mercredi 15 octobre 2014

Un soupçon d'espoir pour l'humanité

Francis Lalanne l'affirmait : mais était-ce vraiment mieux avant ?

Bonjour à tous !

Je ne vous apprends rien mais, si on tend l'oreille pour écouter quelques conversations, si on prend le temps de piocher les grands débats qui animent les pauses cafés, les repas ou les conversations en attendant un transport, on tourne autour des mêmes sujets : crise, galère, la journée qui vient de se passer, quelques faits-divers.
Mais, soudain, alors que cette discussion allait bon train, arrive un évènement perturbateur : un (ou une) gusse qui passe avec la musique à fond sur son téléphone, un (ou une) énergumène qui crache par terre, une bousculade avec échange d'insultes, et j'en passe. Du coup, alors que ça parlementait sur les faits-divers du type "un tel a agressé l'autre à cause d'un regard de travers", on en vient à une conclusion aussitôt dite aussitôt gravée dans l'esprit :
Le monde, c'était mieux avant !

En somme, avant, nous respections les règles de courtoisie, personne ne se bousculait, la bouche n'émettait que de jolis mots structurés en des phrases à la syntaxe impeccable. Nous n'étions pas pourris par la violence, ni envahis par la technologie avilissante, ni soumis à un abrutissement généralisé. Les Hommes étaient mieux avant, plus éduqué, plus malins... Meilleurs, simplement !

Aujourd'hui, l'on déplore une orthographe bafouée, un niveau des élèves plus que faible. On évoque une langue française souillée et, pour ainsi dire, une communication brisée. Les gens n'ont plus les armes linguistiques, à cause des SMS et des supports digitaux, alors ils ne peuvent plus se défendre ni argumenter. Et ça devient violent : car la violence est conséquence d'un manque de possibilité de communication. L'éducation ne va plus, nous sommes voués à aller droit dans un monde ultra-violent fait d'idiots finis où le chaos serait roi et la sagesse, bannie.


Évidemment, je suis on ne peut plus contre ces avis vite tranchés absolument réducteurs. Il y aurait tellement à écrire pour contredire chaque argument que cela prendrait énormément de temps... Au lieu de ça, je vais plutôt énoncer quelques observations.
En tant qu'enseignant, je me confronte à la réalité d'élèves d'un niveau moyen : je ne suis ni dans une école à problème, ni dans une école de génies. De fait, je peux garantir que, non, le niveau n'a pas baissé.
Le fait est que l'on accuse les nouvelles méthodes, moins basées sur le par-coeurisme et plus sur la réflexion et la recherche de concepts qui pourront mieux s'accrocher dans l'esprit de l'enfant. Il faut donner du sens !
Autant le dire tout de suite, donner du sens, ça peut sembler étrange : on ne va pas refaire l'histoire de la langue française, quand même ! Non, mais c'est surtout que les méthodes d'avant ont été largement mises à mal par le mouvement de libération post-68. Quand l'école avait encore pour but de former des citoyens bien républicains, l'enseignant avait un petit guide dans lequel tout était consigné : quoi enseigner et, surtout, comment l'amener. Ce document est absolument hilarant, car tout apprentissage prenait source dans une missions républicaine. Dans ce cas, le par-coeurisme, c'était suivre la République.

Dans la mesure où cette même République a été dénoncée, l'école a dû changer pour s'adapter, sans se laisser dominer, à ces nouveaux parents post-68. Il a fallu "donner du sens" ou, autrement dit, "refuser l'arbitraire" pour respecter "l'esprit libre et la libre pensée".
Autant de concepts qui vont venir redéfinir entièrement l'école.


Aujourd'hui, nous vivons un tournant : la pensée post-68 fait un revirement, et on note chez certains une volonté de retour au traditionnel, traduit par cette phrase "c'était mieux avant". Mais un tournant aussi par ce nouvel humanisme permis par l'avènement d'Internet et de l'informatique. J'entends par "nouvel humanisme" l'idée d'effervescence : cette découverte permet l'échange de tout, instantanément.
On en vient ainsi à un autre grain de sable : la généralisation des média et des messages.
Ce sentiment de violence accrue et de déchéance est largement nourri par l'ingurgitation à outrance de fais-divers. Non, nous ne sommes pas soumis à l'avilissement d'une violence absolue : nous sommes empêtrés dans un réseau de nouvelles. Ces nouvelles viennent polluer l'esprit de pensées du type "le mal est partout, il n'y a plus aucun répit". C'est l'effet pervers de le sur-information : à force de nourrir l'esprit de la même tambouille autour de crimes et délits, il en vient à vomir des pensées confuses et immondes de décadence fantasmée.
Décadence, dîtes-vous ? Parce qu'il y a des meurtres, des enfants orphelins, des personnes désabusées, des guerres etc. Oui, et je suis d'accord, il faut se battre contre la misère et les inégalités. Toutefois, misère et inégalités ne sont pas l'exclusivité de notre époque. La différence entre aujourd'hui et avant, c'est qu'aujourd'hui nous avons conscience des choses et il nous est possible d'agir.

A titre d'exemple pour signifier cette nouvelle conscience, j'aime utiliser le cas du réchauffement climatique. Je le conçois, les changements climatiques sont inquiétants mais, encore une fois, ceci n'est pas nouveau. L'ère glaciaire a été un bouleversement monumental qui n'a pas regardé les hommes. Mais cette ère a permis une stabilisation de la planète pour amener d'autres formes de vie. Une fin pour un nouveau commencement, en quelque sorte.
Ce réchauffement climatique, donc, est sur toutes les bouches pour commenter toutes les catastrophes naturelles qui s'abattent un peu partout fréquemment. Mon exemple à propos de notre conscience accrue des évènements du monde regarde le cas de Pompéi.
Imaginez que la catastrophe du Vésuve se fût déroulée à notre époque. C'aurait été la pagaille absolue ! A l'époque, seuls quelques témoins ont évoqué ce cataclysme. Mais jamais les natifs américains n'ont eu à s'inquiéter outre-mesure de cette catastrophe. Aujourd'hui, un évènement à l'autre bout du monde nous parvient, et l'on prend peur.
Il y a surtout une crainte généralisée. Par la sur-information, nous tentons de trouver un sens à tout cela, de démêler une forme de logique dans tout ce bouillon qui nous tombe dessus. Mais faire un raccourci autour d'une déchéance n'apporte aucun secours : c'est la voie à un cynisme généralisé, à un pessimisme malsain.

Non, le monde ne court pas à sa perte. Non, les injustices et inégalités ne dépendent pas exclusivement de notre époque. Seulement, avec l'ouverture sur le monde entier, chaque respiration de la planète est portée en écho via tous nos récepteurs, devenus très nombreux (Internet, média etc).
Parmi toutes ces voix, il faut parvenir à sélectionner celle pour laquelle nous voudrons nous battre : apporter un peu de réconfort en tendant une pièce à un SDF, agir en citoyen, choisir de cesser de se plaindre, de tout ramener à soi, et encourager les autres. Donner à chacun le rappel que nous vivons et que le présent dépend de nous.
De fait, si tu avances pessimiste, tu apportes une voie vers un triste monde. Ce serait dommage, n'est-ce pas ? Gardons un soupçon d'espoir pour l'humanité.

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