samedi 22 août 2015

Tonton Death Metal et la société : La liberté d'expression et d'opinion

La marche des pensées : de leurs pas résonnent les espoirs. (source)

Bonjour à tous !

Après les évènements de Charlie Hebdo, plusieurs réactions ont été suscitées : la crainte, l'incompréhension, la résistance ou, parfois, l'indifférence, comme si on s'y attendait. Certains ont été touchés, d'autres ont vu ici quelque chose d'évident.
Ca a été l'occasion à Internet de bouger dans tous les sens. Et si j'ai eu, moi-même, une réaction qui n'a pas été comprise, on m'a tout de même permis de l'exprimer. Certains, en revanche, scandent qu'on bride leur opinion, qu'on leur empêche de diffuser leurs croyances. Prenons pour exemple Giuseppe Torenzio, que je ne connais absolument pas en tant que vidéaste, et que j'ai découvert au hasard sur cette vidéo traitant, sur la base du "Je suis Charlie", des limites des termes "liberté d'opinion".

Déjà, je vais être clair : même si je vais traiter un peu philosophie, je ne me dis en aucun cas philosophe ou autre. Je me permets de commenter et de prendre du recul sur les messages les plus courants, comme pour la démagogie.
Aussi, je ne partage aucunement les propos de Giuseppe Torenzio : il me sert de matériau pour avancer dans l'article.

C'est parti.

Les limites du "je pense et dis c'que j'veux !"

Dans cette vidéo ci-dessus, Giuseppe explique que, si la liberté d'opinion existe, il a le droit de croire en Dieu et de penser que l'homosexualité - et donc le mariage pour tous - est contre-nature. Il évoque que les excuses des médias et des docteurs, tels que les molécules et le fait que le règne animal fasse de l'homosexualité, ne sont pas acceptables. A ce train-là, même la pédophilie et l'inceste peuvent être justifiés dans la mesure où le règne animal effectue ces pratiques.
Et voilà ce qui me fait réagir : le raccourci "pédé vers pédo".
Ceci est un argument de masse utilisé par les anti-mariage pour tous, et n'est pas valable. Mais, afin d'organiser le propos, je vais d'abord faire un tour auprès de la "liberté d'opinion" pour montrer ensuite pourquoi j'estime cet argument comme non-recevable.

"Qu'est-ce que la liberté ?" en résumé

Source
Quand on parle de liberté, vous avez tous cette idée en tête :

"La liberté des uns s'arrête où commence celle des autres."
Non, je ne pensais pas à cette phrase qui est assez égoïste car elle place l'accent sous le fait que les autres empêchent ma liberté...
Vous avez cette idée :

"Chaque homme peut jouir de ses libertés tant qu'il ne gêne pas la liberté d'autrui."

En d'autres termes, cette phrase, qui résume une idée de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen que la liberté est ce que tout homme peut faire tant que ça ne nuit pas à autrui, signale que je suis libre, tant que je ne fais pas chier les autres, tant que je respecte la dignité de l'autre. Je ne peux pas faire ce dont j'ai envie si, justement, ce que je veux va déranger quelqu'un et compromettre son intégrité. Du coup, je ne peux pas me mettre à poil dans la rue, dans la mesure où la liberté d'opinion de certains implique la sacralisation du corps : me montrer nu serait une insulte à leurs croyances.
Dans cette vidéo ci-dessous, Giuseppe Torenzio évoque rapidement cette distinction : tuer pour sa croyance n'est pas acte de liberté, car on va à l'encontre de la dignité de l'autre. Il explique aussi ne pas accepter que l'on se moque de toute foi. Se moquer ouvertement d'un culte reviendrait à railler ceux qui y croient.



Le problème de la pratique que je viens de donner en exemple avec le fait de se mettre à poil dans la rue, est que je donne à voir et, de fait, que j'impose de manière indirecte. C'est comme cracher sa fumée à la tronche de quelqu'un qui dit ne pas supporter la fumée de cigarettes : c'est un manque total de respect envers l'individu que j'ai en face de moi.
Généraliser la pratique d'extrémistes à un ensemble, religieux ou non, revient à manquer de respect, à bafouiller la dignité de celui qui n'a rien demandé et qui est dans cet ensemble.

Retour vers le raccourci "pédé vers pédo"

"Agrou agrou ! Ma société change et je fais des amalgames sans même essayer de comprendre... Peut-être que je suis de droite ?!" (image issue de cet article)

Dans le cas du mariage pour tous, la liberté est que chacun peut vivre son amour tant que ça ne détruit pas la dignité de la personne, à savoir la sécurité physique, morale, psychique et affective d'autrui. Quand un homme aime un homme, ou une femme aime une femme, il n'y a pas destruction de l'individu : chacun respecte la dignité de l'autre. Au contraire, imposer à un homosexuel d'épouser un individu du sexe opposé est lui imposer un besoin physiologique qui n'est pas le sien, et ainsi aller contre sa sécurité affective.
Après, je ne parle pas, là, de l'éducation qui conduit à réprimer les caprices - on est, avec la gestion des caprices, dans un but de calmer des pulsions qui, souvent, nous dépassent. On parle, avec le mariage pour tous, de quelque chose de bien précis qui n'a rien à voir avec un caprice.
Maintenant, nous pouvons revenir auprès de l'argument du monsieur et de ce maire UMP : si on accepte la pédérastie, on peut aller vers l'acceptation de la pédophilie avec des excuses scientifiques.
Un des premiers cours de philosophie en terminale enseigne cet élément crucial : un groupe d'hommes devient civilisation par la prohibition de l'inceste et de la pédophilie. Ceci est le rempart primordial à toute culture, car elle s'inscrit, de ce fait, dans une posture de réflexion sur la dignité et l'intégrité d'autrui. Cette pensée a été construite par des anthropologues et ethnologues, notamment Claude Lévi-Strauss.
Ainsi, que penser de l'homosexualité ? En soi, on peut penser que, dans une époque passée où la mortalité infantile est courante et où les personnes ne vivent pas longtemps, il a été difficile d'assurer la lignée de l'espèce humaine. Dans cette situation, puisqu'il faut de la main d’œuvre pour cueillir, chasser, manufacturer etc, il fallait faire en sorte qu'hommes et femmes procréent. Interdire, bannir et traquer l'homosexualité, tout en mettant en avant l'importance d'une famille bien respectueuse des règles, est un bon moyen d'assurer au maximum la survie de l'espèce.
En gros, lorsque le monsieur parle de se méfier des médias, on pourrait très bien rétorquer : "Il faut aussi se méfier des piliers culturels. Les commandements religieux peuvent avoir des justifications pratiques selon les sociétés où ils ont émergé."
Cette posture de méfiance vis-à-vis de tout n'est pas viable, bien entendu. Mais si l'homosexualité, en soi, ne dérange pas l'intégrité d'autrui, la pédophilie, par contre, est entièrement anti-civilisationnelle. Car l'acte même de pédophilie va à l'encontre de la dignité de l'enfant : il y a une différence de connaissance et de formation entre un adulte et un enfant. Il ne peut, dans ce cas, y avoir de réel consentement.
Donc, non, accepter l'homosexualité ne conduira pas à accepter le viol etc.

 Interlude humoristique par rapport à ce que j'ai mis pour le maire UMP

Opinions VS libertés : une lutte légitime ?

Enfin, il faut revenir sur un point important : le mariage pour tous va-t-il contre la liberté d'opinion ? Et est-ce que se montrer en tant que couple homosexuel dérange autrui si quelqu'un est contre ça ?
Bien entendu, rien n'empêche tout un chacun d'avoir ses convictions. Seulement, si on a le droit à l'opinion libre, il est formellement interdit de faire du prosélytisme, de l'apologie : en d'autres termes, si on peut avancer ses arguments et débattre, il nous est impossible par la loi de forcer des gens à croire en quelque chose.
J'en veux pour preuve le terme de "laïcité", souvent galvaudé et mal employé ces derniers temps. Je peux témoigner en tant qu'enseignant : "laïque" ne signifie pas "sans religion".
Si, lors de la 3ème République, le  but avoué était d'opposer à l'enseignement religieux un pouvoir gouvernemental, une éducation républicaine, via une lutte de pouvoirs qui dépassait les individus, le mot "laïcité" était lié à cette opposition.
Aujourd'hui, "laïque" signifie bel et bien "accepter les croyances de tous sans prosélytisme". Il n'y a absolument aucun objectif d'annihiler les croyances, puisque chacun a le droit à la liberté d'opinion et de culte. En revanche, il est hors de question de faire la glorification de tel ou tel culte.
En tant qu'enseignant, je ne suis pas habilité à parler de religion. Toutefois, un enfant a le droit d'avoir des croyances, et doit respecter celles des autres. Ainsi, lorsque l'on étudie en histoire l'émergence du christianisme et de l'Islam, nous sommes dans une démarche historique d'interroger une société en mutation. Émergent alors des questions, inévitables : "Dois-je croire en Dieu ou en Allah ?"
La réponse laïque n'est pas "ne crois pas", mais : "Nous n'avons pas la réponse : tu as le droit de croire en Allah ou en Dieu, ça ne regarde que toi."


Exactement ce que j'ai expliqué : les choses ont changé. (source)

L'homosexualité, c'est pareil. Le mariage pour tous ne dérange pas en soi la liberté d'opinion : tu as le droit de trouver cela contre-nature. Par ailleurs, il ne faut pas faire d'amalgames rapides, comme vu avec le coup des "molécules" etc. Le mariage pour tous ne remet pas en cause la dignité humaine.
Cependant, avec cet exemple, on peut observer deux attitudes inadmissibles dans le cadre du respect de la liberté :
- côté anti-mariage pour tous : tu ne peux pas forcer quelqu'un à aller à l'encontre de son choix ou de ses préférences. Décider de l'inclination de l'un revient à lui imposer des croyances : c'est vouloir altérer, détruire sa liberté.
- côté pour-mariage pour tous : encore une fois, pas de prosélytisme ni de provocation. Ce n'est pas parce que l'opposant semble "arriéré" dans son système de pensées que l'on doit le lui signaler. Il ne partage pas le même point de vue : tant qu'il respecte l'intégrité et la dignité des homosexuels, il n'y a aucune raison de le provoquer et de l'empêcher de s'exprimer.

En effet, selon la logique qu'on ne peut en aucun cas aller à l'encontre de la dignité d'autrui, imposer une croyance, c'est refuser le droit de l'autre à penser : c'est détruire sa dignité affective.

Et ceci vaut à tous les niveaux. Dans tous les cas, et peu importe la situation, l'extrémisme, la radicalisation, l'enfermement, le cloisonnement, tout ceci n'est pas une solution viable. La violence appelle la violence. La haine conduit à la haine.
Tu te plains qu'on ne te permet pas d'exprimer librement ton opinion ? As-tu au moins pris le temps, même minime, pour voir si la façon dont tu t'exprimes respecte la dignité des autres ? Est-ce que ce que tu dénonces comme grave et inadmissible va réellement à l'encontre de l'intégrité de l'Homme ?


Finalement, ce que l'on peut voir, c'est que cet homme dit "partager ses vérités". Dans tous les cas, il n'y a pas de réponse gravée dans le marbre de façon immuable, il n'y a pas de vérité absolue. Comme l'affirment les maîtres bouddhistes, la vérité se trouve dans l'ensemble des discours, dans l'ensemble des croyances. La vérité n'a pas qu'un seul nom.
Bien entendu, on peut croire en ce qui nous semble le plus juste. Mais il ne faudrait pas confondre liberté d'opinion et intolérance. On a le droit de ne pas accepter le mariage pour tous, par exemple - on est libre de ça et de l'exprimer. Toutefois, on ne peut pas accepter que des actions répressives, et contre la dignité des personnes qui ne croient pas comme nous, soient effectuées.
Comme le disent les enfants : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse.

Et, surtout, n'oubliez pas  : prenez du recul, faîtes attention aux amalgames. 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Une réaction ? Un commentaire particulier ? Faîtes-moi savoir : partagez !