jeudi 30 janvier 2014

La théorie du genre : quand les SMS ont plus de crédit que l'équipe enseignante

 
Face à la rumeur, adressez-vous aux principaux intéressés.

Bonjour tout le monde !

Nous tous aimons regarder la télé ou feuilleter un journal jeter un coup d'oeil rapide aux dernières nouvelles. Parfois, on tombe sur de l'anecdotique, ou bien du marrant, ou de l'inquiétant. Mais, là, avec le cas que je compte observer aujourd'hui, on est carrément dans le "What The Fuck ?!" le plus gras que j'aie pu voir ces derniers temps.

Par "What The Fuck ?!", entendez par là une réaction que l'on a quand on est confronté à quelque chose de tellement énorme que ç'en devient grotesque au possible.

Je veux parler de l'ABCD de l'égalité et du ramdam autour de la prétendue éducation à la masturbation.


Peut-être ne le savez-vous pas, mais j'ai un pied dans l'enseignement primaire. Et s'il y a bien une chose que je peux affirmer, c'est que la plupart des idées partagées autour de l'école ne sont pas véhiculées par l'école en elle-même. On en a la preuve ici : des SMS ont eu raison du simple dialogue avec le directeur/la directrice et les enseignants.
Le problème soulevé par ce programme ne vient pas de lui-même : la question de l'ABCD de l'égalité invite à sensibiliser à l'égalité hommes/femmes. Il faut comprendre que la priorité est de combattre les stéréotypes. Rien, en soi, n'appelait polémique dans ce programme.
J'avais prévu un article sur le sexisme, et je comptais évoquer ce programme sous l'angle des premières critiques : face à l'idée qu'il n'y a "rien pour les hommes et rien pour les femmes" au sens strict, il a été avancé que, du coup, on allait proposer aux enfants de brouiller leur identité sexuelle, de les amener à l'homosexualité. C'est de cette critique que provient tout ce qui a suivi : l'Education Nationale voudrait pervertir la jeunesse, si bien qu'ils veulent traiter de sexualité et d'éducation sexuelle dès la maternelle !

On tient là une brochette faramineuse d'éléments disparates mélangés sans aucune raison pour défendre n'importe quels idéaux. C'est d'une confusion sans borne, ça crée un amalgame dégueulasse, tout ça pour pas grand chose. Alors, oui, il y est question d'identité sexuelle - ou plutôt d'identité du genre - à la maternelle, mais sous l'idée que cette identité ne définit pas l'activité que souhaite faire l'enfant. Cette éducation passerait par le dialogue autour de questions, telles que : "Une fille peut-elle devenir maçon ?". 
Il ne faut pas voir là l'extrême où l'on dirait : "Toi, t'es une fille, mais joue aux voitures, c'est un ordre ! Et, toi, le garçon, va aux poupées, ouvrez-vous à l'autre sexe !". Cet extrémisme est aussi destructeur que celui de dire qu'il y a des trucs pour garçon, et des trucs pour fille. Ce programme n'a pas pour but de forcer les enfants à faire des choses, mais à observer, prendre de la distance, comprendre que l'on est pas seulement défini par le genre.
En gros, quand les personnes craignent qu'on va fourrer le p'tit gars auprès de jeux destinés aux filles et qu'on va le rendre homo', ils calquent à l'inverse ce qui se fait souvent : au lieu d'avoir un garçon dans le lieu "garçon", on lui imposerait d'aller dans le lieu "filles". Alors que ce n'est pas du tout ça ! Le programme vise au-delà du simple jouet : il veut montrer que les filles sont capables de faire du sport, qu'elles peuvent aussi jouer au foot, que les garçons peuvent faire de la cuisine, faire le ménage, que, hommes et femmes, peuvent se compléter dans des domaines non-cloisonnés.

On est loin, très loin de l'éducation sexuelle avec pratique ! On est dans de l'éducation à la citoyenneté et au combat des stéréotypes.


Je sais que, en tant que parent, l'éducation des enfants est une véritable inquiétude, surtout en ce moment où le système pivote. Mais, justement, sachez que personne ne force à accepter le mariage de personnes du même sexe, d'autant que personne, dans l'institution scolaire, ne force quoi que ce soit : l'enseignant fait preuve de neutralité. Seulement, cette neutralité implique qu'aucune barrière ne soit imposée à des faits de société. Comme j'ai pu enseigner, je peux vous garantir que la posture d'enseignant ne vise JAMAIS l'imposition d'un modèle, qu'il soit hétéro-macho ou homo-féminin. L'objectif est de conduire à la tolérance. Mais "tolérer" ne signifie pas "se soumettre" ou "se transformer sous la domination". Cela signifie d'avoir conscience de certaines réalités sur lesquelles on peut avoir un avis. Seulement, cet avis ne doit pas nuire à la personne.
L'ABCD de l'égalité ne fait qu'officialiser quelque chose que les enseignants font déjà : je n'ai pas eu à attendre ce programme pour, en classe ou en centre de loisirs, montrer que, filles ou garçons, il n'y a pas de stéréotypes à avoir, et que chaque genre a autant de possibilités que l'autre.

Enfin, sachez que, si vous doutez de l'entreprise scolaire, mieux vaut en parler poliment à l'école, qui est une institution ouverte, plutôt que de se fier à un SMS envoyé en chaîne.


Le mot de la fin : j'avais dit que les articles mettraient du temps à venir, mais ce fait de société m'a conduit à exprimer des mots pour rassurer les personnes. Je ne veux pas dénoncer ou critiquer, mais seulement rappeler que l'école n'est pas là pour aller à l'encontre des individus. Encore une fois, au moindre doute, au lieu de tout de suite s'énerver, il est préférable d'en parler au corps enseignant.

1 commentaire:

  1. Ah on en a parlé oggi en salle des profs justement !
    On était tous outré de ce genre de propos, non mais sérieux ! Comme si on allait leur apprendre aussi à copuler avec leur partenaire dès la moyenne section ???!!! Le pire, le piiire, c'est que des parents sont convaincus de ça !! D:

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