisés pour défendre plusieurs idées. Le symbole qui demeure, et survit sans cesse, est un messie. C'est le symbole des symboles, il les dépasse.


J'ai conscience que cette somme d'idées peut paraître abrupte – et j'en avais conscience durant l'écriture. J'ai donc voulu prendre un autre exemple plus direct pour montrer la différence entre dieux et hommes avec les dieux du stade : ils sont soumis à une paralysie, comme les dieux ne sont pas soumis au temps. A la différence des dieux du stade qui sont un symbole de beauté, les dieux sont des symboles du temps – ils représentent le temps. Mais ces symboles diffèrent selon les civilisations, nous l'avons déjà observé auparavant.
Un dieu est immuable : ce symbole invincible du temps relie les hommes, par l'art notamment. Mais les dieux imposent des illusions aussi, car ils sont des symboles soumis à interprétation.
Le dieu, en soi, est une image d'illusions. S'il est éternel, il est donc immuable, figé dans le temps, car n'est pas éternel ce qui est soumis au temps et à la mort. De fait, s'il est immuable, il ne peut pas ressentir d'émotions : l'émotion répond aux mouvements du temps, on bascule entre naissances et morts, entre les changements des sentiments. Si l'on présente un dieu de colère ou un dieu d'amour, puisqu'il ressent, il répond du temps : le temps est au dessus du dieu. Le dieu qui punit est un seigneur, en effet, mais n'est pas éternel car il ressent. Le dieu éternel est silencieux, il ne passe pas d'états à d'autres : il demeure, au contraire des hommes qui passent. Cette idée d'homme qui ne demeure pas, difficile à supporter, fait naître l'envie d'éternité, d'atteindre un niveau divin. Mais il n'y a pas que cela qui fait désirer la stase de la permanence, car l'art aussi contient cette illusion. En effet, l'art repose sur un instant figé, sur des pensées préservées en un objet – ceci sera d'ailleurs observé plus tard. De fait, l'art, comme le dieu, propose un rêve.

Cependant, l'art se distingue car il est conçu selon l'existence : l'être fuyant s'impose un moment où il va figer l'instant donné pour mort. Dans ce cas, l'objet artistique apparaît comme une relique qui contient une émotion, un moment, un souvenir. Et le souvenir, quant à lui, devient un symbole par cette conception de la relique. Il n'est pas mauvais de vouloir garder en mémoire les instants agréables, les souvenirs particuliers. Mais il faut se rappeler que rien ne pourra ramener ce souvenir à la vie. C'est pour cela que j'ai choisi le mot « relique » : c'est un objet funéraire, il souligne que ce qu'il évoque est disparu et peut revenir par des impressions, telles que les couleurs, les formes, les odeurs etc.
Grâce à cette collection de reliques que nous préparons par le fait de prendre du recul avec ce que nous vivons, par le fait d'esthétiser, un enseignement peut être tiré : « tout coule et nous passons », alors jouissons, ayons conscience de notre puissance de vie. Sentons cette union au temps : embrassons sa course, pour s'ôter toute peur du vide. Ayons confiance en la vie et, par conséquent, en la mort.
Le souvenir, qui sous-entend prendre du recul, observer et intérioriser, apparaît comme un art que l'on contient, et qui nous porte.


Venons-en à l'art, justement. Je reviens sur ce que j'ai dit dans "Danse-Mort" : l'art, bien qu'il reste permanent un minimum (il peut être oublié, désagrégé, détruit), correspond à l'existence. Par la multitude de ses présences, l'art correspond à autant de conséquences de l'action du temps, à autant d'agencement de matières. Ainsi, il y a un monde et, surtout, des hommes, qui sont des vecteurs.
Après, comme l'existence, l'art est, sans rien d'autre. Il y a une inutilité ou, plutôt, aucune fin en soi si ce n'est la vie. Le sens, s'il ne peut pas être figé, peut être défini en partie et proposera une multitude – car la vérité est multiple. L'art propose de prendre une distance avec soi, de voir du relief avec l'existence propre. De fait, entre nos expériences et le guide de l'art, nous nous situons, nous nous comprenons.
L'art répond à une expérience : on s'approprie ce qu'il nous apporte. C'est un ensemble de média, il y a une transmission. Mais, comme pour toute transmission, il peut y avoir des interférences, des pertes ou des ajouts par le destinataire que l'émetteur n'avait pas envisagés. J'en viens à parler du jeu vidéo : comme tout médium, il porte en lui la possibilité d'apporter quelque chose de sensible au destinataire, surtout par sa correspondance avec la musique, l'action, l'exploration et l'activité du joueur. Des symboles se conçoivent, des bornes sont fixées. Il y a intériorisation. Le jeu, comme tout médium artistique, atteint ses limites lorsqu'il devient aliénant : le destinataire n'intériorise pas, ne met pas en regard, il est plutôt manipulé, il perd contrôle de lui-même. Jeu ou livre, tout médium contient ce risque, mais ils contiennent aussi la richesse des intériorisations, des nœuds sensibles que l'on peut faire.

Le jeu vidéo et l'art intériorisés apportent un ensemble de souvenirs qui sont égrainés dans l'ensemble de l'existence. Par le rapport complet que propose l'activité vidéo-ludique, les souvenirs peuvent être puissants, tenaces. Car l'instant s'en trouve suspendu durant le jeu : suspendu par la musique, les images, les moments de jeu intenses. J'ai préservé des marques profondes, celles-ci me font comprendre qu'il faut préserver sa puissance de vie, poursuivre dans une légèreté pour avoir conscience de cette vie, pour se sentir bien, uni à soi et au temps, sans regretter.
J'en viens à l'écriture, car il faut bien interroger cette pratique. J'écris pour justement laisser des bornes, prendre de la distance, observer. Aussi pour donner, partager. Pour l'envie du beau, de créer. Pour penser, poser, aligner les réflexions, se retrouver. Toujours se situer.
Car la vie est dans les hommes, ce qu'ils vivent, et le monde, sa multitude. Cette multitude que j'ai voulu embrasser par mes émotions, par les fictions diverses, par ce recueil qui touche à plusieurs thèmes, plusieurs styles.


Ainsi se termine l'explication de l'ensemble du recueil. Comme vous pouvez le constater, il débouche sur une ouverture sur les hommes et le monde, car la vérité réside partout, il n'y a pas de direction unique. Le message final est ainsi la vie, dans le respect des autres, de soi, de la nature.
En somme, ce recueil est une célébration de l'existence dans tout ce qu'elle contient : le temps, les changements, la vie et la mort, l'art, la spiritualité, la multitude et la beauté de l'univers que cette multitude apporte. C'est un parcours que je voulais le plus agréable possible, et j'espère que, comme moi en écrivant et en imaginant ses textes, vous avez ressenti des émotions, aussi diverses soient-elles.

J'espère aussi que ces explications vous ont plu, et que vous n'hésiterez pas à partager ce livre et le blog. Parce que, bien entendu, après les explications, je proposerai d'autres choses...

Suspense ! En attendant, j'espère que vous avez passé une bonne année 2013, je vous souhaite à tous une excellente entrée dans 2014, en espérant que vos projets aboutissent, que vous parviendrez à atteindre vos objectifs. Et, surtout, je vous remercie encore !

Fin d'un recueil... Ou le début, selon votre lecture.

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