samedi 10 janvier 2015

Critique de film : Whiplash

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Bonjour à tous !

Considéré comme une des plus grandes surprises de fin 2014 et récompensé par plusieurs titres, Whiplash apparaît comme la sensation cinéma de ces derniers mois.

Attiré par le thème de la batterie et du Jazz, je me devais de le voir. Aussi, j'étais intrigué par le peu de visibilité autour du film et de salles qui le projettent : cela ne pouvait pas être dû à sa piètre qualité, il a été encensé par la critique. Ceux qui l'ont mal noté jugeaient "un manque d'originalité et un aspect prévisible". Cette absence n'était pas non plus due à un côté "cinéma d'auteur" à destination d'un public restreint : j'ai entendu que ça évoquait des films à la Rocky sur le dépassement de soi.
Quelques fois, quand c'est peu projeté, c'est que le film est une pépite, et qu'il faut faire l'effort de se déplacer pour en prendre plein les yeux.

Voyons cela. 

 

  L’œuvre:

Un jeune homme tout à fait standard, mais qui possède un certain talent de musicien (batteur acharné, avec une oreille très sensible, qui fait preuve d'abnégation), entre dans une prestigieuse école de musique pour devenir la nouvelle référence Jazz. Il rencontre ainsi le professeur Fletcher, lequel est connu pour ses méthodes paradoxales : je prends des infos sur toi pour mieux te retourner et te pousser à bout.
Comme il le dira : il n'y rien de pire que dire "good job" à un talent. Cela laisse le musicien dans sa zone de confort. Mieux vaut mettre les personnes le nez dans la crasse pour qu'ils se relèvent plus combatifs et revanchards.
C'est dans cet esprit entre lutte et Jazz, entre sang, sueur et velours, que nous suivons ce tandem. Si je reviendrai plus tard sur l'écriture du film, il faut savoir que c'est bel et bien celle-ci qui porte le film. Whiplash ne joue pas dans l'originalité de sa narration ni de ses personnages. Par contre, c'est par la tendresse et le degré de finition que le spectateur se trouve happé par le film, porté par une bande-son simplement excellente.
D'autant que, au contraire de productions qui misent sur la surenchère, Whiplash prend pour situation de base quelque chose que nous avons tous connu : le professeur exigent et impitoyable que l'on craint. De fait, on prend le protagoniste en sympathie. Chaque réaction de l'élève ou du professeur sonne juste car tombe sous le sens d'une expérience personnelle. On a vu le professeur s'énerver au plus haut point, et on a ressenti l'envie de le frapper, de le détruire. Ce film, dans son écriture, devient culte par cette empathie dans laquelle on plonge, par cette résonance que l'on trouve.

 Un des nombreux moments bien écrits !

Globalement, le film est extrêmement bien rythmé : on alterne les moments de chute avec des mini-instants de grâce, et cela se poursuit. Sommets et dégringolades. Sauf que, plus ça va, plus les descentes sont rudes... Mais plus grandes sont les victoires ! Et cela se poursuit avec équilibre jusqu'à un finale, si ce n'est original, tout du moins monstrueux d'efficacité et de richesse en émotions.
Je l'ai dit, il n'y a pas de grande originalité : on peut s'attendre à plusieurs ressorts utilisés dans le film. Il faut savoir qu'en matière de cinéma, beaucoup de choses ont été étudiées et tentées. Whiplash ne semble pas vouloir faire du cinéma expérimental, mais simplement du grand cinéma avec des personnages bien ciblés, des émotions poignantes et brutes ainsi qu'une écriture soignée et intelligente. 
L’œuvre se suit avec un réel plaisir : on réagit, on est emballé, on ressort de la salle avec un enthousiasme presque unique. D'autant que la technique sert entièrement le film.

Une version de la musique qui a donné le titre du film.

La technique :

Comme énoncé plus tôt, Whiplash jouit d'une excellente écriture : les protagonistes et les personnages secondaires fonctionnent bien et sont crédibles, d'autant que le jeu d'acteur est excellent. Que ce soient dans les gestes, les regards, les tressaillements et autres aspects naturels dans le contact humain, nous faisons face à des instants riches. On y croit parce que c'est beau et juste !

Un tel tour de force est forcément construit par une réalisation et une direction artistique au top.
Niveau réalisation, il y a des scènes marquantes, notamment par un double travail sur le rythme, que ce soit dans la globalité du film ou au sein des séquences. Il y a derrière, également, un gros travail sur la photographie : la gestion de la lumière est léchée, les plans sont justement conduits. Le tout se fait avec des effets qui viennent aux moments opportuns : cela ne semble jamais artificiel ou surfait. Ce film est réalisé avec élégance et souplesse.

Outre la réalisation et l'écriture, il faut saluer l'ambiance. Niveau musical, là aussi, c'est très soigné : du beau Jazz et, comme pour la réalisation, l'utilisation d'effets sonores bien dosés qui donnent de la profondeur. 


 La bande-originale pour se faire à l'ambiance du film.

Commentaires globaux :

Peu importe si l'on est musicien, cinéphile ou amateur de Jazz, Whiplash est culte car très bien réalisé. Il ne va pas dans la démesure et sait rester cohérent dans ce qu'il veut proposer : de la sueur, du dépassement de soi et de la musique.
D'ailleurs, ce film contient à la fois ce que j'adore et déteste dans le Jazz. C'est une musique au poil, très poussée, émouvante. Mais il est montré ici une musique possédée par une élite. C'est un Jazz à l'opposée de son essence : la technique pour la technique ne fait pas l'émotion. La quête d'exigence sur-humaine n'est pas le cœur du Jazz, musique issue du Blues, signifiant "merde" et nommée comme ceci par l'ancienne élite blanche face à la musique afro-américaine. Cette acharnée de technicité est le cœur de la musique académique. 
Seulement, l'image permet de rendre de l'âme à la musique, de donner de l'esprit, du Blues à ce jeu. Sans l'image, il n'y aurait qu'une démo technique : dans ce film, il y a la sueur et le sang.

Sang que l'on pourrait trouver exagéré si, comme moi, on écoute du Brutal Death : oui, le Jazz (surtout le Free Jazz) peut être exigent. Mais jouer vite et taper fort, cela peut se faire - et George Kollias le montre bien - sans saigner.
On pourrait avoir envie de réagir et, du coup, sortir de l'histoire par cet aspect "sang et larmes". Seulement, le niveau d'exigence que l'on voit dans le film est monumental. De plus, l'écriture maîtrisée enlève toute envie de fignoler dans les détails. La tension entre les deux protagonistes est idéale et capte l'attention. J'ai pu lire dans des critiques que Fletcher était prévisible : soit, mais il est surtout très bien peint. Et je ne choisis par un terme de peinture par hasard : cela rappelle que les plans et les séquences sont très riches et soignées, aussi bien individuellement que dans l'intégralité de la narration.

De l'écriture Metal dans une instrumentation Jazz : aussi puissant que la bande-son de Whiplash dans un autre registre.

Ce film est un exemple que l'idée seule ainsi que l'originalité pure ne font pas tout : l'écriture et le style font partie du génie. L'image est magnifique, la lumière bien gérée, les séquences ont des rythmes dosés de manière idéale. J'ai eu des émotions devant ce film, et j'en suis sorti ravi !

Bonus !

Pour moi, Whiplash, ça m'évoque aussi du Metal. Ce terme est utilisé, en lien avec la médecine, à la douleur ressentie derrière la nuque après un mauvais headbang (en gros, si tu as fais un coup de fouet avec la nuque en secouant la tête). Il a été utilisé par Metallica pour une musique, et par un groupe. Voici donc ces deux autres références en bonus.





2 commentaires:

  1. Ah oui ... je pense que ce film me plairait bien !
    Il me rappelle BEAUCOUP "Black Swan" vis à vis du prof qui pousse à bout ses élèves pour en ressortir le meilleur d'eux (j'espère juste que le héro meurt pas à la fin ... parce que dans celui ci si XD enfin ... on sait pas ... ça peut être pris de manière métaphorique aussi. Ou comme dans "Suspiria" avec le passage du cours de danse)

    BREEEEEF

    C'est vrai qu'on en a pas beaucoup entendu parlé, c'est dommage ! Il sort vraiment de l'ordinaire, avec toutes les déceptions qu'on (que j'ai) a eu !

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    1. C'est marrant parce qu'il sort de l'ordinaire justement en faisant autre chose que du grand spectacle.

      Des derniers films que j'ai pu voir dernièrement, je n'avais pas vu quelque chose qui m'a fait dire "ça c'est génial" à plusieurs reprises. Et ce n'est pas parce que ce film est hautement intellectuel ou orienté hipsters, parce que ça me gonfle complètement ça : c'est vraiment parce que Whiplash a de grandes qualités.

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