dimanche 15 mars 2015

Hypocrisie et démagogie, ou "Foutez-nous la paix !" : L'illustrateur usurpateur

En tant qu'artiste, on ne peut pas rester comme cet homme. (source gif)

Bonjour à tous !

Pour terminer cette série d'article en trois temps, et après avoir fait en bonus un détour essentiel sur la définition de la subversion, nous arrivons à un exemple qui réunit tous les défauts des précédents créateurs, mais en ajoutant à cela une hypocrisie des plus éhontée.
Disons, pour être franc, que j'ai commencé cette série pour surtout évoquer ce personnage. Si j'ai pu parler de Nill Klemm et Cyprien avec rigueur, j'ai toutefois concédé quelques points positifs dans leurs travaux : après tout, soit la démagogie se justifiait dans la démarche, soit elle n'était pas forcément volontaire, mais elle était surtout galvaudée et reprise à l'excès par des spectateurs.

Le cas que nous nous apprêtons à étudier dépasse les limites du tolérable : on est dans du foutage de gueule à un niveau rarement atteint. Comme dit, si le ton sera acide, je serai le plus juste possible, je n'avancerai rien sans argument.

Penchons-nous sur le cobaye Luis Quiles.

L'huile sur le feu, ou celui qui nourrit ce qu'il est censé abattre

Luis Quiles est un illustrateur au style particulier : il revendique son trait direct, son imagerie provocante et sale, et souhaite signaler les travers d'une génération technophile ainsi que la sur-présence des réseaux sociaux dans notre société.
Ainsi, il se concentre particulièrement sur la dénonciation et la critique : il veut présenter au public la laideur de ce qu'on utilise tous les jours, la face cachée de ce que l'on pense inoffensif.
En d'autres termes, il se place en artiste subversif qui veut renverser les règles d'un ordre social, d'un paradigme établi.

Un exemple de ses productions.

Mais ça, c'est ce qu'il souhaite... Et entre ce qu'il souhaite et ce qu'il fait...

Relâchons le kraken : décortiquons sa démarche artistique.

Luis Quiles est un démago' de la pire espèce : non content de critiquer les réseaux sociaux et les risques d'Internet, celui-ci ne dépend que de ces ressources technologiques. Sa page Facebook compte plus d'une centaine de milliers de followers, il a aussi utilisé le financement participatif afin de lancer son projet d'artbook. Je ne vais pas enfoncer une porte ouverte : mais comment veux-tu dénoncer et avoir de la crédibilité si tout ce que tu as, tu le dois à ce que tu critiques ?
Quiles passe pour un sale gosse : celui qui doit tout à Internet, mais qui avance qu'Internet est démoniaque.
Autant Cyprien avait le bénéfice de faire sa première création personnelle, et de débuter. Autant Quiles avoue vouloir faire tomber les travers du Net.

Je veux bien transiger, et dire : "Oui, on peut dénoncer le Net par le biais d'Internet. On peut avancer l'idée qu'il y a du bon et du mauvais."
Sauf que Quiles se moque de nous.
Dans plusieurs de ses travaux, il rend ridicule la quête du "like", et avance une esthétique dérangeante autour des filles désabusées dans le cercle pervers et pornographique de la recherche du buzz. Il veut vraiment nous faire passer le message que les réseaux sociaux et leur effet "je veux qu'on me remarque" poussent le narcissisme à aller dans des comportements indignes.
Sauf que lui aussi est dans une grosse quête du like ! Il est du genre à s'émoustiller et à être ravi lorsque la page "Unofficial : Banksy" a liké un de ses travaux. De plus, il a un tel manque de prise de recul qu'il ne voit pas qu'il est totalement à l'opposé de Banksy d'avoir une page Facebook : celle-ci est non-officielle. Alors qu'il dise "Banksy aime mon travail" prouve à quel point il cherche le like sans même tenter de comprendre si, oui ou non, ce point est légitime.
Mais concernant ce manque de distance, on y reviendra après. De fait, ce qu'il fait, c'est cracher dans la soupe, et la saupoudrer d'une dose massive d'hypocrisie : comment peut-on décemment dire "Facebook pousse à l'indécence par le like à tout va" si toi-même tu adores avoir du like et semble en chercher davantage ?!

L'hypocrisie en une image : son travail dénonce les "pipes" virtuelles pour avoir du like, mais lui-même est ravi du like obtenu, et en fait une publication.

Il nourrit ce qu'il dénonce, diffuse ce qu'il est censé combattre.

Là où ça va plus loin, c'est que cet "artiste" prétend défendre la condition féminine par la diabolisation de la pornographie et la volonté de flinguer les risques et dangers de cette culture déviante et malsaine. Sauf qu'il est lui-même dans cette démarche de like par le porno : autant les poses suggestives de ses personnages sont pour la dénonciation, mais comment expliquer le fait qu'il mette, sur sa page Facebook, les photos de sa copine quasiment à poil ?


Un décor de mauvais porno, une demoiselle à la plastique avantageuse largement mise en avant... Quelle est la démarche lorsqu'il poste ça sur sa page ?

On pourrait prétendre que c'est pour partager sa façon de travailler : il prend des photos de sa muse pour peindre ensuite. Soit, mais dans ce cas, il faut revoir la publication ! 
Une seule photo dans une position standard, j'aurais accepté. Mais plusieurs photos dans des positions aguicheuses, surtout en mettant en avant les attributs mammaires de la demoiselle, c'est donner de la culture porno pour avoir du like. C'est mettre en avant une image de la femme non pas en tant que muse, mais en tant qu'objet : "Cette copine, c'est la mienne, regarde ses gros boobs !"

Ce type est une caricature de ce qu'il critique : il dévoile sa copine comme les femmes qu'il souhaite défendre. Mais, non, c'est juste qu'il n'a aucune volonté de défendre la femme, il s'en fiche : il veut du like ! Il veut se faire connaître par la critique du porno, parce que ça passe bien, c'est démago. Il veut qu'on l'aime, d'ailleurs il est heureux quand on le remarque, en témoigne l'exemple avec la page de Banksy.

J'y vois un pervers narcissique, ni plus ni moins.

"Mais tu ne comprends pas, il fait de la subversion !"
Pas du tout !
PG Porn subvertit le porno avec un génie absolu : il en prend les codes et les renverse, en tordant le sexuel en comédie. Quiles ne renverse rien, ne remet aucunement en question les codes du système : c'est un gusse qui utilise les réseaux sociaux pour se faire connaître, qui passe par des messages éculés et déjà-vus. La critique de la culture porno ne date pas d'aujourd'hui : le Violent Pornography de System of a Down le fait parfaitement en 3 minutes. Ils critiquent le porno encore plus efficacement qu'en 22 dessins, avec la répétition appuyée, le dérangeant dans la musique singulière et les chants particuliers.



Outre son message des plus pauvres, il met en avant le physique de sa copine pour attirer les Internautes comme du papier tue-mouche. Ainsi, j'estime son "art" comme nocif : il se fait passer pour ce qu'il n'est pas.
Cet homme n'est pas subversif : sa critique des réseaux sociaux ne tient pas debout et se contente du strict minimum, d'autant qu'elle ne suit pas avec une action revendicative. Il ne guide pas le spectateur en vue de le diriger ailleurs et de le conduire à reconsidérer le système : il le fait rentrer dans un système pourrissant de pseudo-bonne conscience, de démagogie folâtrée et faisandée. Les personnes se retrouvent alors, de façon paradoxale, à recevoir un message anti-porno tout en ayant un déballage des nichons de la demoiselle.
Ce qui caractérise au mieux ce type, c'est cette illustration ci-dessous censée être second degré... Il parle ici de "ne pas se prendre au sérieux", sauf que, derrière, nous avons l'idée de diffuser "un message profond". Mais, non, cet homme n'a aucune profondeur : message éculé, démagogie non-réfléchie, paradoxe dans sa démarche, aucune prise de recul. Il n'a aucunement les qualités d'un artiste : il cherche juste à se faire mousser.



On pourrait encore une fois me dire que j'ai tort de m'acharner sur Luis Quiles. Mais j'ai réalisé cet article dans le but de signaler que, pour certains, l'hypocrisie va trop loin : dénoncer un fait en le nourrissant derrière est honteux. Se placer en subversif en réalisant un convenu des plus plats est abject, qui plus est avec une absence de réel esthétisme. C'est inadmissible. 
Parce que je ne vous ai pas dit : ce gars est capable de poster trois fois la même illustration, juste en changeant un élément. 

Voici l'illustration en question.



Ce type est fainéant à ce point que, pour les événements de Charlie Hebdo, il s'est contenté de prendre un vieux truc de son Portfolio en ajoutant une bulle à la con : mieux vaut ne rien faire dans ce cas, la démagogie est flairée à plusieurs kilomètres ! 


"J'ai mis une bulle pour montrer que je fais comme les autres, et ça me donnera du crédit auprès des gens", voilà comment je le perçois !

Son style est figé, il ne cherche pas à se dépasser en tant qu'artiste : il n'y a rien, absolument RIEN à garder chez lui. Si bien qu'il a "réalisé" ceci.


Sauf qu'on ne peut que donner raison à Deviant Art : comme on le voit dans sa démarche de "déballage", et comme nous l'avons observé en prenant un minimum de recul, il participe à cette culture du porno. Par ailleurs, cette réaction signale tout à fait l'état d'esprit de cet homme : il ne se remet absolument pas en question. Il ne s'interroge pas, il reste dans ses carcans pourrissants. Bien entendu, s'affirmer fait partie des qualités d'artistes. Mais un réel artiste doit chercher à se dépasser et pour cela il doit y avoir une remise en question de soi. Si un créateur ne se remet jamais en question, il ne mérite pas ce statut : il se moque du monde et sert la même tambouille par confort.
Son travail est abject, aussi bien dans le message non-assumé, dans la démarche paradoxale et dans le processus créatif.

Pourtant, et pire encore, il trompe son public : certains le considèrent comme subversif, comme talentueux et inédit. Rien de tout cela : il fait le buzz à un moment, mais il ne restera rien de sa critique, rien de son message. Parce qu'il n'y a aucune esthétique, aucune recherche, aucune volonté sur le long-terme : c'est la quête du like, le pornographisme de la femme et la démagogie comme direction à prendre pour suivre le vent de l'opinion.

Lorsque le vent aura tourné, son naufrage sera imminent.

BONUS : encore plus de démagogie dans cet article concernant l'Homme et la nature.

5 commentaires:

  1. Le coup de la censure sur DA ça fait débat, c'est clair. Parfois elle s'applique pour des illu' qui n'en n'ont pas vraiment besoin, mais pour des trucs à la limite du vulgaire comme ici ça a son intérêt !
    Après, niveau technique, rien à dire sur lui, mais c'est surtout sur le message à faire passer. On est vraiment obligé de faire du provoc' et du choquant pour être considéré comme un "bon artiste" ???? Enfin, je veux dire non, mais oh mais ... j'en perds mes mots XD
    Enfin, on en avait déjà bien parlé de tout ça tous les deux, et tu connais mon point de vu ;D

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    1. Techniquement, j'estime que c'est très plat : vu le personnage, il n'y a pas de volonté de se dépasser, de s'interroger sur son art et sa pratique. Ca se ressent dans ses productions : tout se ressemble, il n'y a pas de réelle recherche, de démarche approfondie.

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  2. Ah, et en relisant ton article, ça m'a rappelé le clip d'une chanson que j'ai trouvé lors de ces nombreuses fois où je me perds de lien en lien sur Youtube.

    https://www.youtube.com/watch?v=uHF3X8tQYPU

    Ça soulève encore plein de choses hein, mais on est vraiment obligé de faire un clip comme ça pour faire passer des messages ???? HEIN ???
    (y a juste le beat que j'aime bien ... après les paroles ... on en parlera tous les 2 XD)

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    1. Un message ? Quel message ?
      Il n'y en a aucun dans ce clip XD A moins qu'il ne m'échappe. ;)

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    2. Bha chais pas XD Genre "Je suis une femme libérée qui s'assume et blablablaaaaaa beuuuuaaargh"

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