vendredi 13 février 2015

Télé-crochets : tremplin ou guillotine ?

 
Quelle joie de triompher ! Et que reste-t-il après une victoire ? (source)


Bonjour à tous !

Avec tous ces guides, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas jeté un oeil du côté des actualités. Et je sais ce que vous pensiez : "Comment, il n'est pas en train de dire quoi que ce soit de la télévision, à dire qu'il y a des trucs qui nous trompent et des mensonges un peu partout ?"

Eh bien on va revenir avec nos gros sabots sur le thème de la télé', justement. Si j'ai fait le tour des média et des journaux d'informations, il faut voir qu'en ce moment, à la télé', ça cogne sévèrement autour d'un programme qui a fait forte impression il y a une époque et qui, peu à peu, perd en strass et en gloire si tant est que les formules ne sont pas réactualisées.

Zoom sur un phénomène aussi tenace qu'un feu de brindille : les télé-crochets.

Pourquoi "aussi tenace qu'un feu de brindille ?"

Le télé-crochet, c'est la recette miracle pour combler quand une télé ne sait pas quoi faire. Tu prends n'importe quel gusse (on ne paye pas d'acteurs), pour proposer n'importe quel numéro (on ne paye pas de chorégraphes, ou beaucoup moins) afin de faire une phase de sélection (extensible à l'envie) en vue de phases finales (on ne paye pas pour du scénario, c'est du tout cuit). 
Vous m'avez vu venir : ça ne coûte pas grand chose et, mieux que ça, ça rapporte. Puisque n'importe quel "Mr tout le monde" peut prétendre à se présenter, le vrai Mr tout le monde est invité à voter pour supporter son candidat. A coups de tirages au sort, les appels et sms vont bon train, et ça engrange bien comme il faut.
C'est bel et bien une tambouille qui est simple et efficace. Le souci, avec une tambouille, c'est qu'entre le succulent et l'infect, il n'y a qu'un pas : celui du rebrassage intensif et ininterrompu.
Autrement dit, prenez une raclette : c'est excellent, une raclette. Mais mangez ça tous les jours à tous les repas, l'indigestion vous guette, et le dégoût de ce plat par la même occasion. Changez quelques éléments qui vont drastiquement modifier votre expérience de la raclette, et ça sera une autre affaire ! "Comment, on peut utiliser du munster bien coulant et des tranches de bacon pour aller avec mes patates ?"

Par "aussi tenace qu'un feu de brindille", je veux montrer qu'un télé-crochet a un devoir IMPERATIF de se renouveler. Et si La France a un incroyable talent de cette année a connu des records de baisse d'audience, c'est parce que le show manque de renouvellement. Un golden buzzer, ce n'est pas ça qui va donner envie à tous de voir le spectacle. Mais des numéros différents, une autre mise en scène, des principes narratifs autres vont à nouveau susciter la curiosité.
Malheureusement, la télé-crochet se heurte à son style : voix-off convenue, effets de mise en scène éculés, présentation qui ne trompe plus personne. Oui, il y a des pré-sélections et, non, ce n'est pas vraiment Mr Tout le monde qui passe.
Ces procédés de style ont été interrogés par Usul dans un épisode à part : en questionnant la façon de mettre en avant du réel, il met en avant combien la vidéo-réalité pose problème.


Mais quand les shows live sont saccadés de mauvaises lectures de prompteurs et de moments de silence inadmissibles (ben oui, un télé-crochet, ça se prépare, même si c'est une "recette miracle"), ça commence à faire lourd. De plus, ces couacs s'étendent sur deux heures entrecoupées de trois quarts d'heure de pub, tout cela pousse les téléspectateurs à zapper si rien n'est renouvelé.

Il faut comprendre qu'il y a autre chose qui gêne, ou tout du moins qui me dérange : le télé-crochet n'apporte finalement pas grand chose en comparaison de ce qu'on peut attendre.

Les télé-crochets : des tremplins vers la chute ?

Très sincèrement, je n'ai aucun souvenir d'une personne ayant percé, duré après un télé-crochet et, point essentiel, ayant réussi à proposer quelque chose d'artistiquement novateur. Pourtant, dans ces émissions, c'est bien l'originalité et la fougue qui semblent de mise.

On me dira que Jenifer reste visible via The Voice. Je dirais que Jenifer, point de vue chanson française, elle n'a fait aucun miracle.
On avancera que Christophe Willem produit toujours. Même chose que Jenifer : rien de bien transcendent en matière de musique, ça reste de la pop très convenue.

Ce qui me sidère, c'est souvent le gouffre qu'il y a entre ce qui est proposé durant le show, et ce qui se fait après la victoire ou le fait d'être repéré.
Je vais prendre ainsi l'exemple d'Erick Bamy (paix à son âme, je ne savais pas qu'il était mort le 27 novembre). Ce chanteur, longtemps dans l'ombre de Johnny Hallyday pour avoir fait partie de ses choristes, s'est décidé à passer sur le devant de la scène de l'Incroyable Talent afin de présenter sa Soul, sa touche musicale.
J'ai été conquis par sa voix et sa prestance, et j'attendais beaucoup de lui.
Seulement, l'industrie française a cru bon de nous refourguer, malgré un trio agréable avec Vigon et Jay, un énième album de reprises Soul honteusement convenue. On déplorera l'écriture pauvre, d'un aspect Pop anti-créatif, tiré à quatre-épingles pour coller aux standards. Aucune audace, aucun Blues.

On me rétorquera que je suis difficile et intransigeant en matière de musique issue de France. C'est que je suis fâché contre l'industrie musicale française, qui estime que les gens ont des goûts de chiottes et ne sont capables que d'écouter des ritournelles sans aucune recherche musicale ou littéraire (pour les paroles, en d'autres termes).
Je vais ainsi prendre l'exemple de Kendji Girac. Dans The Voice, je ne regarde que les auditions. Parce que nous sommes encore à la frontière où les candidats peuvent proposer leur musique. Ensuite, avec les coachs, c'est le début de la "labelisation", sous-entendu le début d'une normalisation selon les règles des labels, les mêmes qui nous prennent pour des cons en matière de musique.
Puis vient le moment de l'album... Kendji avait réellement un charme, j'avais apprécié sa voix. Autant j'ai qualifié Soul Men d'album de reprises honteuses, autant les singles de Kendji sont une grande foire. On ne peut pas en vouloir à l'artiste même, mais bien plus à cette industrie qui s'empare de jeunes talents pour en faire des produits purement commerciaux.
Je vais ainsi partager la vidéo de Mister JDay. Ce youtubeur, qui a analysé très justement le cas de Kendji Girac, a réalisé d'autres analyses sur les clips. Il met un coup de projecteur sur les pratiques des labels : clips et communication sont décryptés.


Il présente ainsi les raisons pour lesquelles je me détourne des grands labels : c'est du marketing, pas de la culture. Je veux bien une petite chanson à la con de temps en temps, comme celle de Hate for Pain ci-dessous. Mais il ne faut pas que ça, la musique a tant d'autres choses à proposer, surtout à l'heure d'Internet.

De la pure Pop : paroles idiotes, ritournelles qui rentrent en tête. Oui, l'instru est Metal, mais ça reste de la Pop (non labélisée).

Là, nous avons évoqué des triomphes... 

Mais qu'en est-il des grandes déceptions ?

Durant des moments de flottements pour faire attendre le moment du dépouillement dans les phases finales, et pour bien inciter encore à voter, ce que les télé-crochets aiment évoquer, ce sont les triomphes d'anciens candidats, voire les inviter pour qu'ils produisent quelque chose.
Cependant, on n'évoque pas assez ceux à qui on a promis quelque chose qui n'est jamais venu.

Si je veux évoquer cela, c'est que je me suis senti "trahi" par les mots énoncés et la mise en scène effectuée lors de la saison 2013 de La France a un Incroyable Talent lorsqu'un certain candidat est arrivé...

Cet homme est Charles Brutus McClay. Dès sa présentation, on sent qu'il a quelque chose de particulier : une telle introduction signale que cette personne doit toucher le téléspectateur. Et ils ne se sont pas loupés : il est un féru de musique, il a joué durant les années 70, pieds nus, pour l'amour de son art, puis s'est rangé pour vivre sa vie de famille.
Il souhaite revenir sur le devant de la scène par la grande porte, laquelle a, à son seuil, un vieil et grand ami de l'époque : Dave.
 
Ce chanteur ami de longue date de Dave ? Voici des retrouvailles charmantes et émouvantes, parfait pour la télé !
Alors, il chante. Et je tombe sous le charme de cette voix Blues, de ces tripes qui manquent à la chanson française proprette et éculée.

Dave, lui aussi, en verse une larme, parce que ce sont les souvenirs, la magie du temps brisé, éclaté ! Et c'est tellement fort qu'il lui promet un grand retour sur la scène musicale française.
Charles Brutus passe en demi-finale, et c'est l'élimination pure et simple : le public français n'a pas suivi (alors que, moi-même, j'avais voté, merde !).

Et depuis ?
Rien, nada, néant absolu, silence radio.
Charles Brutus a pourtant une page Facebook, laquelle ne contient en dernière nouvelle que le post que je lui avais écrit le soir-même du live en demi-finale et qui l'avait beaucoup touché.

Ceci est ma plus grande déception. Autant, je veux bien qu'une personne ne trouve pas grâce auprès du public et ne fasse plus rien derrière : on a loupé le coche, dommage. Mais, dans ce cas précis, Dave avait promis, à la télé, sans aucune coupure au montage, que Charles serait engagé et qu'il ferait à nouveau de la musique.
Les soucis peuvent être nombreux : revirement personnel de la part du chanteur musicien, calme plat et froideur des labels qui ne veulent pas aller vers autre chose, manque de relance par Dave ? On n'en saura rien. Et de monsieur McClay ne reste qu'à se procurer en occasion ses disques, difficiles à  trouver.


En définitive, que retenir des télé-crochets ? Si on laisse de côté le confort des directeurs de programmes qui se content de refourguer les mêmes formules à chaque fois, on pourrait se dire que c'est l'occasion de découvrir de nouveaux talents. Mais il n'en est rien ! C'est avant tout une vitrine pour les grands labels et les grands acteurs de la "culture" pour piocher sans se fatiguer les prochaines grosses sensations en lorgnant les audiences. "Tiens, à The Voice, ça vote en masse pour Girac, on tient notre sensation à venir !" Et ils ne se loupent pas : avec une communication à grand tapage, ils parviennent à propulser n'importe qui avec n'importe quoi.
Car ce sont bien les labels et autres dirigeants qui proposent aux jeunes talents dénichés de faire des choses inexpressives et éculées. Après, certains s'en affranchissent et deviennent de vrais créateurs qui affirment et revendiquent leur pensée, comme Julien Doré (avec une certaine limite tout de même).
Quoi qu'il en soit, sans forcément parler de tremplin ou de guillotine, le cas des télé-crochets nous situe à nouveau face à cette expression mille fois entendue : tout ce qui brille n'est pas d'or.

1 commentaire:

  1. C'EST LA MER NOIRE !

    (désolée c'est en voyant le gif 8'D)

    Plus sérieusement, le coup pour Charles Brutus j'avais vraiment trouvé ça triste moi aussi ... un peu dégoûtée même !

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