samedi 6 septembre 2014

Le jour où j'ai acheté une liseuse

 
L'origine du Mal ! (source de l'image)

Bonjour à tous !

Dans le fil de l'actualité, et par l'évolution d'internet, nous vivons une bascule en ce qui concerne la culture, son accessibilité et, surtout, les commerces qui vivent d'elle. Dernière invention en date, qui révolutionne un objet séculaire qui a parcouru les âges, non sans mal, et que l'on croyait bon pour quelques siècles encore : le livre.
Avec des sites Internet marchants lançant une concurrence déloyale contre certaines libraires, le livre a connu des heures d'obscurité. Il faut voir aussi que, souvent, les librairies qui sont dans l'actuel (sous-entendu, qui ne font pas dans l'occasion mais le neuf) souffrent d'un manque de produits : celui qui cherche du précis se trouvera souvent dans l'embarras (je ne compte plus les fois où je me suis retrouvé comme une andouille en demandant un livre qui n'est plus dans les stocks des maisons mères de librairies majeures...).
Autre cas de figure, ces sites marchands ont mis à mal le marché de l'occasion : les bouquinistes ont parfois du mal à se relever face à un réseau immense qui met en contact des particuliers du monde entier en quête d'acheteurs et de vendeurs de produits épuisés.

Mais, depuis peu, il y a cette technologie qu'est la liseuse, et qui vient donner un autre coup bien violent au marché traditionnel du livre. Alors, que dire ? Est-ce vraiment le glas pour le bon vieux livre papier, toujours aussi efficace ? Va-t-il lamentablement s'incliner face à une machine jugée froide et sans saveur ?

Très sincèrement, je ne savais pas quoi penser des liseuses avant quelques temps : je trouvais ça cher (100€ les premières machines), d'autant que les livres numériques n'avaient pas d'offre spéciale et que leur catalogue était assez limitée. 
Ce point de vue, c'était il y a trois ans, depuis les choses ont changé. 
Cependant, on entend ce même discours : "Ca va tuer le marché du livre, d'autant que ça va tuer le livre par la même occasion. On n'a pas le même rapport au livre, c'est scandaleux, froid et insipide. Une honte moderne face au traditionnel qui ne nous a jamais fait faux bond !"



Un tel discours ne prend pas en compte une donnée assez essentielle dans le domaine de la culture : le numérique, qui conduit à une culture dématérialisée, c'est à dire sans support physique, est absolument partout. 
La musique a connu un regain d'intérêt par le numérique : les CD connaissaient une perte de vitesse, à cause de son coût (80 francs pour un album, puis 15€ aujourd'hui, c'est pas donné)  mais surtout à cause d'un marché de l'occasion hermétique. Si tu voulais des grands standards, tu avais la chance d'avoir des rééditions. Mais si tu voulais l'album unique d'un groupe de Rock méconnu des années 70, paye ta patience, et paye le prix surtout ! Il y a eu une marginalisation du marché : on ne trouve pas chaussure à son pied dans le marché contemporain, et l'occasion n'est pas à portée de main, alors on se détourne de la musique.

Le numérique a grandement contribué à l'expansion de la musique sur deux fronts :
- le premier, dans la diffusion et la redécouverte de grands classiques. Les Rolling Stones, Iron Maiden, Metallica, Led Zeppelin, Beatles et autres sont bien contents du regain d'intérêt que les personnes ont eu dans les années 2000 durant lesquelles l'essor du mp3 a permis une relance de ces groupes qui avaient perdu en popularité
- le second, dans l'accès aux courants indépendants. Internet et les fichiers dématérialisés rendent possible le partage et la diffusion libres qui se font sans l'appui d'éditeurs, et des sites comme Bandcamp permettent à tout un chacun de se faire connaître

Cet exemple de la musique vaut aussi pour tous les autres produits culturels : œuvres d'art qui se diffusent par des reconstitution numérique (et les visites de musée via Internet permettent à tous un accès à des lieux où ils ne pourraient pas aller, par soucis économiques ou géographiques) mais aussi le jeu vidéo.
Beaucoup ont levé le poing contre l'arrivée du dématérialisé dans le jeu vidéo, parce que c'était perdre l'objet physique, comme on le retrouve dans le cas des livres. Toutefois, comme pour la musique, le dématérialisé permet une pratique plus large du jeu vidéo : les jeux sont moins chers (sur Steam, surtout), on peut diffuser plus de jeux, les indépendants peuvent se faire connaître.

En soi, le support numérique a quelque chose de fantastique : donner une chance à des créateurs nouveaux de se faire une place sans courber l'échine devant des mécènes, permettre au plus grand nombre un accès à la culture par une proximité immédiate, par la gratuité (attention, gratuit ne signifie pas illégal) ou des tarifs réduits, ainsi que de donner un second souffle à des œuvres laissées hélas dans l'oubli, œuvres qui sont souvent hors-de-prix en support physique.

Une liseuse permet désormais cela : avec une machine au prix abordable (on peut en trouver à partir de 30 et 60€), il nous est permis de télécharger des livres à prix réduits, des livres rares quasiment impossibles à trouver à bon prix ainsi qu'une pléthore d'ouvrages gratuits, soit issus du domaine public (Dracula, Don Quichotte etc, les grands classiques que nous payons à prix honnête en support physique pour financer l'imprimeur, l'éditeur et le libraire) soit issus d'indépendants, comme moi et bien d'autres auteurs.


Mais vient alors une question : si, pour l'objet culturel, le dématérialisé est une aubaine, et si cela peut satisfaire chaque individu dans sa quête de culture, qu'en est-il des commerçants qui ne vivent que par le support physique ? 
On entend souvent dire que le mp3, et le téléchargement, ça tue l'industrie de la musique. C'est sans compter que la disponibilité ouverte que permet Internet rend la musique ultra-accessible, et les mélomanes qui, avant, restaient auprès de quelques groupes ou musiciens sont désormais accoutumés à plusieurs centaines d'artistes. Des artistes qu'ils seront ravis de retrouver dans des festivals, lieux de rassemblement qui sont le véritable nœud d'un musicien qui se fait bien plus d'argent avec les places et la vente de marchandises que par les albums qui, surtout, profitent aux labels. 
Et ceux qui se plaignent dans la musique, ce sont bien plus les labels que les musiciens qui, au contraire, sont ravis de l'outil Internet avec le financement participatif et cette accessibilité quasi-garantie.

On entend ainsi, pour le livre, que l'eBook tue l'industrie du libraire : les libraires majeurs, déjà en mal face aux sites Internet marchands, accusent le coup d'une machine qui bouffe leur marge, tandis que les bouquinistes ont bien du mal, déjà, à se faire une place à côté des librairies majeures, d'Internet et de ce nouvel outil...
Sachez que tout cela, bien que ce soit une réalité, est à dédramatiser. Même si j'achète de la musique en téléchargement légal (merci Bandcamp et les financements participatifs !), je garde l'envie d'avoir un support physique pour quelques albums que je trouve incontournable, ou alors je les prends directement lorsque les artistes se produisent en concert. Par ailleurs, toujours pour la musique, j'ai trouvé un disquaire d'occasion qui proposait des albums incontournables à très bon prix, et cela fait 20 ans qu'il est sur le marché ! 

Donc, non, le dématérialisé ne tue pas forcément les boutiques d'occasion.

Pour les jeux vidéo, si le dématérialisé a fait mal à de nombreuses boutiques, la chaîne Dynamite Games se porte très bien, notamment par le grand nombre de boutiques en France, mais aussi par leur stock simplement énorme en matière de jeux rétro et de jeux neufs (à des tarifs plus qu'honnêtes !). Là aussi, ça se porte très bien pour eux !

Mais qu'est-ce qui a fait qu'ils ont réussi là où d'autres ont mis la clé sous la porte ? 
Simplement qu'ils ont compris qu'Internet et le support virtuel n'étaient pas en concurrence, qu'il ne fallait pas livrer la guerre, mais s'orienter, redéfinir son activité pour coller à ce nouveau marché. Puisque les personnes peuvent découvrir des groupes mythiques ou malheureusement méconnus via Youtube, les disquaires peuvent mettre en avant ces nouvelles tendances, ces redécouvertes : quand j'ai trouvé du Uriah Heep chez un disquaire à 8€, je n'ai pas hésité un seul instant, parce que j'avais déjà entendu ce groupe sur Internet, et je savais que j'allais faire une bonne affaire !
Dans le cas des livres, la liseuse n'est pas l'anéantissement du livre traditionnel, mais bien plus un formidable outil qui, comme je l'ai dit, permet l'épanouissement des indépendants et la satisfaction de la gourmandise de nombreux lecteurs. Quand je vois ceux qui dévorent trois livres par semaine, je me dis que le faire en support numérique, ça fera de bonnes économies d'étagères !

D'autant que l'adaptation est possible pour les bouquinistes qui possèdent des ouvrages rares. Comment ? En les numérisant ! 
Ceux qui détiennent des ouvrages épuisés ont la possibilité de donner une renaissance à des objets dont on ignorait l'existence. Bien au-delà de la mort de la culture, le numérique apporte un second souffle salvateur. Il en sera de même pour les livres. Comment je peux en être aussi certain ? Parce qu'on voit comment cela s'est fait pour les autres arts : les expositions sont plus visitées que jamais, car les personnes peuvent accéder à l'art bien plus facilement qu'auparavant. On écoute de plus en plus de musique, car on peut découvrir les productions actuelles ainsi que les pépites du passé. On peut jouer à des jeux vidéo qui n'ont jamais dépassé les frontières japonaises ou américaines car Internet permet de passer outre les limites géographiques.


Non, l'idée d'une mort de l'art et de la culture par le numérique n'est pas une réalité. C'est une crainte légitime, mais, surtout, une crainte à pondérer. Jamais nous n'avons eu plus facilement accès aux arts et à la culture, jamais nous n'avons été plus baigné d’œuvres qu'aujourd'hui ! On déplore le manque de lecture, le manque de degré de culture dans un monde jugé sur-technologique. Mais c'est bel et bien cette technologie qui rapproche les gens entre eux et, à fortiori, permet de relier les pensées, les idées, les goûts et les cultures entre elles.

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