samedi 7 novembre 2015

Tonton Death Metal et la société : Identité, culture et fausses routes

Suivre les autres ne conduit pas forcément au chic. (source)
 
Bonjour à tous !

Dans la vie, il y a plusieurs étapes. Parmi elle se trouve la confusion de l'adolescence, que certains oublient vite. Pourquoi ? Car on peut très souvent entendre de la bouche d'adulte que c'est "l'âge bête", "l'ingratitude généralisée" ou bien "le manque de respect à tous les étages".
Seulement, ces adultes ont peut-être perdu à l'esprit que, eux aussi, ont été adolescents. Et si je démarre cet article par cette idée, c'est que l'adolescence est, comme l'enfance, un moment crucial dans la constitution de l'identité : après avoir baigné dans une culture restreinte, le champ d'ouverture s'élargit, d'autres possibilités s'offre à la personne. A celle-ci de faire son choix, de sélectionner, de devenir lui ou elle.
La constitution de son identité relève de l'aventure. Elle est semée d'embûches, de pièges, parfois dont on ne sort pas. Et c'est de cela que nous allons traiter aujourd'hui : par quels moyens le grand bain de la culture peut conduire celui qui conçoit son identité vers des fausses routes ?

"Tous les ados sont en crise !" (source)

Arrivé à l'adolescence, encore plus avec Internet, l'enfant se trouve confronté à énormément de modèles et de voies à suivre. Il est donc idiot de tout balayer en affirmant que c'est un "âge bête". Il faut saisir l'importance d'une recherche de place et d'identité là où le bruit est très présent : bruit de plusieurs succès alors qu'on cherche son orientation professionnelle, braillements médiatiques et effets spectaculaires vomis à tout bout de champ alors qu'on tend à vouloir espérer le meilleur. Quand on voit que le meilleur, certains l'ont on ne sait comment, il y a de quoi conduire à tout. "Je veux m'affirmer, être moi." Tout ceci brouille et fait rentrer dans une confusion.
Je ne vous enseigne rien : cette quête d'identité devient une quête de singularité. Face à tout ce qui se fait, certains cherchent à se démarquer, à être original à tout prix, à montrer qui il est à coups de poing sur la table.
"Prouve que tu existes !"
Cela peut être un adepte du numérique, un aficionado de sport, un fan d'un musicien, un grand amateur d'un genre musical, un bouffeur de films etc : tous ont en commun cette recherche d'être unique, singulier, d'affirmer son identité et ses goûts.
La culture devient alors un élément crucial. Pour se lancer au mieux dans sa recherche, on tend, à cet âge, à aller vers des cercles précis, à s'intégrer auprès de ceux qui peuvent partager nos mêmes centres d'intérêt. Comme dit, l'enfant évolue en premier lieu dans le cercle fermé de la famille et de l'école, et s'ouvre peu à peu. De la même sorte, il quitte une forme de culture populaire et tend à découvrir des cultures émergentes ou alternatives, lesquelles sont plus ou moins bien perçues.
C'est bien cet accès à une culture particulière qui pose de multiples problèmes :
- comment montrer que la culture que j'aime n'a rien à envier à la culture populaire ?
- comment être moi-même et singulier au sein d'un groupe ?
- comment avoir sa place dans une culture qui a de multiples facettes ?


Le culturisme, c'est important ! (source)

Quand on s'inscrit dans un groupe, s'impose une barrière : en premier, je quitte un cocon et me lance dans mon affirmation.
L'identité enclenche souvent une recherche par rapport à une exclusion de la culture populaire : on rejette cette "pop" pour se diriger vers de "l'anticonformiste". Je mets cette expression entre guillemets, car je parlerais plutôt d'alterconformisme, une autre conformité. En soi, toute culture a un certain conformisme, un ensemble de règles à suivre
Accéder à une nouvelle culture qui nous était jusqu'alors inconnue, ce n'est pas refuser la culture populaire, mais refuser l'exclusion que j'ai pu ressentir face à une culture de masse dans laquelle je ne me reconnais pas. Si je n'apprécie pas la culture populaire et si je m'en suis détourné, c'est pour trouver autre chose ailleurs, trouver ma place.
S'en suit une sur-affirmation de son côté rebelle et déviant différent des autres : "Je suis metalleux parce que ..." ou "Je suis geek parce que" et je t'aligne des tas de clichés et lieux communs. Le but étant de chercher l'approbation de la culture visée plus qu'autre chose.
"Je rejette ça tout comme toi".
On se retrouve alors avec deux figures : le "kikoo", le "newbie", le nouveau venu qui prend texto des éléments clichés et convenus de la culture visée (pour le Metal : s'afficher avec du Slipknot, Metallica, avec des bracelets cloutés juste parce que c'est cool, et changer après quelques années) et l'élite, le "vrai", celui qui toise le nouveau en lui disant "t'es à côté". Preuve que chaque culture a ses règles, que chacune a une certaine conformité.

 Définition de la culture geek, des ses particularités, de son lien avec la culture populaire, observation par rapport à d'autres cultures... Tout est dit !!

Il y a donc une tension : pour me situer, je me détourne d'une culture tout en cherchant à m'en approcher d'une autre pour me sentir intégré et singulier. Rien n'est simple ! De ce fait, être geek ne signifie pas collectionner des peluches et des figurines, comme amateur de Metal n'a rien à voir avec la violence et la volonté d'en mettre plein la gueule. Une culture, si on peut l'emprunter au départ, doit être intégrée ou comprise, sinon on passe pour un blaireau, pour quelqu'un qui ne fait que mimer, et on n'est pas pris au sérieux.
Toutefois, comme dit plus tôt et présenté dans d'autres articles, ce sont ceux qui hurlent le plus fort qui sont entendus. Un pan majoritaire de n'importe quelle culture va imposer sa vision des choses, remplie de lieux communs et de clichés.

Face à ces clichés diffusés par la majorité se joue alors une lutte entre des cultures : "La mienne est mieux que la tienne, toi tu restes enfermé, perdu dans ton monde". Cette critique est souvent lancée envers les joueurs ou lecteurs, sauf que quelqu'un qui se dit "Beyoncé" et tout autant dans la virtualité qu'un dévoreur de jeux vidéo ou de livres.


Tu es Beyoncé, mais tu restes toi-même... Bien ton trip ?

On se retrouve ainsi dans les fausses routes. Si je veux intégrer une culture mais que je reste au degré zéro, à l'étage de simplement "m'intégrer sans intérioriser", je participe à l'expansion de stéréotypes. Parce que ceux-ci sont confortables, conformistes, je m'y tiens. Et c'est bien là toute la difficulté en tant qu'être, comme dit "être différent, comme tout le monde". Ce paradoxe signale bien que, si je suis intégré dans un tout, chaque culture a quelque chose à apporter, et rien n'est entièrement clos.
Le risque est de se piéger, de s'enfermer : la culture populaire n'est pas mauvaise en soi, ceux qui ne jurent que par ça, comme ceux qui ne jurent que par le discours majoritaire, s'emprisonnent dans des carcans pré-conçus. Rien n'empêche un fana de sport d'apprécier Les Reines du Shopping. Ce n'est pas parce que les autres infligent une pression qu'il faut rougir. Il faut au contraire saisir cette occasion de s'affirmer, quitte à se détourner à nouveau de la culture que l'on pensait correcte.

Finalement, ce thème de la recherche d'identité au sein de toutes les cultures que nous avons à portée conduit à considérer cette même idée cruciale : rien n'est aussi simple qu'on nous le présente, et rien n'est immuable. Il ne faut pas avoir peur si un adolescent plonge le corps entier dans une culture dite "anticonformiste" tant qu'il conserve son esprit critique. L'important, le point absolument critique est celui-ci. Si on trouve sa place, il faut préserver une pensée libre. Je n'ai pas à suivre ou à subir simplement parce que "tout le monde fait ça". Je n'ai pas à cautionner certains actes que je refuse.
Encore une fois, et j'ai l'impression que tout conduit à ça, le point semble être dans la prise de recul.

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