mardi 24 février 2015

Hypocrisie et démagogie, ou "Foutez-nous la paix !" : Le chanteur

Parmi la foule, un artiste se dresse ! (source)

Bonjour à tous !

Parmi toutes les choses que l'on peut trouver sur Internet, on a surtout accès à tout un nouveau pan culturel : musiques, livres, dessins et arts visuels sont à notre portée. Nous avons aussi droit à des discours, à des observations et des critiques, dans le sens émettre des avis et proposer des pistes.
Et ce que permet cette merveille d'Internet, à contre-coup, c'est toute une emprise médiatique, et la possibilité de diffuser des messages flairant bon les bons conseils de Papy je-me-mêle-de-tout-sans-rien-comprendre, ou Papy Démago'.

Oui, le ton est acerbe, et ma colère, palpable : parmi les choses contre lesquelles je me dresse, l'hypocrisie et la démagogie, ou l'art du "Fais ce que je dis, pas ce que je fais", me débectent au plus haut point. Affirmer quelque chose sans rien appliquer, imposer un modèle alternatif ou "moral" en alignant des arguments sans rien connaître, tout ceci fait partie de l'ignorance et d'une forme d'inquisition qui nuisent à la culture, notamment sur le Web.

Sur quelques articles, on va se revendiquer dans notre bon droit, et se défendre contre une bien pensance désuète à reconsidérer.

Avant d'aller plus loin, je tiens à signaler que tout ce que je présenterai ici n'est pas dans un but de publicité ou de hargne amère, mais bien d'interroger et d'informer : de souligner des travers afin d'ouvrir le débat face à des productions te discours qui, eux, tendent à vouloir clore.
Aussi, tout ce que je propose ici en exemple est soumis à la propriété intellectuelle de leurs auteurs.

Ceci étant dit : plongeons dans les abysses de l'étroitesse.


Quand j'évoque l'hypocrisie, je me fais souvent des ennemis : on m'affirme que je chipote, que je cherche le mal partout. Seulement, cet aspect est réellement une plaie : quand on diffuse un message, on se doit d'être cohérent dans son propos mais aussi dans sa personne. Une personne prêchant l'amour de la nature en polluant derrière, ça évoque une farce, une grande blague. Et pour cause, ce n'est ni plus ni moins que ce que fait Mr Burns, propriétaire véreux d'une centrale nucléaire, dans les Simpson : sourire devant les média, affirmer que tout est bon alors que la centrale déverse ses eaux dans la rivière, transformant les poissons en mutants à trois yeux.

Mais puisque je vous dis que ce poisson est bon à manger ! (source)
Cette hypocrisie se retrouve sur Internet, notamment dans le monde de la création artistique. Aujourd'hui, nous allons décortiquer un produit qui a ce même but de nous faire la morale sans même croire en ce qu'ils disent.

Aujourd'hui, nous allons faire un premier état des lieux autour d'un chanteur dont le travail permettra de définir exactement l'hypocrisie et la démagogie dans le processus créatif. Puis, nous verrons, avec un exemple très actuel, en quoi cela a un réel impact sur le public. Enfin, je vous proposerai un dernier exemple signalant la mort à la fois du message et de la démarche d'un illustrateur à la ramasse.

Le chanteur tournesol

Je suis tombé sur Nill Klemm par l'émission Questions pour un champion - oui, j'aime beaucoup ce jeu télévisé, au moins il est honnête dans son principe, juste du jeu, pas de buzz, pas de fioritures et un animateur au taquet. Ce suisse a la particularité de ne vivre que par les réseaux Internet : Facebook et Youtube sont les principales plates-formes sur lesquelles il se trouve afin de diffuser son travail et se faire connaître du public.
Aussi, observons de plus près sa chanson phare, celle que l'on trouve dès que l'on tape son nom sur Google.


Après cette musique, on va se pencher sur les paroles.

De plus en plus de bruit juste pour couvrir l'ennui
Les silences qui s'obstinent et qui obsèdent
Tous ces trop-pleins de vie de moins en moins remplis
C'est le blues du people connected

De vous à moi, j'ai entendu cette musique il y a longtemps et, avant de voir les paroles, j'avais souvenir que les mots m'avaient fait réagir bien plus tard. Seulement, non, dès le quatrième vers, on tombe dans le travers absolument puissant de cette chanson.
L'observation de la tragédie humaine autour de l'agitation pour couvrir le silence de l'ennui, du divertissement pour aller contre la misère de l'homme seul (sans Dieu, si on va jusqu'au bout), c'est du Blaise Pascal, philosophe et scientifique majeur du XVIIème siècle. En soi, on est ici dans un lieu commun qui tient la route.
Toutefois, on plonge directement dans la foire dès que l'on évoque le "blues du people connected". Déjà parce que, non, Internet et la connexion ne font pas que les gens s'agitent davantage : le fait de brasser de l'air en multipliant les activités, déjà Pascal disait qu'on avait jamais fait autant de divertissements qu'à son époque. Arrêtez avec votre posture d'artistes qui remarque la décrépitude des valeurs sociales : le bruit contre l'ennui, ce n'est pas propre au XXIème siècle.

Mais, surtout, arrêtez avec votre volonté de vous placer en sauveur du monde.

De plus en plus de friends, de moins en moins d'amis
Je te twitter, je te smallworld, je te myspace
De plus en plus en live, de moins en moins en vie
Tu me meetic, tu me link'in, tu me face

On post des comments, mais au poste de commande
Y'a plus que des avatars, des noms de code, des pseudos
On a la life qui s'étale, on s'raconte, on s'invente
On est comme Wallace... et Gros Mytho

REFRAIN
Trop de tout, ça va finir par faire beaucoup
Par ne plus avoir de goût, par ne plus tenir debout
Trop pour rien, trop pour tenir entre nos mains
Pour tenir lieu de lendemain
Gavés de trop jusqu'à plus faim

"Oh la la, le monde est bien trop triste : les gens sont bien trop enfermés dans leurs habitudes de sur-connexion. Tout ça, c'est la faute à la méchante technologie, au vilain Internet qui nous vole notre âme ! Nous ne sommes plus des personnes mais des profils, et on s'invente notre vie. Ah, c'était mieux avant, avant quand on vivait d'amour et d'eau fraîche, quand le monde n'était pas une grande mascarade. Oh la la !"

Ah mais ferme-là ! Comment peut-on tenir un tel discours suranné, mettre en avant des idioties d'une innocence crasse alors qu'on dépend de cette technologie ! Ca dénonce le profilage et le mytho sur Facebook, mais ce type se met en scène par Facebook ! Il dénonce l'avatar : il a un nom de scène ! Lui-même s'est créé un personnage de scène, lui-même s'est conçu un costume de "chanteur compositeur interprète", et ça dénonce la mascarade...

Démagogie, chers visiteurs !


Nous avons ici un chanteur qui se plaint de la perte d'un certain rapport humain fantasmé, dans lequel des personnes avaient de vraies valeurs dans le passé désormais perdues avec la "méchante modernité". Mais il n'est pas viable artistiquement de dénoncer quelque chose qui permet de vivre en tant que musicien.
Cette chanson est un suicide créatif : une simple prise de recul permet de signaler qu'il n'y a aucune entreprise personnelle, aucun engagement. On est dans la bien pensance : dénoncer la technologie, c'est démagogique, ça colle avec la morale globale. Se placer contre cette pensée, c'est refuser le confort d'être admis par la majorité. Du coup, aller dans le sens de la majorité, c'est s'assurer du buzz et de vivre de sa musique. Mais est-ce "sa" musique ? Ici, il ne fait que du communautaire : il évoque pour se faire bien voir du public. Il se tourne vers l'éclairage de la doxa, de l'opinion.

Les bad news qui fusent, les antennes qui diffusent
Tout ce que je sais c'est à la TV que je le dois
C'est pas que je veuille me trouver des excuses
Mais pourquoi je lirais? Y'en a qui le font pour moi...

Mais oui, mon gars, continue dans l'opposition des classiques et des modernes : les classiques traditionalistes déplorent qu'on ne lise pas assez et que les modernes s'abrutissent avec ce qui est actuel, tel que le Rap, le Metal, les Manga, Internet et tout le reste. Revenons au temps des livres, celui où Flaubert a écrit Madame Bovary pour dénoncer le risque d'une lecture inconsciente et aliénante des romans à l'eau-de-rose, ou plus loin où Cervantes a conçu Don Quichotte pour s'amuser de la folie qui pouvait s'emparer de certaines personnes benêts et simples d'esprit.
Ceci est une nouvelle preuve qu'il n'évoque aucunement un message qui lui est sien : il n'est que le porte-parole d'un discours vieillissant et absurde. La preuve en est davantage qu'il confond sur-connexion et jeux vidéo.

Le monde tenait qu'à un fil, maintenant qu'il est en wi-fi
Qu'est-ce qui le retient d'aller tout droit dans le mur ?
On simule, on x-boxe, on psp et on wii,
On refait l'avenir pour fuir le futur

Déjà, il n'y aucun rapport entre jeux vidéo et le fait qu'on perde en sincérité et en authenticité dans les échanges. La musique commence autour du fait de s'inventer une vie, de ne pas être soi sur cette surface anonyme qu'est Internet. Mais s'il regrettait le fait qu'on ne lise pas, ce qui le faisait doucement glisser dans la caricature du "c'était mieux avant", il tombe ici dans le véritable cliché, le stéréotype du Papy démago' qui gueule contre tout sans aucune réflexion ni compréhension du monde actuel.
Cracher contre les jeux vidéo, je le prends mal, surtout quand ça appui un discours médiocre. Non, il n'y a pas de raison de dire que jouer empêche de voir le futur. Cette chanson fait un énorme amalgame : en effet il parle de divertissement, du fait de se détourner en faisant autre chose ou en s'inventant une vie qui nous fait fuir de notre réalité, mais dans son "Trop de tout", il mélange absolument tout. 
Le pire, dans tout ça, c'est l'impunité dans laquelle il diffuse ça via Facebook : comment peux-tu rester crédible dans un discours anti-Facebook si tu dépends de cet outil ? Certains me diront : "Mais c'est subversif, tu ne comprends pas !". Mais je répondrai que, vous, n'avez pas saisi le sens ce "subversion".

Nill Klemm est l'exemple typique de l'artiste qui fait dans l'hypocrisie et la démagogie par défaut. Voyez plutôt : vous êtes un artiste peu connu, par quel moyen allez-vous devenir pro et vous attirer un public correctement ?
- En faisant du clash ou du buzz négatif (passer exprès pour un crétin façon Michael Vandetta), mais ce n'est pas durable.
- En étant droit dans ses baskets et en proposant un contenu et un message propres à soi, mais c'est s'exposer à une incompréhension, au risque de ne pas être suivi.
- En s'inscrivant dans une globalité, dans une communauté (ici, la plus large possible), par un fond et une forme convenus et, surtout, un message qui va brosser dans le sens du poil.
Nous avons donc un musicien qui n'a fait ici qu'une musique pour faire plaisir. C'est le risque zéro, l'implication artistique au plus bas, d'où l'idée de "suicide créatif" : il n'y a rien de son auteur. On pourrait complètement contredire son propos par sa propre pratique dans le monde actuel (utilisation du Net, jouer sous un pseudonyme, se créer un personnage de scène), mais on serait à côté du vrai : il a voulu s'assurer une première fan-base. C'est pourquoi je parle de "chanteur tournesol" : il va du côté de la lumière de l'opinion publique.


Ce premier point permettra d'expliquer bien des choses pour d'autres créateurs. Seulement, cette observation n'est qu'une première étape : on en verra bien plus les prochaines fois !

A bientôt !

1 commentaire:

  1. On peut très bien être sur les réseaux sociaux et avoir une vie et profiter de l'extérieur ... faut arrêter hein ! Moi aussi ça m'énerve les gens qui disent ça alors qu'EUX MÊME raconte leur vie sur FB (par exemple) !!
    Très bon article, ça fait plaisir ! =D

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