mercredi 29 octobre 2014

Présentation de groupe : Krimh

 
Kerim Lechner

 Bonjour à tous !

Dans le monde de la musique, nous avons nos petits favoris, nos groupes fétiches. Parfois, nous découvrons un artiste solo dont on savait qu'il existait sans trop savoir son nom, puisqu'il était au sein d'un groupe. Ces personnes, après avoir progressé à plusieurs, décident d'évoluer dans un projet plus personnel - pas forcément en solitaire. Ces projets solos, on en connaît plusieurs, comme Justin Timberlake ou Sting.
Si ce phénomène se déroule dans les circuits populaires de la musique, cela va sans dire que ça se passe aussi dans le milieu du Metal. Si j'avais déjà parlé de Chuck Schuldiner, leader de Death, qui n'a avancé que dans des projets solos suites à plusieurs difficultés au sein de projets de groupes, je vais évoquer aujourd'hui une découverte magistrale, une véritable révélation - et pourtant, niveau Metal, j'ai plusieurs kilomètres au compteur.

Cette révélation est le musicien Kerim Lechner surnommé Krimh.
Membre de plusieurs groupes (Decapitated, dans l'album Carnival is Forever, ou Thorns of Ivy), il progresse dans le milieu du Death Metal et du Black Metal. Autant le dire : instrumentalement, il envoie sec. D'autant qu'il est multi-instrumentiste : il maîtrise la guitare, la basse, la batterie et le piano. 
Je le conçois, Decapitated et Thorns of Ivy sont difficilement accessibles pour qui n'est pas accoutumé à ces mouvances du Metal. Mais si je tiens à présenter son projet solo, c'est que je suis convaincu d'une chose : son album Explore est un excellent premier album d'initiation au Metal.

La technique :

Explore est un album tout à fait particulier, dont la technique se trouve résumée au sein du titre "We Sleep in Skies".



Nous avons un départ lent, aérien et volatile. Puis, après une rupture, nous allons droit dans un Metal carré, avec des sons graves et profonds, sous une rythmique impeccable et très rapide. Sous l'aspect brut du style, nous évoluons dans un sous-genre issu du Death Metal technique : le Djent. Ce type de musique est caractérisé par ce son de guitare grave et profond et ces rythmiques complexes, ainsi que ces mélodies à la fois éthérées et puissamment lourdes. A la première écoute, cela semble d'une simplicité déconcertante. En regardant une vidéo live, à la vue des doigts, on se rend compte aussi bien de la fulgurance des gestes que de la complexité des rythmes.

Par rapport à l'écriture musicale, vous noterez que nous ne sommes pas dans une structure mélodique en intro - couplet - refrain - couplet - refrain - pont ou solo - finale. Au contraire, ça va dans plusieurs directions, les lignes mélodiques changent, le tempo peut aussi évoluer. Ici, on lorgne clairement dans le Progressive Metal. 
En soi, il y a du Progressive dès que l'écriture musicale sort un peu des canons, et se permet une liberté instrumentale.
Il y a donc eu le Progressive Rock, inspiré des improvisations Jazz (King Crimson ou Rush). Ceci a donné pour le Metal autant de types de musiques progressives que de sous-genres : Progressive Thrash (Vektor), Progressive Heavy (Dark Quarterer, Dream Theater), Progressive Power (Symphony X, The Black Mages), Progressive Death (Control Denied, Decrepit Birth) etc. Attention toutefois, même les musiciens de Progressive utilisent des structures canoniques en couplet - refrain, mais en viennent par moment à le mener vers d'autres choses.
L'ensemble de l'album multiplie les alternances entre moments de grâce et envolée métalliques. Il y a un véritable régal à parcourir l'ensemble d'une traite : on suit un voyage, on explore. Et le tout se fait sans accroc, avec un sens esthétique et un professionnalisme saisissant.
La technique, largement maîtrisée, permet de concevoir une oeuvre véritablement expressive, chose surprenante de prime abord si l'on ne connaît pas le Djent, défini par une certaine lourdeur sonore.


L’œuvre :

Comme le laisse entendre le titre de l'album, Explore invite à s'évader. Mais cette exploration m'est surtout apparue comme une initiation : je connais énormément de groupes de Metal extrême (c'est à dire Death, Black et dérivés de ces types), et jamais je ne m'étais dit "ça, je peux le faire écouteur à un non-initié en intégralité".
Le premier élément qui permet un accès facile à cette musique, c'est l'absence de voix. Là où le growl aurait été possible, là où un chant caverneux et guttural aurait eu sa place, Krimh a décidé de n'écrire qu'instrumentalement. Je ne peux que saluer cette pratique : choisir d'ignorer le chant pousse à puiser des ressources instrumentales très riches. Il devient plus difficile de se renouveler sans la voix. Pourtant, il parvient à conserver une identité titre après titre. Cela se fait par les nombreuses lignes mélodiques et par une amplitude d'écriture : autrement dit, ce musicien a une culture solide, une sensibilité profonde, et sait lier les deux avec talent.
Du coup, nous en venons au deuxième élément qui rend sa musique accessible : elle est sensible, émouvante. Bien qu'il rentre dès la première musique dans du Metal Djent, cela intrigue puis, très vite, cela laisse place à la progression au cœur même de son style. Une phrase musicale reste juste le temps qu'il faut, il ne va pas dans des longueurs. Il alterne intelligemment les parties atmosphériques (ou ambient) avec les moments rythmiques. Ce dosage méticuleux confère un aspect poétique maîtrisé.
Cette poésie et ce choix de ne pas avoir mis de chant me rappellent le projet d'un groupe issu du Var qui m'a aussi littéralement renversé, à tel point que je leur ai acheté l'EP et un t-shirt dans la même soirée : Grand Détour.
Ce groupe-ci, après plusieurs années à avoir fait de l'emo-core (que je ne maîtrise absolument pas), s'est dirigé vers un tout autre style musical : le Rock progressif (ou Progressive Rock, comme j'ai dit). Leur EP éponyme est un bijou et, surtout, c'est quelque chose d'absolument incroyable venant d'un petit groupe local qui fait le tour de l'Europe : c'est trente minutes de musiques surprenantes, douces et poignantes, avec une écriture tout à fait unique. Grand Détour est singulier, leur album, aérien. L'Explore de Krimh contient cela : cette musique à la fois tranquille puis agitée.
Dans ce cas, si vous n'êtes pas familier au Metal, et encore moins familier au Rock de manière générale, Grand Détour est aussi un groupe d'initiation très sympathique.


Ainsi, l’œuvre même qu'est Explore permet de voir plus loin que ce que le mot "Metal" peut signifier de prime-abord. Cet album contient les conséquences de plusieurs décennies d'écritures dans ce style à partir des années 70. De fait, il me semble parfait pour une découverte du Metal, ou bien du Metal extrême pour ceux qui sont dans le Metal mélodique des années 80.
De fait, si vous appréciez Explore et que vous commencez à vous dire "mais ce style Djent, ce son de guitare et cette rythmique, ça me plaît bien, ça envoie", vous serez prêt à jeter une oreille auprès de Keith Merrow (dont l'album The Arrival est bien plus axé dans la lourdeur du Heavy moderne) ou bien auprès de Animals as Leaders, notamment leur album éponyme (avec des musiques comme CAFO, Inamorata ou The Price of Everything and the Value of Nothing).
Et si ces albums vous conquièrent, alors vous serez prêt à passer au cran au-dessus. Avant de proposer un autre groupe, voyez ceci :



Si cela vous plaît, alors vous pouvez ajouter une voix à tout ça. Je vous conseillerai alors le premier album de Meshuggah, Contradictions Collapse, notamment le titre Internal Evidence.

Dans l'article précédent sur le nouvel humanisme, j'ai évoqué l'importance de Bandcamp et l'avenir de la culture autour de l'indépendance. Cet album est issu justement du circuit indépendant, lequel nous apporte d'excellentes surprises. En l'état, je doute qu'un label eût accepté un tel produit sans le modifier, sans imposer du chant par exemple. Ici, l'indépendance a permis à Krimh de s'exprimer librement : et quel résultat !
Encore une fois : Internet ne tue pas les artistes. Il redéfinit la culture et aiguise les goûts par la multitude de produits disponibles.

2 commentaires:

  1. "il maîtrise la guitare, la basse, la batterie et le piano. " Ouai le mec c'est un fou furieux quoi, j'ai pu voir ça ! Je ne savais même pas qu'il avait entamé une carrière solo en plus !
    Et la pochette est trop belle je trouve, moi qui aime beaucoup les méduses, ça fait très aérien et délicat je trouve ... c'est beau :D

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  2. On découvre tout un tas de choses sur Internet ;)

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