samedi 6 décembre 2014

Le guide du Metal pour les non-initiés : les faux-pas à éviter

Un album Power bien comme il faut : de l'énergie en barre !

Bonjour à tous !

Nous poursuivons dans notre parcours du Metal. Cette fois-ci, nous allons dans un terrain cher à Cristina Cordula : les faux-pas !

C'est qu'un amateur de Metal est un peu tatillon : souvent raillé pendant une époque, pris pour cible d'un satanisme fantasmé, il a été pris pour ce qu'il n'est pas. Souvenez-vous, dans le premier article, j'avais évoqué les diverses réactions lorsque les personnes découvrent que quelqu'un écoute du Metal :
- Ah, j'aurais pas dit, en te voyant.
- C'est bien, moi, perso, je peux pas.
- On parle de musique tu sais ?
- Le Metal, tu veux dire, quand ça crie et que c'est violent ?
- Ah, t'aimes ce qui est hard toi ! T'es un vrai !
- Il faut pas le cacher, tu sais ?
- Toi, tu adores AC/DC, Iron Maiden, Metallica : tout ce qui balance !
- Et t'avais les cheveux longs ? Un vrai hardos, un vrai metaleux !

J'ai délibérément enlevé la première qui était "Super, moi aussi !". Parce que toutes les réactions ici frôlent le faux-pas. Mais, au lieu de prendre réaction par réaction, nous allons avancer thème par thème.

Source : Tumblr

Le Metal : comment le nommer ?

Ne dîtes jamais "Hard Metal", "Dark Metal" ou que sais-je encore comme genres qui n'existent pas. Parlez simplement de "Metal". Sur le net, où l'on passe par l'écrit, ne mettez jamais, JAMAIS, "métal". Oui, nous sommes français, mais la terminologie du Metal est anglo-saxonne ; et comme l'on parle d'un genre musical, n'oublions pas la majuscule. 
Si vous avez un doute sur le genre de Metal contre lequel vous vous frottez, ne vous avancez pas : c'est en multipliant des écoutes qu'on arrive à voir qu'un God Dethroned a des penchants Black Metal derrière son écriture Death Metal. Encore une fois, dîtes : "C'est du Metal". Un amateur sera là pour préciser derrière vous.
Petit bonus : évitez le mot "metaleux" (et les autres orthographes : metalleux, métaleux, métalleux etc). Le suffixe "eux" a une connotation négative. Dans le milieu, on parle plus de "Metalhead" (tête de Metal, sous-entendu amateur de Metal). Dans la langue française, disons simplement "amateur de Metal" ou "fan de Metal".

  Qui pour du Metal sur son Metal ?

Le Metal : comment le décrire ?

Ne JAMAIS parler de genre violent. Ôtez-vous tout de suite de l'esprit cette idée de violence et de hurlements : c'est une vision arriérée et totalement erronée du Metal, souvent avancée par les média.
Dans les média, ce qui plaît, ce sont les scandales. Et le Metal extrême, ça sonne scandaleux. Ne vous fiez absolument pas aux média généralistes : j'ai bien plus d'exemple de groupes de Metal sains et qui ne crient pas que ce qu'on veut nous faire croire. A contrario, j'ai dans ma manche des groupes qui beuglent tout en évoquant l'amour et la déception.

Le Metal n'est pas un genre de haine ou de satanisme. Il faut savoir aller au-delà des notes. D'autant que le violent pour vous n'est pas le même que pour un amateur de Metal. Pour ma part, si je vous proposais un petit Equilibrium, qui est du Black Metal orienté Folk (musique folklorique), vous diriez : "Mais c'est violent, ça hurle, ça doit sans doute être très mauvais dans les paroles." Pareil avec le Process of Suffocation de Pestilence. Mais que ce soit l'un ou l'autre, ces deux groupes ne proposent à aucun moment de la violence gratuite.
Pour autant, j'ai ma définition de violence et, pour moi, Odious Mortem, Nile ou Decrepit Birth restent des groupes avec une écriture et une signature musicales extrêmement hargneuses. Pour moi, ils sont violents musicalement. Toutefois, je distingue la violence dans le style de la violence véhiculée. Ces trois groupes, pourtant issus du Brutal Death Metal, ne proposent aucunement une violence symbolique. C'est simplement que le tempo est débridé et que l'ensemble de l'instrumentation est conjugué au paroxysme.

Tout le monde connaît "Still Loving You" certains on fait des slows dessus... C'est pourtant une ballade d'un groupe de Heavy Metal, Scorpions.

Le Metal : comment le réduire ?

Non, non et non. Même si on parle de Metal, même s'il y a des classiques parmi les classiques, on ne réduit pas le Metal à quelques noms. Ne lancez pas des noms de groupes pour flatter l'amateur de Metal en face de vous : il vous dira sans doute "Ouais mais ce sont des chatons" ou "Oui, pour commencer, après ça pue un peu".
Si vous affirmez que Metallica est violent ou le sommet du Metal, vous vous heurterez à un mur : ce n'est ni violent (comme dit précédemment, ne parlons plus de violence, ce n'est pas ceci la définition du Metal) ni un sommet. Metallica est surtout populaire. Mais ça n'en fait pas un groupe d'exception (bien que j'aime beaucoup leur album ...And Justice for all).
Je veux pour exemple une chose : parlez-moi d'Iron Maiden, je ne rebondirai pas dessus. Aussi fan de Metal que je suis, je déteste viscéralement ce groupe. Car l'amateur de Metal peut trouver un nombre de groupes pharamineux. Il ne sert à rien, donc, de réduire le Metal à quelques groupes.

Petit bonus : AC/DC n'est pas du Heavy Metal, mais du Hard Rock. Cela s'entend par la rythmique moins prononcée que dans le Heavy Metal, et dans une écriture plus simple (mais pas plus simpliste, attention).

Le Metal : comment le vivre ?

Le Metal ne s'affiche pas : on peut écouter du Metal sans nécessairement avoir une allure de "metaleux". On n'est pas forcément tout en noir ou avec les cheveux longs. De même, un type en noir avec des cheveux longs, ce n'est pas forcément de la rébellion.

Qu'est-ce qui explique le look du Metalhead ?
Le noir, c'est ce qui résiste le mieux aux concerts et aux fêtes. Un Metalhead apprécie le contact humain et le pogo (ou slam), il lui faut des vêtements amples et pour lesquels il ne prête pas forcément attention.
Les cheveux longs, c'est pour le headbang (secouage de tête). Le principe consiste à suivre le tempo de la musique en balançant ses cheveux. Ça a l'air bête, tous ces gens qui se jettent entre eux et qui balancent leur tignasse dans tous les sens. Je le conçois, quand on est de l'extérieur. Quand on est dedans, c'est un plaisir particulier : on se sent au cœur de la musique, au cœur du concert. Il y a une énergie que l'on capte et, surtout, une chaleur humaine. Celui que t'a bousculé durant une chanson assez rythmée sera, l'instant d'après, le pote avec qui tu partageras une petite bière. Plus encore si tu l'as relevé alors qu'il a trébuché.

Le Metal n'a pas à s'affirmer, ce n'est pas non plus "une manière de vivre" : c'est juste que l'on aime cette musique qui a sa variété et son énergie. Seulement, quand cette énergie a été brimée par une pensée collective très négative envers le Metal, il y a eu contestation, et sentiment d'appartenance à contre-courant. Le Metal a eu forcément cet aspect "antisocial" : mais ce n'est pas au cœur même de la racine du genre. Cet aspect est une conséquence du Metal, et non une cause. Parce qu'il y a eu moquerie, il y a eu volonté de montrer qui on était par une sur-affirmation.
Aujourd'hui, la situation s'est largement calmée. Et System of a Down (SOAD), avant considéré parmi Slipknot et le reste comme bouse pour pseudo-rebelles attardés, commence à être reconnu par des musicos qui trouvent, dans le style de SOAD, des rythmes décousus et, surtout, une signature vocale unique - que ce soit au sein du le Metal ou de la musique en général.

Pour comprendre le look et l'affirmation du Metalhead, suivez-ce lien pour un autre article.

Le Metal : comment le qualifier ?

Comme j'ai dit, le Metal n'est pas violent dans son essence : il y a du Metal violent comme il y a du Metal très doux. Il contient un panel d'émotions incroyable, parce qu'il provient du Blues, et que le Blues est une musique de l'émotion. Mais, surtout, le Metal est une musique, avec son écriture et ses particularités.
Non, messieurs, dames, vous n'avez pas à dire : "Mais c'est pas de la musique, c'est du bruit !" Chaque musicien de Metal s'inspire de musiciens antérieurs. Si les plus récents avouent l'héritage qu'ils ont reçu d'autres grands groupes de Metal, les initiateurs du genre, dans les années 60, ont largement prouvé leur attachement au Jazz, au Blues et au Rock.
Le Metal, peu importe le sous-genre, est une réinterprétation de ce qui a pu être fait avant. De fait que le Blues est le parent commun à toute la musique contemporaine, le Metal est une redéfinition du Blues. Et des groupes comme Sheavy, Grand Magus, Saxon ou Fireball Ministry mettent en avant cet héritage Blues.

Still Loving You de Scorpions, reprise façon Power Metal.

Que dire, finalement, du Metal ?

J'ai envie de dire que, quand on ne connaît pas, ou très peu, il ne faut pas trop s'avancer. Ce conseil vaut pour le Metal, mais pour tous les domaines en général : ne nous avançons pas dans un sujet qui nous dépasse ou dont on ignore l'étendue. Je ne me verrai pas dire : "Oui, la physique quantique et moi, c'est tout vu : Stephen Hawking est mon modèle. Toi aussi, tu dois l'apprécier : t'es un intello, un vrai !"
J'ai ici transposé dans un autre domaine les faux-pas signalés pour le Metal. Si cela semble ridicule avec la physique quantique, ça l'est tout autant pour le Metal. Ce genre musical a acquis ses lettres de noblesse : Metallica a joué avec l'orchestre philharmonique de San Francisco ou Nobuo Uematsu, compositeur des musiques de Final Fantasy et leader des Black Mages, groupe de Power Metal, a lui aussi fait des concerts prodigieux avec l'appui de la philharmonie. Il y a aussi ces grands virtuoses qui ont réinterprété les grands classiques : At Vance a repris le vol du bourdon ou du Chopin, Yngwie Malmsteen a popularisé le style "néo-classique", cette idée de jouer du classique avec un style contemporain, et Children of Bodom s'est inspiré de Mozart pour son mélange de Melodic Death et de Power Metal.
Il faut donc dire du Metal qu'il est une musique, laquelle peut nous toucher ou non. Elle n'est pas à comprendre, ni à bouder sans raison. Il vaut mieux en écouter quelques morceaux caractéristiques pour bien se forger son opinion.
Sachez que, même pour un amateur de Metal, rien n'est fixé : pendant des années j'ai littéralement tourné le dos à tout ce qui grognait (le chant "growl"), parce que ce growl ne me touchait pas. C'est par des découvertes et des retours que j'ai appris à aimer et à écouter : aujourd'hui, je ne pourrais pas me passer de Death Metal.

C'est pour quoi je vous proposerai, en fin de guide, un chapelet de groupes et de morceaux pour que vous puissiez toucher du doigt la variété que regroupe le Metal - variété un peu survolée dans le premier article.

Je vous souhaite une excellente semaine, et vous donne rendez-vous pour la troisième partie du guide : qu'apporte donc le Metal de si particulier aux personnes et, aussi, au monde de la musique ?

4 commentaires:

  1. "Ah, j'aurais pas dit, en te voyant."
    Aaaaaaah mais tout le temps j'y ai droit à cette réflexion !!
    Et ça m'énerve ! XD
    Cet article fait du bien quand on le lit =)

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  2. C'est justement le but de ce guide : faire du bien ;)

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  3. mdrrrr Cristina en force =D
    Ohlala c'est vrai que les clichés vont bon train sur le Métal!! tu les as bien résumé ;-)
    je ne suis pas une grande connaisseuse du Métal comme toi, donc ton article m'as bien fait sourire et en même temps j'ai découvert l'existence de groupes jusque là inconnus et que tu me donnes envie d'écouter, pour voir si j'aime bien!
    MERCI
    =P

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