samedi 21 décembre 2013

Explication de textes : Nuée de notes


Bonjour tout le monde !

Une émotion s'empare de moi alors que je m'apprête à parcourir à nouveau cette dernière partie du recueil avant le Finale : j'arrive mine de rien à la fin d'une aventure. Lorsque j'étais arrivé à la fin de la relecture du recueil cet été, j'avais ressenti ce plaisir immense d'avoir achevé un projet. Là, je me sens comme soulagé. Car mon recueil se diffuse, je produits quelque chose qui me plaît et, surtout, j'ai effectué un travail qui me trottait dans la tête aux côtés du projet : donner à chaque lecteur un livre complet et tout l'à-côté qui situe la création et ses multiples contextes.

Alors, avant d'entrer dans le vif du sujet, je vous remercie pour votre lecture, pour vos visites. J'ai eu plus de 40 téléchargements, et cela me touche particulièrement. Je souhaite que le recueil continue à se diffuser. De toute façon, il restera disponible gratuitement et intégralement, et toutes les explications seront accessibles via ce blog.
Aussi, n'hésitez pas me contacter pour toute remarque sur le recueil et le blog, que ce soit par un commentaire ou un message. 


Cette partie du recueil qu'est la Nuée de notes est particulière : elle contient des fragments inachevés, des tentatives que je ne pouvais pas isoler du reste. S'ils ont été souvent initiateurs d'idées développées ensuite dans d'autres textes - tel qu'on peut le voir dans la chronologie qui signale la progression d'écriture -, ils permettent de donner du volume, d'apporter des éclaircissements sur l'intégralité du livre.

J'ai débuté ces notes alors que je bloquais sur le "Conte de la femme barbue" : il fallait que j'écrive malgré les difficultés à avancer. Face à un paysage particulier, j'ai esquissé une description d'un paysage printanier étrange, où le ciel se déchire entre orage et pureté dorée. En face, je voyais ces nuages lourds qui semblaient violenter les collines, et le soleil puissant derrière imposait des teintes chaudes sur ce relief. Je voulais capter ça, comme on prend une photographie : est venu le "Coup d'oeil à la fenêtre".

Le deuxième texte ne nécessite que peu d'informations supplémentaires : il correspond à une créature que j'avais imaginée en rêve quand j'étais plus jeune. Elle devait ouvrir à un projet de roman qui n'a jamais donné suite. A défaut de faire quelque chose de cette idée, je lui ai laissée une place.


Concernant les "Notes après promenade" je dois revenir à avant ce mois de mai 2011, lorsque j'avais visité Porquerolles, une île méditerranéenne, et que je m'étais retrouvé ici.
Par les arbres qui viennent structurer le chemin comme dans un lieu fermé, j'avais eu l'idée de nature temple. Cette idée me restait en tête sans que cela ne donne quoi que ce soit. Il a fallu attendre une promenade dans les collines en mai 2011 pour trouver les mots. J'avais senti au fond de moi ce lien entre les choses. Et quand je parle de cohabitation entre l'homme et la nature, de "rendre à la nature son don généreux", j'évoque ce qui se trouve dans mes derniers textes lorsque je dis que l'homme renvoie la beauté du monde par sa conscience de lui-même : il se sait inscrit dans ce monde, dans cette nature soumise, comme lui, aux lois du temps et des changements (ce qui m'a été évoqué par la musique Time and its changes d'Exivious).
Vous noterez aussi la dernière phrase de cette note. Je l'ai réutilisée dans une partie des paroles de la musique Steroids écrite pour le texte "Death met all" : "The world is my sacred temple / And I'm a disciple of change..."

Toujours en quête de choses à écrire, j'ai voulu laisser une trace d'un moment agréable que j'avais passé un soir de juin, alors qu'était annoncée un phénomène durant lequel la lune devait apparaître rousse. Je discutais avec un ami rencontré sur Internet et que j'apprécie beaucoup : je l'ai soutenu autant qu'il a cru en moi. Il y avait eu, ce soir-là, une sorte de fougue : nous parlions ensemble avec vigueur et, d'un coup, j'étais parti pour voir cette lune. Elle n'est pas apparue ! C'est ce qui transparaît dans cette note : je souhaitais découvrir cette lune rousse, elle m'a fait faux bond. J'ai voulu, par ces mots, proposer quelque chose de poétique et sensible, aux portes de la rêverie, avec une danse de la lune. Ce mélange entre rêve et réalité, qui servira de base pour "Nuit" deux mois plus tard, est contenu dans ces phrases : "Dans la nuit, il n'y a pas cette précision, cette acuité parfaite. Tout est forme, suggestions, bruissements, mystère. Tout est à deviner." Dans la particularité de cette soirée, j'ai désiré laisser une marque de l'émotion qui m'avait envahi.
Par ailleurs, il y a une faute, j'ai oublié un accord : "Voluptueuse flamme que mon désir a invoquée". Je la corrigerai à la prochaine version du recueil.


Les promenades sont sources de réflexion, de prise de distance. Alors que j'étais seul, j'ai lié, au sein de l' "Escapade pour prendre du recul", les marches que je faisais avec ce que l'on peut vivre. Il arrive que l'on souhaite quelque chose et que, une fois que le désir peut être satisfait, on en vienne à considérer ce qu'il y a autour de nous, et à l'envisager. C'est le propre désir : finalement, ce n'est pas la satisfaction en elle-même qui motive, mais plutôt le chemin à parcourir. La satisfaction est grande car le chemin a été long. Face à cette émotion naturelle, il faut s'arrêter un moment, observer ce qu'on a fait, se comprendre et se connaître. Il faut se souvenir du chemin parcouru. Alors la beauté revient à nous : ce n'était pas acquis, j'ai atteint le but que je m'étais fixé. Il est possible de poursuivre un autre objectif, mais il doit être de nature différente, et respecter à la fois les autres et ce que nous avons déjà - il vaut mieux vivre dans la simplicité, dans ses moyens et dans le respect de chacun.

La note suivante, "Hanté par les doutes", répond à une forme de colère contre moi-même : je n'étais pas satisfait de ce que je faisais, j'en venais à me dire que j'étais moins que rien. C'est ce qui est contenu dans le fait de "composer sans poser" : finalement, parfois, on reste con. Cette note est le rendu brut d'un sentiment d'insatisfaction.


Alors que je poursuivais l'écriture de textes tels que "Symphonie" ou "Exaltation", je continuais mes études de lettres en 3ème année de licence. Et, durant ces cours, j'avais le sentiment désagréable que beaucoup de personnes placent la langue latine comme un sommet de l'art. De plus, comme nous étudions l’À rebours de Huysmans qui met en avant un personnage qui souhaite la décadence, le retour à un âge passé jugé meilleur, je me retrouvais dans cette position inconfortable, en me disant : "Pourquoi regretter ?" 
Parce que l'on idéalise le temps passé, cela ne fait aucun doute. J'ai voulu aligner des arguments contre un retour au passé : le latin est parfait parce qu'il est figé, mort, c'est une relique. Je fais une passerelle - qui vaut ce qu'elle vaut - entre la langue et l'artiste : la mort donne du crédit, une certains postérité. La mort fixe la chose, du coup on peut l'analyser. Et si le mouvement ne permettait pas de saisir les subtilités au sein des défauts, au moins cette stase permet de tout analyser. 
D'autant que la mort d'une chose - un être ou une époque - permet d'enfouir des vérités...
J'ai poursuivi avec la violence : les média aiment insister sur le fait que "pouah le monde aujourd'hui, il est pas beau il est méchant !". Oui, il y a des guerres - mais l'histoire va de conflits en conflits, seulement, dans le passé, c'était dans une moindre mesure. Aussi, les êtres n'étaient pas assailli de "breaking news", de flashes info' chocs. De fait, tout ne nous était pas systématiquement envoyés à la figure. Ça me fait penser que j'ai vu, dernièrement, un socialiste déplorer les journaux télévisés qui entretiennent ce sentiment de mal-être : ils insistent bien plus sur les nouvelles désastreuses que sur les belles choses qui se passent. Un journal, peu importe sa volonté, sera une interprétation du réel, une sélection d'éléments pour créer de l'effet. On se trouve dans le même travestissement que propose l'art.

Au fond, il n'y a que la loi du changement. Tout se trouve modifié - sauf cette règle immuable. La fin de cette note précise la peur de la mort par cette envie farouche de préserver le passé, de vouloir y revenir absolument : c'est une illusion, et les illusions conduisent à bien des folies.

La note suivante pose un état de peur - parce que, même avec la vérité en face, elle peut revenir, sous forme de doutes et de questions. Seulement il ne faut pas se laisser morfondre, et toujours avancer. Cette note a servi de bases à d'autres textes sur la mort et la peur du vide au sein des Astres fictionnels et des Constellations de la Vie et de la Mort.


Mais la peur se laisse dépasser par d'autres choses. Et dans la course des jours, alors que j'avançais dans l'écriture de "Blanche obscure" et que je poursuivais mes études de lettres modernes, je m'étais remis à lire le livre de Jean Giono Que ma joie demeure. Un après-midi, j'avais lâché mon ordinateur pour lire et, soudain, j'ai jeté un regard à la fenêtre. L'ambiance qu'il y avait à ce moment-là m'a frappé : l'hiver était passé, ma fenêtre était ouverte, le printemps apportait quelques rayons dorés sur les murs de ma chambre et étendait des parfums de douceur, malgré un fond qui rappelait que, en avril, le climat peut basculer. J'ai voulu rendre l'invitation de cet instant au sein de la chambre, ce qui est signalé par le fait que le ciel éclaire les murs.
J'ai, surtout, souhaité insister sur le fait que, dans l'année, certaines périodes sont parsemées d'émotions particulières qui balisent les saisons. C'est le propos de ce deuxième paragraphe : le temps passe, mais l'on retrouve avec joie certaines sensations agréables qui font comme des rituels tout au long de l'année, que cela passe par une odeur, une image, un goût dans la bouche ou une impression. Si bien que tout est à la fois neuf - car chaque jour est différent - et familier, par le tissage qui se fait d'émotions en émotions. On en revient alors à la musique, qui elle aussi joue de motifs récurrents et de modifications. D'autant qu'une musique peut se réécouter encore et encore. Elle reste la même, seulement nous ne la recevons pas de la même façon selon notre disposition du moment d'écoute.
Le temps file, autant le saisir pleinement, le chevaucher dans ce voyage au travers des multiples changements.
J'en reviens ainsi à l'inutile, déjà évoqué dans "Danse-Mort". L'inutile ne s'explique pas, il en est ainsi de l'existence. Bien sûr, nous pouvons expliquer la vie de façon précise avec les sciences - et c'est le propos de l'avant-dernier paragraphe. Mais l'existence, le "pourquoi je suis ici, en ce corps et pourquoi cet esprit ?" cela ne s'explique pas, parce qu'il n'y a pas de réponse à apporter. Le message ici est d'être. Pourquoi tu es ici ? Pour être, justement. Au delà de toutes conceptions, rien n'est uniforme, si ce n'est que tout change. Nous pouvons rationaliser autant que possible, il demeurera cette existence. Alors vis, comme la musique se joue.


Les deux notes suivantes correspondent à des bilans : fin du théâtre, fin de ma licence. Ces deux conséquences m'ont ému, j'ai voulu laisser une trace, l'une à destination de mes camarades, l'autre pour déposer un fragment d'intimité qui devait être extériorisé.

Le note suivante rédigée avant une réunion pour travailler en centre aéré s'est imposée parce que j'étais trop en avance. J'ai eu un élan de nostalgie, en me rappelant des moments durant lesquels, au lycée, j'avais des heures de creux. Comme je n'avais rien à faire, je partais et me promenais, marchais encore et encore. J'ai voulu vivre cet instant gratuit à nouveau, en ayant l'impression que cette occasion m'était offerte. Je suis monté sur le flanc d'une colline, il se mettait à pleuvoir, et j'ai écris pour peindre ce paysage.


Je parle souvent de changement et d'impermanence, pourtant, et comme il est présenté dans la note à propos de Giono, nous avons une conscience d'éléments qui restent ancrés en nous, que ce soient des souvenirs ou des sentiments. Durant un trajet en train, en décembre 2012, j'ai voulu poser des mots sur cet état de fait : nous passons, l'art demeure. Ne serait-ce pas là une de nos caractéristiques ? Nous esthétisons. Esthétiser, c'est mettre en regard ce que nous avons vécu et ce que nous vivons, c'est donner du sens, prendre du recul, rendre palpable en une idée ce qui est diffus. Alors ces esthétismes que nous nous construisons - par des rituels, par des habitudes agréables entre autres - nous permettent de poser des bornes, de nous retrouver au sein de cette existence qui se poursuit sans cesse.
Ces pensées ont été la base du texte "Quête". Mais il faut garder à l'esprit que tout objet artistique est lui aussi soumis au changement, seulement ils nous donnent un aperçu de la stase. Seuls demeurent les morts. Encore une fois est soulignée l'importance de la puissance de vie.

Enfin, nous arrivons à la dernière note qui, à l'origine, était dans le brouillon de "Death met all". Seulement, au fur et à mesure de l'écriture, je ne voyais pas comment placer cette tirade de façon cohérente. Je l'ai isolée, sans m'en séparer, car elle décrit un effacement de l'ego qui me semble primordial. Il est impossible de progresser et de s'alléger de ses peurs si on est convaincu de la puissance de l'ego. C'est cette pensée d'être quelqu'un de singulier et d'autonome qui va empêcher de lâcher prise. Car l'être est dans le diffus et dans l'interdépendance.


Comme vous pouvez le voir, il m'était impossible d'ôter à l'ensemble du recueil ces fragments de textes qui sont des morceaux de pensées, des brisures de miroirs qui reflètent les textes présents dans les autres parties. Aussi, placer la Nuée de notes juste avant le Finale se justifie du fait qu'elle permet de brasser à nouveau l'ensemble du livre avant l'ultime texte, si le lecteur a souhaité suivre le recueil du début à la fin. C'est en somme un résumé, un regard en arrière avant la fin de l'excursion au sein des Contes urbains.

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