samedi 7 mars 2015

BONUS Hypocrisie et démagogie ou "Foutez-nous la paix" : La subversion

Exemple de subversion (source, à vrai dire on s'en fiche du site, mais je respecte la propriété intellectuelle)

Bonjour à tous !

Je profite d'un moment pour établir un article bonus en lien avec ce qu'on a observé, et ce qu'on observera, dans le groupe de productions sur la question de l'hypocrisie et de la démagogie.

En somme, quand on se frotte à la question d'un message, aussi bien dans le fond que dans la forme (ce qu'il dit et comment il le dit), on interroge aussi le ton employé : le créateur ira-t-il dans un format traditionnel et convenu, ou démodé et oublié, ou bien original et novateur ?

Dans le premier cas, on reste dans la canonique : le message est transmis directement sans véritablement vouloir choquer. Ce choix s'explique dans la volonté d'être compris de tous et d'apporter une adhésion sans trop de risque (Nill Klemm et Cyprien, notamment).

Dans le cas de reprendre un format démodé, on entre dans un autre registre de partage d'une pensée : volontairement, le créateur va prendre une méthode d'argumentaire qui intriguera. Après, s'il confronte cette méthode avec du contemporain, il effectue un renversement
Reprendre du vieux pour poser des questions sur l'actualité, ce serait, par exemple, faire une affiche de propagande façon guerre froide pour signaler les travers de notre époque, avec ses problématiques particulières. Ou emprunter la forme d'une poésie de Ronsard afin d'évoquer d'autres réalités au sujet de l'amour, notamment la romance par Internet.
C'est aussi ce qu'a pu être fait à l'époque humaniste : ainsi, Érasme, en prenant le style du discours des philosophes antiques grecs, a interrogé des valeurs de son temps dans l'Éloge de la Folie. Il y a un renversement à la base du style emprunté, accompagné de celui de faire l'éloge d'un tabou autour de la folie, jugée comme une démence et un travers démoniaque.

Dans le cas d'être original ou novateur, très souvent, on en vient toujours à une idée de renversement. Parce que ce qui fait mouche, ce qui intrigue véritablement et fait penser que "c'est original", c'est qu'on a changé les codes, montré les brèches dans les règles en vigueur. Le créateur dit "original" a su effectuer une redéfinition d'un paradigme, d'un système. Lorsqu'on a perçu Dali comme original, c'est qu'il a su renverser, changer des règles dans l'art (notamment son Corpus Hypercubus qui tranche avec la représentation canonique du Christ par ces volumes et perspectives). 

Dali, Corpus Hypercubus, pour montrer un renversement qui a signalé son originalité. Pas de subversion ici.  (source)
Dans le cadre de diffuser une idée, ce reversement consiste à guider en trompant : désigner une direction alors qu'on en fait emprunter une autre. 

Ceci est la subversion.

Cette introduction permet d'être clair là-dessus : on confond souvent ce qui est subversif avec ce qui est direct et désinhibé, sans gêne
Quand un message choque, surprend, déstabilise, on n'est pas dans le subversif : montrer un enfant mort de faim en train de souffrir, et signaler qu'il ne va pas bien, ça fait mal à notre conscience, mais ce n'est pas subversif. Au contraire, on est dans le canonique pur : montrer un travers pour donner mauvaise conscience, mettre en avant un moyen de rétablir la conscience (souvent, un appel aux dons).

Dans "subversion", on entend "renversement" et "aller au-delà". Un subversif ne va pas forcément partager une idée novatrice, mais va réussir à la conduire d'une manière étrangère qui va marquer.
Pour présenter quelque chose que je trouve subversif, nous allons prendre l'exemple de PG Porn. Leur slogan est simple : "Pour ceux qui aiment le porno sans le sexe". Leur but : prendre des situations clichés du film porno de base, et les renverser.

Un acteur qui exprime le contenu des scènes de sexe dans un style de comédie musicale.


Un "Bus de l'entraide comme excuse sexuelle" qui est effectivement un bus pour aider les personnes.


Un garagiste qui fait des sous-entendus sexuels sans rien sous-entendre.


Dans tous les cas, si le but est clairement comique, on sent un sarcasme palpable. Certes, des acteurs porno jouent dedans, mais on perçoit toute la vacuité des situations et de la pornographie en général. Les codes sont utilisés pour finalement les tourner en ridicule : le sexuel devient comique. C'est d'autant plus fort dans le cas de l'acteur qui se met à chanter : au départ, quand on m'a montré cette vidéo, j'ai vraiment cru qu'on m'avait mis devant un film porno. Puis, avec ce twist, tout devient hilarant.
On est dans le subversif. Car, à mon sens, le subversif opère lorsque le créateur dirige les personnes dans leurs habitudes, puis les trompe en les amenant dans un autre direction. Ensuite, les personnes sont surprises avec un message auquel ils ne s'attendaient pas.
Encore une fois : s'il y a renversement, bousculement d'un paradigme et d'habitudes, c'est subversif.
Si on est dans le buzz, le choquant, le direct et le convenu, ce n'est que du buzz justement, il n'y a rien de neuf.

Et, vous le verrez, cette précision que je viens d'apporter ici aura une importance capitale !
A bientôt pour le dernier article de notre série.

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