samedi 10 octobre 2015

Tonton Death Metal et la société : Les raccourcis et les détours de pensées


"Pas de panique Jean-Pierre, réfléchir plutôt !" (source)

Bonjour à tous !

Vous le voyez, depuis que, sur mon blog, j'ai terminé de présenter mon boulot et depuis que j'ai dépassé une année un peu compliquée, on évoque des sujets et on interroge des éléments de société. En quoi le Metal n'est pas une musique de merde ? Qu'est-ce qui fait que le jeu vidéo n'est pas un loisir d'attardés asociaux ? Où se situe l'hypocrisie ?

En gros, on parcourt des sujets pour lesquels les clichés sont légions, et pour lesquels on peut faire dire tout et son contraire, notamment par la magie des raccourcis et des détours !
Ça peut être pratique, ces raccourcis ou détours : ça permet d'arriver plus vite quelque part, ou bien d'emprunter un itinéraire différent pour profiter d'une autre vue, d'une autre chemin parfois plus agréable, même si plus long...

Mais on va voir que ce qui vaut pour un trajet physique colle tout à fait à une réflexion.
Je le dis souvent, et je vous y invite dès que possible : méfiez-vous des discours généralistes. J'ai cette tendance à vouloir à tout prix prendre du recul avec les média et leurs raccourcis unilatéraux qui semblent affirmer: "C'est comme ça et pas autrement".
Mais quelqu'un de bien observateur pourrait me rétorquer : "Tu dis qu'il faut préserver son esprit critique, mais toi aussi tu donnes des chemins à suivre !" Sauf que je n'impose pas.

Un problème majeur des médias généralistes est que, justement, ils généralisent. Cela signifie qu'on ignore au maximum les particularités, et on sélectionne des cas précis pour répondre à une attente ou à une question, dans tous les cas pour faire vendre.
Lorsqu'un journal, télévisé ou traditionnel, signale en premier lieu : "Accident mortel en "cite-un-pays-au-pif", ce n'est pas pour éveiller la conscience collective et proposer aux personnes un moyen d'être informé sur les incidents du monde. L'annonce a pour but d'attirer, comme une belle vitrine. Quand on scande en une, on veut attirer la curiosité : "Comment, qu'est-ce qu'il s'est passé ?!"
Plus c'est dans le scandale, plus ça attire, plus ça fait de l'audience ou des ventes.
Si les médias ont pour but lointain d'informer, l'essentiel est de vendre. Ce que je critique là-dedans, c'est que, pour tenir les personnes en haleine, des procédés narratifs sont usés, comme pour un roman : annonce choc, attente, sensibilisation exagérée pour créer de la pitié, de la colère ou toute autre émotion qui fera que le spectateur va rester.

Seulement, on se retrouve à ingurgiter des informations erronées ou amputées pour que ça rentre dans un format imposé. Et on se retrouve avec le cas qui sert d'introduction à cette vidéo de Dirty Biology.

"Sur Youtube, il n'y a que des gens incultes... Vraiment ?"

Lors d'une émission à la radio, le média Internet, notamment Youtube, est critiqué en affirmant que cela rabaisse globalement le niveau culturel. Autrement dit, Internet c'est con et ça rend con, car les idées qui sont partagées ainsi ne le sont pas par une élite, mais par n'importe qui - et n'importe qui est con, par définition.
Pour illustrer leur propos, non seulement ils ont pris un Youtubeur en cible (le pauvre n'avait rien demandé), mais en plus ils ont sélectionné un seul cas pour en faire une généralité. Vous voyez où je veux en venir ?
Pour que l'idée qui va faire tenir le spectateur puisse rentrer dans le format, pas de temps à perdre à être exhaustif. On a ce vidéaste, et on va dire que TOUS les vidéastes abaissent le niveau de conscience. Exit ce qui est Crossed, Dirty Biology, Estheth'Geek, qui sont d'autres émissions Internet au contenu intéressant.
Mais est-ce que la radio ou la télé sont les endroits pour être exhaustifs, précis et, surtout, justes ? Pas forcément.

"De l'art expliqué par une personne qui n'est pas de l'élite ? Impossible !"

Ces médias sont fermés, avec un planning serré : il y a beaucoup de choses à caser sans avoir un maximum de temps. Il faut donc des raccourcis et des détours pour pouvoir parler d'un sujet, quitte à tordre la réalité. Autre problème, c'est que ce sont des médias qui imposent : tu suis leur ligne éditoriale, leurs argumentaires. Internet, à côté, permet un accès à tout, tout le temps, dans des formats libres : à chacun de sélectionner et de faire sa propre programmation.

Et ce n'est pas plus mal ! C'est en partie à cause de tels raccourcis de pensées qu'on se retrouve avec des inepties incroyables : prenez le cas d'un groupe de Black Metal underground (c'est à dire mal enregistré) et sataniste, et dîtes que tout le Metal est sataniste, violent, laid à entendre, sans aucune recherche musicale car basée sur des clichés de la culture satanique.
Alors, déjà, au sein du Black Metal, on ignore ainsi tout ce qui est Folk Black Metal, qui utilise des instruments assez inattendus, tel Finsterforst et la place prépondérante de l'accordéon sur leur premier album, ou des instruments à vent et des rythmes exotiques avec Equilibrium. C'est aussi ignorer des pans entiers d'une culture dont on n'a même pas cherché à approfondir quoi que ce soit pour préserver son argumentaire fermé.


On va ignorer les Opéra Metal d'Ayreon, les envolées mélodiques de Symphony X, le travail hallucinant de composition de Chuck Schuldiner sur Death et Control Denied. On va préjuger pour donner à préjuger. Prémâcher le plus possible pour que le spectateur n'ait plus qu'à avaler, et à vomir aussitôt.

La démagobox ! (source)
L'autre problème des médias traditionnels, comme montré par Dirty Biology, c'est qu'ils sont dirigés par une élite. Une élite défend des idées qui ne sont pas celles de tous. Et si l'élite a des avantages avec la culture traditionnelle, le message qu'ils transmettront, lui, sera traditionaliste. C'est-à-dire que si longtemps le jeu vidéo et la musique populaire émergente (Rap, Techno ou Metal) étaient mal-jugés et dépréciés de la plupart des personnes, c'était à cause de cette élite, en partie. Pourquoi ?
Imaginez que, dans votre part d'audimat, vous avez une forte part qui vient de personnes qui votent pour un certain parti politique, qui ont une certaine tranche d'âge, avec un certain type de famille. Toutes ces informations sociales et sociétales vont permettre de dresser une liste d'attentes et d'éléments culturels communs sur lesquels se baser pour fidéliser la clientèle. Laquelle se dira : "C'est tout à fait ce que je pense !"
Si votre part d'audimat refuse l'immigration, les rassemblements de jeunes, la culture émergente et populaire, les programmes et les reportages seront commandés pour aller dans le sens du vent. Les nouvelles seront choisies et tordues légèrement que qu'elles disent qu'Internet, c'est mal, que la culture qui vient peu à peu est néfaste, et que les étrangers nous volent notre travail et nous vident les caisses.
Ce sont ces mêmes médias qui nourriront des argumentaires fermés, basés sur des cas particuliers pour faire des généralités.
On peut le voir facilement : prenez une même nouvelle, comme ce cas de cette femme qui a combattu des hommes du Daech. Rien ne dit d'elle qu'elle est une Jeanne d'Arc ou quoi que ce soit. Mais des médias orientés l'ont fait, pour partager une culture commune avec leur cible, leur clientèle. Quitte à dire qu'elle est morte, seule face à 50 hommes, alors que Le Monde affirme qu'elle a été tuée par un sniper, sans préciser quoi que ce soit si ce n'est qu'elle prêtait main forte à des combattants. Ce journal, d'ailleurs, dresse une image qui, comme ils le disent, à quelque chose à voir avec le fait "d'invoquer". Ils parlent de la construction d'un symbole, d'un combat, tandis que ripostelaïque en fait déjà un symbole tout prêt à être ingurgité.
Ce n'est pas nouveau, et vous le savez sans doute : dans l'information, un même fait peut être interprété de multiples façons. Et c'est bien ça le problème. L'information est interprétation, il faut donc savoir réinterpréter, prendre du recul pour bien percevoir.

La prochaine fois qu'un message est diffusé en masse sur les réseaux sociaux, ou lorsqu'un reportage semble bien orienté, demandez-vous quel est l'objectif derrière. Lorsque le monde semble pourri jusqu'à la moelle, que l'insécurité est mise en avant, que l'imbécilité apparaît comme omniprésente, essayez de voir quel est le message. Faire un état des lieux déplorable du gouvernement actuel en vue de prochaine élections ? Mettre à mal la conscience du spectateur pour lui donner, en guise de "nouvelle positive", la dernière sortie d'un artiste soutenu par le groupe qui détient la chaîne du JT ? Ou simplement saborder la concurrence, comme avec le cas observé par Dirty Biology, afin d'assurer la suprématie d'un média en difficulté ?
Les raisons sont nombreuses, mais l'effet est le même : l'information joue d'effets, et n'est rarement gratuite. Qu'elle soit spectaculaire et contre-productive sur BFMTV, ou une vitrine déguisée sous un même schéma de "catastrophe - fait divers - publicité" sur le 19.45, il faut garder à l'esprit qu'Internet est disponible, et permet en quelques instants de faire l'inventaire rapide des interprétations.
Et de voir que la vérité n'est pas aussi simple que ce qu'envoient la télé ou la radio.

"Cherchez sur Internet tous les éléments argumentaires avant de vous faire votre propre idée." (source)

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