mardi 3 mars 2015

Hypocrisie et démagogie, ou "Foutez-nous la paix" : Le vidéaste

(source) "Oh mon dieu, ils veulent tous nous contrôler et nous avoir par leur TECHNOLOGIE !" ... PARANOÏA !

Bonjour à tous !

Souvenez-vous : la semaine dernière, nous avions évoqué le cas du chanteur tournesol ou, autrement dit, de l'opportuniste, c'est à dire celui qui va faire varier son discours pour ratisser large et attirer un maximum de clients. Comme il est dans une bonne pensée commune et démagogique, il ne risque pas de s'attirer les foudres de la majorité. Seuls quelques-uns viendront critiquer sa démarche, justifiée certes, mais intéressée et en plein dans les amalgames.

De manière générale, emprunter un message démagogique, quitte à jouer l'hypocrisie fine, permet de ne pas prendre de risque. Dans le cas de Nill Klemm, il le fallait : n'être peu connu est une situation difficile pour qui veut devenir artiste professionnel.

On arrive donc à lier ces deux idées : d'un côté, nous avons cette démagogie utilisée dans un but pour le créateur et, de l'autre, la réception par le public.
Et pour aller plus loin, nous allons prendre l'exemple d'un vidéaste très connu : Cyprien.

Semi-menteur, archi-meneur

Cyprien est un podcaster sur Youtube qui est devenu célèbre par ses vidéos ainsi que des collaborations avec Norman, Bapt' et Gaël, ainsi que les Golden Moustache. Puisqu'il a découvert les feux des productions web avec ces derniers, il s'est lui-même lancé dans l'écriture et la réalisation d'un court-métrage. L'exercice est périlleux, mais non sans filet : Cyprien a une fan-base solide, notamment par sa présence dans les réseaux sociaux ainsi que sa régularité dans les vidéos.

Peut-être ne me voyez-vous pas venir, mais quand je vous donnerai le titre de ce court-métrage, mon discours vous sera évident.

Voici sa production.


Je ne vais pas me concentrer sur la technique : Cyprien a produit quelque chose de solide, le jeu d'acteur tient la route et même si c'est convenu et peu audacieux en terme de réalisation, il a su écrire et raconter une histoire. En tant que création pure et simple, c'est du solide.

En terme de message et de produit culturel, c'est entièrement raté.

Nous tombons dans les mêmes travers que Nill Klemm : Cyprien balance en touche toute la technologie. Par le personnage du technophobe, il amène son webspectateur à prendre du recul avec la technologie pour revenir aux "vrais valeurs" du partage "à l'ancienne". En soit, je suis pour le rappel à se défaire un minimum de la sur-connexion. Seulement, quand on est un vidéaste qui dépend ENTIÈREMENT du médium Internet, de la connexion et des technologies, il est de mauvais ton de faire la morale en disant : "La technologie pousse à s'enfermer, c'est vraiment mauvais, il faut revenir à du traditionnel."
D'autant que, vu ce message, on pourrait chipoter : s'il est allergique à la technologie, exit la voiture. Oublie le téléphone de mamie : si la technologie d'aujourd'hui est bannie, celle du passé aussi. Un téléphone reste un téléphone, et à l'époque de son émergence a été dénoncée la perte du courrier au profit de la communication téléphonique.

Dur d'être moderne avec un discours réac'.

Ce message est absolument incohérent : on ne peut décemment pas rentrer dans une critique fermée et franche de la technologie lorsque c'est celle-ci qui nous a rendu célèbre. Les phénomènes de buzz et de sur-connexion ont hissé Cyprien là où il est. 
Pourquoi faire un tel discours démagogique ? Pour éviter la prise de risque et limiter la casse, sans doute.
Sauf que Cyprien a une fan-base : il n'aurait pas été nécessaire de faire dans la démagogie. Bien sûr que son "Technophobe" a fait mouche, mais il passe, par la même occasion, pour un hypocrite, alors que son but n'était pas là. Il voulait partager un message, mais il l'a fait d'une façon plus que maladroite.

Scumbag Steve, ou celui qui se moque du monde. "Est devenu célèbre entièrement grâce à Internet et aux objets technologiques / Fait une vidéo contre la montée de la technologie"

Quoi qu'il en soit, cette inégalité entre propos et personne n'est pas ce qui me dérange le plus. Là où Nill Klemm permettait de présenter la démagogie ainsi que ses tenants et aboutissants, Cyprien permet de signaler la réception d'un tel discours réac'.

Elle tient en deux mots : bonne conscience.

Ce que je trouve remarquable (ou minable), c'est la faculté de la plupart des viewers à être allé dans la direction de Cyprien. Je veux bien qu'il y ait une part d'émotion - le court-métrage est bien réalisé - mais lorsque l'on affirme "Ah la la, c'est vrai que la technologie nous mange petit à petit. On doit revenir à des choses simples" à partir de son iPhone, il y a un problème.
La plupart des commentaires directs suite à la publication de la vidéo font état d'une forme de regret d'un temps passé. Vous savez, il y a cinquante ans, quand on vivait d'eau fraîche, de non-violence, de non-technologie, de lectures sous les arbres, de sourires aux lèvres et d'égalité fraternelle ?
Bien entendu vous ne savez pas, parce que ce temps-là n'a jamais existé. On est dans le fantasme d'une nostalgie démagogique.

Ce discours démago' provoque une crise de "c'était mieux avant", suivi d'un bon passage de pommade de bonne conscience. 
Un tel message s'accompagne des réactions qu'attend un bon Papy démago' : regrette le passé, aujourd'hui c'est la mort qui te guette, c'est la décadence en marche. Seulement, il est bien plus facile de se dire "Oh la la que le monde va mal" que de réagir en conséquence. Ces commentaires s'accompagnent de la plaie de la démagogie : avoir une belle pensée, et ne rien faire derrière. Ainsi, la démagogie du créateur se transforme en hypocrisie pour le spectateur.

"Le monde va mal, non de non. Heureusement, j'ai fait ma bonne action en commentant avec mon téléphone connecté à Internet, avec ma technologie, que tout irait à sa perte si on continue comme ça."

Bravo. Simplement, bravo pour une telle pirouette pour se donner bonne conscience.

Annoying Facebook Girl, ou celle qui gonfle sur les réseaux sociaux. "A vu une critique vidéo contre la technologie / Commente "La technologie, c'est pas bien" sur son iPhone"

Bien entendu, et comme j'ai prévenu dans le premier article de cette série, le ton que j'utilise est acerbe, presque acide. Cependant, je ne crache pas sans comprendre, je ne pose pas sans penser. 

Je comprends l'action louable de recevoir un message, et d'entretenir une ligne de conduite. Le "c'était mieux avant" que je déteste préserve tout de même une vérité que je tiens pour essentielle : n'oublions pas le passé, gardons trace du parcours effectué, sachons d'où nous venons.
Toutefois, penser à cela n'interdit pas de voir le bon dans le présent : au lieu de pester et de crier contre la mauvaise technologie, la chute des résultats en orthographe et le manque de politesse, il faut savoir s'interroger.

Que fais-je pour empêcher la sur-connexion : suis-je moi-même ouvert à l'autre au bon moment (et pas tout le temps) ?

Face à la perte des bonnes manières que je constate, est-ce que moi-même je les respecte ?

Quand je dénonce la pauvreté et l'inégalité, suis-je prompt à tendre la main quand je le peux (et non quand ma conscience ou autrui me l'ordonne) ?

Lorsque je m'avance sur l'utilisation excessive de la technologie par les enfants, est-ce que j'ai moi-même pris soin de poser les limites avec les miens, ou est-ce que moi-même je me pose des limites ?

Je n'ai rien contre les discours, même passés, pour peu qu'ils soient cohérents avec la personne. Et, ainsi, on peut toujours, dire, aujourd'hui : il est plus facile de voir les défauts du voisin, et plus pénible de s'observer dans le miroir.
Mais c'est trop moralisateur, ça. Je préfère cette citation, plus imagée, de quelqu'un dont j'ai oublié le nom.
"La poche avant pour les critiques des autres. La poche arrière pour les critiques de soi", sous-entendus, avec les vieux mouchoirs usés.

Mais, finalement, ce que l'on peut retenir de majeur, c'est qu'il faut cesser de voir le mal partout dans notre présent et de regretter une époque que l'on a pas connue. Nous avons des outils et, comme tout outil, il faut savoir s'en servir. Le monde porte les mêmes travers qu'auparavant, mais on peut s'organiser, on peut avoir du recul, on peut échanger, discuter.

Nous avons une chance à saisir, l'opportunité de faire des actions, au lieu de parler contre le vent.

3 commentaires:

  1. Je viens enfin de voir la vidéo de Cyprien !
    Je suis d'accord, niveau réalisation, jeu d'acteur, scénario et tout, c'est du bon, c'est soigné, pro et bien.
    Après pour le message je suis d'accord avec toi, il y a plein d'incohérence en plus ...
    Mais je me disais (parce que je suis une fille qui réfléchie beaucoup et d'interroge toujours ahah), après tout, est ce que le message est aussi bateau que ça ? En fait, je vois plutôt ça comme une question qu'il se posait et a mis sous forme de vidéo "et si on devenait allergiques à la technologie comment ça se passerait ?" Je ne pense pas après réflexion qu'il ai fait ça pour dire "Aaaaaah la technologie s'est maaaaaaal faut retourner aux valeurs et blablablaaaaa", juste il a mit des mots su un phénomène actuel et s'est interrogé ... et je pense qu'il demande à une grande partie "bauf" (je sais pas si ça s'écrit comme ça XD) de s'interroger.

    On peut très bien vivre avec la technologie sans en être totalement dépendant ! Etre sur les réseaux sociaux mais avoir tout un tas d'activités à côté, sortir, balader dans la nature, partir en voyage, lire des "VRAIS" livres en papiers ... faut juste concilier les deux et ne pas tomber dans les extrêmes, on en revient toujours là !

    Le plus rageant en fait pour moi, c'est les gens dans les commentaires qui font de la philosophie à 2 balles "Pourquoi la viiiiiiie, pourquoiiii la mooooort", bref, tu sens que les gens se sont pas posé les questions existentielles qu'il faut quoi ...
    Après, je ne pense pas qu'il veuille forcément faire la morale, mais juste amener les gens à s'interroger et à prendre du recul vis à vis de la technologie, de cette manie d'être toujours connecté ...Enfin moi maintenant que je l'ai vu je le ressent comme ça =)

    T'AS VU MOI AUSSI JE PEUX FAIRE DES PAVES !!! XD

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    1. Tout à fait, et c'est pour ça que la démagogie est plus forte chez Nill Klemm, ici je retiens une maladresse. Comme tu as dit : il a voulu adresser un message, mais l'a fait de la mauvaise façon.
      Mais, à la fin de la vidéo, on sent quand même une pointe de démagogie.

      Après, le but de cet exemple est de voir surtout la réaction auprès des webspectateurs, et c'est autour de ça que je conclus :)

      Prochainement, on aura le combo de tout, la summum, la crème de la crème, qui rendra le tout vraiment amer dans le ton de l'article :D

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    2. Owi je veux absolument lire ça 8'D

      Du louuurd du du du louuuurd ~ ♪

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