samedi 21 mars 2015

Critique d'album : Royal Blood, ou "Mettons tout le monde d'accord"

 Le titre phare du groupe, et celui par lequel je les ai découverts.

Originaire du Royaume-Uni, Royal Blood a fait forte impression en 2014, et leur premier album était attendu avec enthousiasme, appuyé notamment par une communication des média anormalement léchée pour ce qui est annoncé comme "un nouveau visage de la Pop, teintée d'un Rock aux inspirations Garage Rock, Grunge, et aux accents Blues façon Soundgarden".
Communication qui intrigue, puisque je suis tombé sur ce groupe par Canal +.

Voyons donc de plus près une formation pas comme les autres et qui fait beaucoup de bruit, vu qu'elle a remporté un prix lors du BRIT 2015.

Un duo qui relance le Pop Rock

Première chose intrigante et qui en impose : malgré le relief dans leurs compositions, et malgré le son qu'ils balancent, Royal Blood n'est qu'un duo. Nous avons un batteur et un bassiste-chanteur.
Comme l'ont dit plusieurs média avant moi, des duo batteur et guitariste-chanteur, c'est connu, et même devenu assez courant, assez pour qu'on en fasse plus cas aujourd'hui. Mais faire du Rock avec seulement une basse et une batterie, ça présage quelque chose de particulier : même avec des pédales pour modifier le son de basse en guitare, mettre l'accent sur des instruments de rythme tels que la basse et la batterie placent le curseur sous le Blues.
Le Blues est la base de toute la musique contemporaine populaire (entendue non-savante), laquelle a donné le Jazz et tout ce qui s'ensuit. Dès le départ, le Blues a imposé un aspect important du rythme, et a situé les percussions et la basse dans un rôle important : la batterie donne forcément le tempo et le rythme, tandis que la basse va donner du volume avec ses graves. 
Ce Blues, parfois oublié, est revenu plusieurs fois en force lorsqu'on retrouve ces tonalités particulières, comme dans le Rock psychédélique (Jimi Hendrix), le 70's Blues Rock (ZZ Top, Cactus) le Doom Metal (Black Sabbath, Candlemass, Solstice), le Stoner Rock (Grand Magus, Sheavy, Fireball Ministry, Chron Goblin) et le 90's Blues Rock (Soundgarden sur Superunknown).



Ainsi, par ce curseur, Royal Blood parvient à lier une instru impeccablement forte, absolument Rock, à une voix et un chant typiquement UK Pop. On se retrouve avec un savant mélange de standards de la Pop anglaise avec un son bien gras, qui a subi toutefois un mastering idéal puisqu'on reste dans une certaine subtilité dans le grain sonore : ça ne dégage aucune crasse, c'est propre tout en étant chargé et solide.
En résulte, en terme de technique, à des mélodies pêchues bien trouvées, à des titres variés, à une rythmique maîtrisée qui fait bien bouger la tête.
C'est tout simple : ça envoie façon Blues Rock, mais avec le grain Pop qui rend cela plus accessible - mais pas moins intéressant.

 Du lourd !

Pourquoi mettent-ils tout le monde d'accord ?

Vous le savez si vous avez jeté un œil à mon guide du Metal pour les non-initiés, je suis très sensible à la musique qui a des riffs carrés et des rythmes solides. J'apprécie aussi énormément la charge émotionnelle du Blues qui donne ce côté "gras", comme je dis.
Ici, les titres ne dépassent pas les 4 minutes : nous sommes dans du format Pop. Les compositions ne vont pas dans le Buff ou dans les solos de Blues à répétition, elles restent dans une concision. Cependant, l'ensemble de l'album dégage une variété, ce qui montre que leur formule en a sous le capot.
Outre ce format, les pistes et l'écriture générale sont Pop. La manière de composer n'est pas étrangère à ce que d'autres amateurs de Pop Rock du Royaume-Uni écoutent. Nous avons un album qui peut satisfaire aussi bien les amateurs de Rock musclé, avec une touche de modernité, et les habitués de Pop un peu audacieuse. 
Bien sûr, ceux qui sont allergiques au Rock auront du mal à rentrer dedans, mais ça vaut le coup de tenter l'expérience. Qui sait, peut-être cette expérience s'avèrera payante ? Peut-être n'avez-vous écouté que du Rock moyen, voire médiocre ? Quoi qu'il en soit, écouter Royal Blood, c'est écouter un groupe approuvé par plusieurs amateurs de ce genre : c'est du bon !

Du soft.

Décidément, le Royaume-Uni n'en a pas fini avec les bonnes surprises qui relancent la musique. En 69, les King Crimson, Black Sabbath, Deep Purple, qui ont marqué le Rock à cette époque. Les Saxon, Raven, Venom ou Iron Maiden qui ont donné du boost au Metal des années 80. On n'oublie pas le pan Punk avec Sex Pistols. Tout cela, ce sont des anglais. 
Comme d'autres pays, ce territoire reste le lieu de naissance de bien des surprises. Que l'industrie musicale anglaise ait permis l'émergence et le succès de Royal Blood est une excellente chose : cela prouve qu'on peut être populaire sans faire dans la niaiserie, sans aller dans la facilité et les sonorités convenues. Au contraire : jouer à deux seulement est une contrainte, laquelle a permis une économie de moyens et, donc, une authenticité plus forte.

La Pop n'est pas une excuse pour la paresse musicale. Et l'industrie française grand public ferait bien de s'inspirer de ça, au lieu de refourguer des Enfoirés à la masse (je ne pardonnerai jamais leur reprise de Kiss).

 Abominable. Surtout que les média et tous ceux qui gèrent cette industrie en France ont été les premiers à cracher sur le Glam Rock des années 80 en disant que c'était immonde et pas de la musique...

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