jeudi 22 janvier 2015

Le Speedrun et le Tool-Assisted Speedrun pour les non-intitiés : Peut-on parler de sport ?

 
Run four your life, RUN FOR A WORLD RECORD ! (source)


Bonjour à tous !

Après avoir défini les termes de Speedrun et de TAS, après avoir démontré l'intérêt éprouvé par les runners et les spectateurs, nous en venons aujourd'hui à une question hautement épineuse : peut-on parler de "sport" pour ces pratiques vidéoludiques ?

Speedrun : sport ou pas ?

Avant d'interroger la pratique du Speedrun, il faut déjà se mettre d'accord sur l'idée de "sport". Qu'est-ce qui est du sport, et qu'est-ce qui n'en est pas ? Autrement dit, c'est quoi le "sport" ?
Il suffit d'énoncer des points, et d'analyser :
- le sport, c'est physique. Cela sous-entend qu'il y a un effort à fournir, plus ou moins ténu, à plus ou moins long-terme. Un sport n'est pas meilleur qu'un autre selon le degré d'effort qu'il nécessite. Un match de rugby propose une intensité rythmée différente du spectacle lors d'un saut à la perche. A plus grande échelle, cette notion d'effort apporte l'idée d'exécution. Ainsi, le billard, la pétanque et les fléchettes sont des sports d'adresse : l'effort nécessite de la concentration et une maîtrise des gestes de son corps.
Par "physique", on parle de mouvement. Le sport implique force, adresse, dextérité et précision, le tout à doser pour des mouvements parfaits qui conduiront le sportif à la réussite.

 A côté du Speedrun existe le Powerplay, ou le jeu dans son côté "spectacle". La dextérité à ses sommets !

- le sport, c'est la compétition. En équipe ou en solo, cette dimension n'est pas à nier. Sans cette idée de compétition, de match, il n'y a pas de sport, mais seulement une pratique. Le sport a pour principe celui de rencontre. Il unit les gens autour d'une pratique et fédère des spectateurs avec un divertissement de tous les instants, à distance par la télévision et Internet, ou en présentiel dans les stades.

- le sport, c'est du dépassement de soi et de la performance. Un sportif se distingue de l'amateur de sport par ce caractère taillé dans l'acier. Il a un objectif, et il va tout faire pour s'y préparer au maximum en vue d'une compétition. Il doit analyser sa pratique, s'interroger pour s'améliorer et, si tel est son objectif, décrocher les médailles d'or ainsi que remporter les records. Cette gestion de l'effort avant et pendant le sport font que le divertissement est plus grand encore !

Des voitures et du contre-la-montre... Du sport virtuel ! Ok, pas de collisions "réelles", mais de l'exécution précise !

- le sport, c'est du divertissement. Non seulement le sportif se donne à fond dans sa pratique, mais il est suivi, supporté, galvanisé par la foule ! Foule de spectateurs qui veulent voir des prouesses physiques. Prouesses d'autant plus appréciées lorsque ces spectateurs suivent les avancées d'un sportif ou d'une équipe. Il y a ce point primordial du fait d'être "supporter" ou "fan", de vouloir tout donner pour que son favori remporte la victoire.

- le sport, c'est de l'argent en jeu. Alors sachez que le jeu vidéo est aussi dans la catégorie e-sport. Hors du Speedrun, il y a des compétitions sur des jeux en équipe (Counter Strike, Starcraft, League Of Legends etc). Et il y a beaucoup, beaucoup d'argent en jeu, surtout en Corée du Sud où les joueurs sont considérés comme de vrais sportifs. Pour le Speedrun, on n'en est pas encore là : mais la SGDQ 2014 a remporté près de 500.000$ de fonds à destination d'une oeuvre humanitaire. Un demi-million de dollars pour une semaine de Speedruns... Et un million lors de l'AGDQ 2014 ! Oui, il y a de l'argent en jeu.

F Zero GX lors de l'AGDQ 2014 : défis et prise de risque maximale pour une performance parfois à la soixantième de seconde près ! Du grand spectacle !

Vous l'aurez compris, tout se rejoint. Et on sera d'accord pour résumer ainsi le sport : une performance de longue haleine qui implique le sportif dans une pratique particulière ainsi qu'une ou des personnes autour comme supporters ou simples témoins en vue d'un divertissement lors de compétitions.

Maintenant, prenons le Speedrun pas à pas.


Tout d'abord, il faut s'ôter de l'esprit cette simple idée du sport comme performance de force. Comme je l'ai dit, il n'y a pas de hiérarchie des sports : il y a des efforts différents qui vont susciter des émotions différentes auprès des spectateurs. 
Le Speedrun a cette particularité de ne pas avoir d'action sur le corps du runner. Il est assis, il joue, manette à la main. Parfois, on le voit s'agiter sur sa manette. Rien de palpitant.
Seulement, un Speedrun se passe sur un jeu vidéo et, à l'écran, c'est la folie pure : gestes précis, actions réalisées aux moments opportuns, gestion des trajectoires, anticipation des risques... Si le Speedrun devait être dans une catégorie, il serait dans la précision et la dextérité : tout se joue sur les inputs, sur les pressions de touche. 
Le Speedrun se heurte alors à un problème : si je ne connais pas le jeu, comment je peux savoir si ce qui est fait est impressionnant ? Excellente question !
Il faut se fier aux commentaires : certains Speedruns sont commentés individuellement (notamment avec Speed-Game), d'autres lors des évènements comme l'AGDQ ou la SGDQ. Puis, à force d'en voir, l'oeil arrive à percevoir quand c'est impressionnant. 
Quoi qu'il en soit, il ne faut pas dire que le Speedrun ne nécessite pas d'efforts : certains tricks (techniques avancées) sont difficiles à réaliser rapidement. Essayez-vous même de faire des glitches sur Zelda ou Mario, ce n'est pas évident.

Comme le sport, le Speedrun peut faire la part belle à la compétition. Comme je l'ai dit, le but est de terminer un jeu le plus vite possible. Si la compétition peut être sur la durée et de façon indirecte par les essais de chaque joueur, elle peut se faire, lors d'évènements ou d'émissions spécifiques sur Internet, en direct lors de races (courses) : ce sera alors au plus agile et au mieux préparé de montrer tout ce qu'il a pour arriver en premier à la ligne d'arrivée, à savoir la fin du jeu.

Sous l'angle de l'humour, pour introduire ce duel, l'équipe de Speed-Game propose une vision de la préparation.

Bien entendu, il y a une préparation de la part des joueurs : il faut s'entraîner, faire les techniques une à une et les maîtriser pour pouvoir les réaliser le moment venu de la run. Le dépassement est évident : il y a cette gestion du record, et d'objectif à atteindre.
Après, je vous le rappelle : si vous vous dîtes "un entraînement pour du jeu vidéo, mais c'est ridicule", je vous invite à revenir en arrière. S'entraîner pour avoir un record de Speedrun est tout aussi dérisoire que s'entraîner pour un record au cent mètres : en soi, ça ne sert à rien. Mais cette idée d'objectif et de dépassement justifie cette envie d'aller plus loin.
Toujours en restant dans l'idée de sport, j'ai proposé, plus haut, la vidéo de la prestation du runner Marco sur Trackmania : un tel jeu est à la fois joué pour le Speedrun (course au chrono) et en compétition. La dextérité requise pour maîtriser ce jeu aux mécaniques simples (un bouton pour accélérer, un bouton pour déraper, droite et gauche, basta) n'a pas à rougir face à la technique employée lors d'une course automobile. Comme je l'ai dit : on ne peut pas comparer des sports de natures différentes qui nécessitent des efforts différents, si bien que le marathon et le rugby n'ont rien à voir ! Ainsi, il ne faudrait pas comparer le jeu vidéo à haut niveau avec le reste : c'est bel et bien de l'adresse et de la dextérité.

Enfin, le Speedrun est effectivement divertissant. Bien sûr, il ne divertira pas tout le monde, mais comme de nombreux sports. Le Snooker, j'en suis particulièrement friand, alors que c'est lent et peu "physique" (dans le sens démonstration de puissance). Mais il contient cette gestion des coups, la dextérité millimétrée et l'aspect de confrontation, de duel.
Le Speedrun contient cette dimension du spectacle, cette notion d'exécution qui crée une tension face à l'échec, et le spectateur suit cela avec intérêt. Cela devient plus palpable lors d'évènements majeurs, comme je l'ai signalé pour la SGDQ : tout le chat et les commentateurs étaient en effervescence lorsque MetaSigma a fait le show en ôtant son t-shirt en plein run. Et son débordement de joie alors qu'il avait gagné le duel, c'était un moment qui m'a tellement plu que je l'ai immortalisé en un article autour du FLEX.

FLEX !!!!
 J'en suis persuadé : même avec ces justifications, je pense que certains ont encore des doutes et se disent que le Speedrun est dérisoire ou inutile. A cela, je n'y peux rien : chacun a son avis sur la question. Mais je vous invite tout de même à revoir votre définition du sport : à y regarder de très près, Speedrun et sport sont liés. Le Speedrun est proche d'un sport. Mais il faut être capable de voir que le mot "sport" embrasse plusieurs réalités. Tout comme le mot "Metal" ne définit pas qu'une seule musique, mais tout un ensemble très, très vaste.

Dans tous les cas, même si on n'accroche pas, même si ça ne "nous parle pas", il faut reconsidérer le Speedrun et le TAS : ce sont des pratiques fédératrices autour de personnes qui pratiquent et de personnes qui participent, suivent. Le but n'est pas de terminer un jeu, mais d'en faire une expérience qui va pousser le jeu à bout, l'amener dans ces limites. C'est une volonté de maîtriser qui anime les runners. Faire sien un jeu et ses mécaniques, planifier une route différente, effectuer quelque chose de divertissant, avec une dose de frisson, par la pression d'un record ou d'un but à atteindre.
Pour approfondir ce guide, je vous invite à revenir prochainement pour une surprise... Laquelle ? Soyez patients ;)

Lien vers les autres articles de la série.

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