mardi 21 octobre 2014

L'indépendance, la voie du nouvel humanisme

Erasme, acteur de l'humanisme au XVIème siècle. Quelle figure pour le nouvel humanisme ? (Source)
 Bonjour à tous !

Vous ne l'avez pas manqué si vous avez lu mon précédent article venu pour apporter un peu d'espoir envers l'humanité, j'ai évoqué l'idée que nous vivons dans une époque charnière, dans un véritable tournant majeur. En effet, notre vision du monde et notre manière de l'appréhender ont été totalement redéfini par l'arrivée d'Internet. Cette invention a permis l'essor du libre-échange, du partage d'informations et de la diffusion des idées.
C'est pour ces raisons que j'ai évoqué l'idée d'un nouvel humanisme. En somme, ce concept ne vient absolument pas de moi, je l'ai entendu plus d'une fois. Mais je me permets de le reprendre car il fait partie d'un processus qui devient naturel pour tous, alors que ça n'a pas toujours été le cas.

Aujourd'hui, tous ceux ayant accès à Internet baignent dans une culture soutenue, jamais brisée. Nous sommes dans une époque d'hyper-culture.


Par hyper-culture, il faut comprendre qu'une grande masse d'oeuvres et d'informations nous sont accessibles facilement, si bien que la culture (à savoir tout ce qui est culturel, comme les films, livres, jeux vidéo, arts visuels etc) est omniprésente. Nous allons, jour après jour, d'oeuvre en oeuvre. L'art et la culture nous accompagnent sous toutes leurs formes. Il y a ainsi quelque chose de fantastique, une effervescence digne de l'humanisme à l'époque du XVIème : il y a un sentiment que le monde nous appartient, que tout est encore à découvrir !

"Tellement de choses à voir grâce à Internet !" (source)
Cette ouverture qu'offre Internet a été largement critiquée : auparavant acteurs du premier humanisme, les éditeurs au sens large ont décrié cette technologie. Ce qui est normal : labels et éditeurs avaient le monopole sur l'ensemble du marché culturel. Quand leur gagne-pain se trouve en concurrence sévère avec une instance impersonnelle, cela a de quoi faire crisser les dents, quitte à amener les personnes en danger à de bien tristes stratagèmes...
Vous avez entendu tous ces messages dissuasifs : le téléchargement nuit à la créativité artistique, le téléchargement conduit à la perte de la culture, la fin des artistes etc. Vous avez aussi pu lire qu'Internet était le territoire de pirates, que chaque site de téléchargement ainsi que chaque plate-forme nécessitant votre carte-bleue sont aussi surveillés que la frontière mexicaine : certains postes sont sûrs, mais on sait bien que ça transite sans problème et que les règles sont difficilement respectées.
Ces messages, donc, peuvent avoir une valeur pédagogique : sur Internet, on ne paie pas n'importe où ! Il faut faire attention où l'on met la souris et rester dans des chemins balisés. En ce qui concerne les données, le risque n'est pas à minimiser.
Toutefois, ceci a servi de base pour discréditer le support Internet dans le cadre de l'accès à la culture. Quand je lis "Le téléchargement nuit à la créativité artistique", je comprends "Toi qui prends gratuitement des fichiers, tu pourris l'industrie, chenapan !".

C'est sans compter le marché du circuit indépendant !

Parodie de ces messages nous incitant à ne pas pirater, issue de la série The IT Crowd.

La blessure contre laquelle braillent les acteurs du marché de la culture est définie autour de la destruction des frontières que permet Internet. Depuis quelques années ont émergé des plates-formes de téléchargement, ainsi que des e-labels ou des e-éditeurs qui acceptent plus facilement les productions.

De nos jours, nombreux sont les artistes qui ont deux casquettes : celle du travail et celle de leur création culturelle. Dès lors, il est davantage question de partager et diffuser une oeuvre que d'engranger du bénéfice par la culture. De fait, les éditeurs et labels pourrissent la culture. Les lignes éditoriales et les exigences accrues des acteurs d'un marché verrouillé empêchent l'émergence et la prise de risque - et ceci se comprend. Quand un éditeur parie sur un manuscrit ou un projet, il doit en saisir tout le potentiel. Il joue gros dessus. Seulement, ce système est la véritable nuisance à la création artistique : il faut rentrer dans les clous, être dans les rails. Même une œuvre qui apparaîtra unique et novatrice n'est en fait qu'un tissu de manipulations par l'éditeur et par une campagne publicitaire rodée.
Avec de la pub, on peut vendre n'importe quoi. On peut hisser Vigon, Bamy, Jay au rang de standard de la Soul alors que, justement, le label a simplement tué le potentiel d'Eric Bamy. Cet homme qui avait fait L'incroyable talent méritait mieux qu'un simple album de reprises certes réussi mais sans aucune saveur. Les labels aiment les albums de reprises : ça assure une certaine part de ventes. Mais en tant que musicien, et en tant qu'amateur de musique, ce n'est pas intéressant, à moins qu'il y ait réadaptation. Ici, on voit que le label impose. Parce le marché actuel de la musique est dans un tendance à la reprise.
Ces labels sont aussi ceux qui vont imposer des formules mille fois éculées... Ces pratiques ont été largement critiquées et détaillées, que ce soit par Linksthesun ou MisterJDay.

Pistes de prise de recul par rapport à un tube.

Que faire, du coup, en tant que créateur ou spectateur, pour trouver chaussure à son pied ? On remercie Internet !
Que ce soit avec Steam pour les jeux vidéo, le Kindle Direct Publishing pour les livres ou le Bandcamp pour la musique, nombreux sont les sites permettant à tout le monde de proposer gratuitement son œuvre au tarif souhaité. Ou bien, il n'y a rien de plus facile que d'ouvrir un compte de Cloud, comme Dropbox, pour diffuser ensuite son travail. Il y a ici autant d'outils qui permettent un marché parallèle entièrement libre et indépendant. Mais celui-ci dérange : labels et éditeurs perdent toute légitimité. A quoi bon passer par un intermédiaire, alors que la communication est aisée sur Internet et que tout peut se faire gratuitement ?
Vous le comprenez, l'ère du nouvel humanisme redéfinit complètement la culture, son accès et son circuit. Quand on peut acheter directement sur le site d'un artiste sa production, quand on peut échanger avec lui directement et parcourir toute la phase de production en suivant sa fanpage, on se rend compte que l'indépendance fonctionne et fonctionnera encore quelques temps. Elle permet la libre-création et la libre-diffusion. L'auteur garde une totale maîtrise de ce qu'il fait.
De plus, c'est bel et bien du côté du marché indépendant que se trouvent les nouveautés. Ce circuit est certes immense, mais il permet des bonnes pioches monstrueuses qu'on aurait pu difficilement trouver ailleurs. Je parle de musique, car je suis amateur de styles très peu représentés dans les marchés traditionnels français : le Metal tourne autour des même groupes pas forcément les plus intéressants, le Jazz, par sa multitude, est plus facile à parcourir sur le net et l'Electro a toujours été dans une culture indépendante. Autant d'exemples qui font qu'en matière de musique, Internet apporte, tout au contraire de ce qui est par les labels, une richesse artistique monumentale. Il y a peu, j'ai découvert la page de Krimh, musicien connu dans la scène Metal. Il a réalisé son projet solo, lequel est disponible sur Bandcamp.
Ce site fantastique permet quelque chose qui fait la différence : tu écoutes l'album, puis tu peux acheter, de 7€ à plus. Du coup, c'est à la charge de l'internaute de définir, sur une base minimale, le prix qu'il veut payer. Cette pratique apporte des surprises : sur le coup de coeur, on se dit souvent "non, ça vaut plus que son prix initial" et on monte à 10, 15 voire 20€ ou plus. C'est le même système effectué pour le crowdfunding - le système de financement participatif sans l'appui d'éditeurs. On paye ce qu'on veut, avec une compensation toutefois. L'expérience, encore une fois, montre que, lorsque l'internaute a confiance, lorsque le projet semble sincère, construit, intéressant et singulier, avec une identité, ça fonctionne du tonnerre, et les personnes mettent la main au porte-monnaie.
Là se fait la véritable innovation, et si quelque chose doit marcher et faire mouche, le bouche-à-oreille remplacera n'importe quelle campagne de publicité agressive et grossière.

Immense succès du financement participatif, l'entreprise de Karim Debbache et de ses compagnons montrent qu'on peut produire du contenu sans dépendre de l'élite. Internet leur a permis de réaliser quelque chose qui ne serait pas passé à la télé. (source)

Non, Internet ne tue pas la culture, bien au contraire : elle la redéfinit et impose une nouvelle accessibilité culturelle. Au diable la suprématie de têtes pensantes arbitraires, et ouvrons les frontières !

Aujourd'hui, par la multitude culturelle disponible, les personnes observent. Ils ne sont pas plus méfiants, mais leurs goûts sont précis, ils savent ce qu'ils cherchent. Du coup, ils investissent sur des coups de cœur qui ne sont pas forcément dans les standards du marché français. Il n'y a pas de mort culturelle, il n'y a pas de deuil de la création : il y a la fin d'une tradition qui laisse place à une innovation à la fois bénéfique pour les artistes et pour les personnes. L'artiste peut plus facilement transmettre une œuvre personnelle, un produit atypique, tandis que les amateurs de culture pourront trouver exactement ce qui correspond à leur sensibilité devenue plus fine, plus approfondie par l'omniprésence de cultures variées.

Finalement, les seuls perdants dans l'affaire sont ceux qui tirent contre Internet. Leur démarche, bien que compréhensible pour se défendre, n'en est pas moins lamentable : au lieu d'identifier une peste ailleurs, il serait plus raisonnable de chercher à changer, de s'adapter à ce nouvel âge. Ils gagneraient en crédibilité, seraient perçu comme des visionnaires : ils auraient vu le vent tourner, auraient su prendre le large avec. Au lieu de ça, ils se referment, et lancent des propos traditionalistes dépassés et désuets.
La culture, ce n'était pas mieux avant : aujourd'hui, une richesse nous est accessible (en faisant attention toutefois où nous entrons nos coordonnées pour acheter, mais je ne vous apprends rien).

2 commentaires:

  1. Il faut plutôt voir internet comme un acteur de l'expenssion de la culture, comme ont pu l'être les livres et l'imprimerie au XVI ème siècle ... qui sait à l'époque le fait de faire des livres en chaîne ça a dû en choquer peut être plus d'un, c'était tout nouveau !! Peut être que plein de prêtres (qui avaient le monopole de la culture) se sont dit que ça allait être la fin du monde si le peuple et autre gens pouvait avoir accès au savoir ?

    Qui sait ! ;)

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    1. Sans aucun doute : il y a toujours contestation quand il y a redéfinition ;)

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