jeudi 11 février 2016

Comment faire pour ... Être un artiste accompli ?

Dali, figure de l'artiste par excellence ! Normal, puisqu'il a tout fait pour devenir un génie : c'était le but de sa vie. (source)
 
Bonjour à tous !

Qu'ils vous énervent par leur réussite fulgurante, ou qu'ils créent en vous l'envie de vous adonner entièrement à ce que votre fibre la plus sensible voudrait vous conduire, que vous leur crachiez dessus par leur attitude ou que vous les adoriez par leurs valeurs, peu importe, les artistes ne laissent pas indifférents. Comme ils se livrent par leurs productions, nous sommes encore plus enclins à les critiquer : ce qu'ils sont définit ce qu'ils font, et vice-versa. Même si de nombreux auteurs ont démenti cette idée, parce qu'ils s'affirmaient capables de faire la différence entre leur identité propre et leur identité d'artiste, on sait tous que c'est faux : quand Claudel a écrit le Soulier de satin, éminemment chrétien, c'est parce que lui-même est un fervent croyant.
Qu'ils parlent, ces artistes, et qu'ils essaient de tout contredire : quand ils s'impliquent autant dans ce qu'ils produisent, ils laissent un peu d'eux-même !

Alors quand ils font de la merde, on s'en donne à cœur joie, pareil quand ils se vautrent en tant que people : "T'as vu ce qu'a dit ce con ?! Pas étonnant que ce qu'il fasse soit aussi pourri !"

Oui, on aime critiquer ces personnalités... Mais, bon, si, parmi nous, certains ont l'honnêteté d'affirmer qu'ils ressentent une pointe de jalousie ou d'envie, comment peut-on faire pour, nous aussi, prétendre au rang "d'artistes" ? Pourquoi certains ont ce privilège, et pas le pécore du coin ?

Vous allez voir que devenir artiste, ce n'est pas donné à tout le monde.

Mais, avant de débuter, je rappelle que les "Comment faire pour ..." sont des articles satiriques : le but est de signaler des clichés, des stéréotypes partagés qu'on entend facilement par-ci par-là, et qui sont véhiculés par les média, notamment. Il y a une part de moquerie envers ces a priori, mais il y a aussi des éléments sérieux pour les détruire - à vous de voir lesquels.

"Mmmmh, y é souis oune artiiiiiiiste !" (source)

Baigner dans un bain de culture, manger du bouillon de culture, avoir des sphères culturelles qui gravitent autour...

A vous d'ajouter d'autres métaphores, mais le point primordial est ici : on ne peut décemment pas être artiste si on vit dans un milieu où l'art et la culture sont totalement absents. Oubliez le mythe du self made man de l'art, c'est absolument faux ! Même le plus contemporain, le plus anti-conformiste des artistes a une base et des références. Les poètes surréalistes ont fait le contrepied de ce qui se faisait à leur époque, les musiciens expérimentaux du Free Jazz puisent forcément dans le Jazz. On ne le dira jamais assez : il n'y pas plus conformiste qu'un anti-conformiste. Car c'est celui qui aura le mieux intégré totalement les tendances afin de s'en affranchir, de s'en défaire.
Donc si vous n'avez pas eu d'éducation pré-natale à la musique, si, durant vos premiers mois, vous n'avez pas eu de chambre tapissée de Magritte ou de Matisse (comme maman), si vous n'avez pas eu comme livre de chevet du Mallarmé, c'est mort-né pour vous ! Jamais vous ne parviendrez à embrasser cette culture contre laquelle il faut se battre. Et c'est essentiel pour le point suivant...

Être marginal !
Un artiste ne peut décemment pas être comme tout le monde, sinon nous aurions une plèbe d'artistes. Si Internet a permis à "Mr Tout-le-monde" de prétendre à être artiste en diffusant facilement son travail, il faut être honnête : un artiste n'est pas comme les autres. Car celui qui veut devenir pleinement artiste fait preuve d'abnégation : il se lance à corps perdu dans son travail. Il va se mettre dans des dispositions très précises, minutieuses, afin de pouvoir créer comme il le souhaite.
Passer autant de temps dans des dispositions intimes, c'est se fermer dans son cocon, rassembler les éléments pour être dans une zone de confort.
Mais un marginal va plus loin : non content de passer la majeure partie de son temps à son art, il va aussi bousculer ces habitudes ! Sa zone de confort, il doit la dépasser pour progresser. Qui d'autre qu'une personne pas comme les autres va chercher à se faire violence ? On en reparlera, mais admettez qu'un artiste, forcément, n'est pas comme les autres personnes.

Vous voyez Dali ? Celui qui, pour l'inauguration d'un parfum nommé "Fracas", est venu balancer un pavé sur la vitre de la boutique 
Dali a passé sa vie à tout faire pour devenir un "génie" : c'était sont objectif absolu ! Lui seul serait l'unique et véritable esthète parmi tous. Donc, non seulement il était marginal, tel un fou qui sortait des choses inattendues et surprenantes, mais il était en plus visionnaire. Car être marginal, c'est à la fois se démarquer dans le présent, mais aussi avoir une vue sur l'avenir. Eh ouais, son pavé sur la vitre, c'est The Brick on the Wall avant l'heure ! Que dire des Pink Floyd, du coup ? Eux aussi, marginaux : ils ont tordu la culture de base du pavé dans la vitre pour faire leur musique si particulière.
Comment ça, aucun rapport ?
Attendez de voir le prochain point.

Ce que devait donner la collaboration Dali-Disney, rétablie en 2003. Comment, quel rapport entre Dali et Disney ? Walt Disney était considéré par Dali comme le plus grand surréaliste de son temps. Pourquoi ? Faire se mouvoir une souris sur un bateau, avec une animation fluide, alors qu'il siffle et que le navire est content de cracher sa vapeur, vous trouvez ça "normal" ? A une époque, ce n'était pas admis comme standard, et Disney a dû faire beaucoup d'effort pour construire son studio.

Ne pas être compris.

On ne peut pas être génie en rapportant tous les suffrages. Un artiste est indubitablement incompris : à partir du moment où celui-ci est compris, il n'est plus un mystère, et son œuvre perd en qualité. L'art est justement art parce qu'il résiste à toute explication cartésienne. On l'a dit : un artiste est marginal. En marge, il ne peut pas être accepté de tous. Il divise. Voyez un peu : qu'est-ce qu'une personne qui parvient à réunir sous sa coupe l'ensemble de l'humanité ? Un dictateur !
Certains vont ainsi s'en donner à cœur joie afin de brouiller les pistes : nombreuses sont les personnes à user d'un vocabulaire complexe pour montrer combien l'art, c'est du sérieux ! Vous n'y comprendrez rien, vu qu'ils parleront de concepts etc, et vous aurez l'intime sensation que, oui, c'est de l'art ! Mais ne vous y trompez pas : si ça semble mystérieux, parfois c'est juste une apparence richement construite. Le vrai mystère n'a pas à se justifier, c'est à vous de lire et de comprendre. Si vous avez besoin des explications du bonhomme derrière, c'est que celui-ci ne se base que sur son discours afin de séduire la foule. Encore une fois, ce charlatan s'approche plus du dictateur.
Encore heureux que les véritables artistes ne réunissent pas tout le monde. Enfin, si on avait eu Dali à la place d'Hitler...

 Personne d'autre que les Inconnus n'a aussi bien saisi l'imposture qu'il peut y avoir dans tous les arts... Ah, si, regardez aussi Faîtes le mur, qui part de Banksy pour parler ensuite d'un autre personnage tout à fait fantastique : un charlatan de première !

Marginal, oui, mais pas trop !

"Attends une minute, tonton Death Metal ! Tu dis que c'est hyper important d'être "marginal", et juste après tu dis "mais pas trop" : mais t'as pas de face !"
Ah, mais il faut que j'aie le temps de justifier ça ! Prenez le temps de visualiser la chose un instant : un artiste ne vit que de son art, cela va sans dire ! Que ferait un artiste si personne ne comprenait ce qu'il fait ? Lui, il produirait, mais rien ne serait acheté ! Peu importe l'art (musique, écriture, peinture, sculpture etc), vendre et gagner de l'argent, voilà le nerf de la guerre.
La marginalité doit apporter du mystère. Trop en faire, c'est imposer aux spectateurs un piège à doigt chinois. Alors, soyez fous, mais gardez les pieds sur terre !

Avoir une névrose.

Voici un point commun entre le psychologue / psychiatre / ce-qui-commence-par-psy-et-qui-traite-de-la-psycho et l'artiste : tous deux sont emprisonnés dans une névrose. Si le docteur spécialisé en avait besoin afin de tout comprendre de ses patients névrosés, l'artiste est forcé d'être malade pour une simple raison : heureux, on ne produit pas.
Ou, plutôt : quand on est sain d'esprit, on ne crée pas.
Prenons l'exemple de la Divine Comédie de Dante : l'Enfer est torturé, plein d'une imagerie dérangeante qui inspire de nombreuses personnes, entre fascination et crainte. Tout le monde connaît des éléments de cet Enfer : les tempêtes de damnés, les corps décrépis mus par des pêchés immondes, le tout sous l'écho de leurs cris désespérés. On a aussi une image très précise du cerbère qui sans arrêt tourmente les mourants.
Dans ce "lieu où la lumière n'est plus", tout va mal, et c'est bien l'errance au milieu de ces ténèbres qui marque : on s'imagine nous-même en perdition dans notre vie, auprès de personnes anonymes qui errent comme nous, si bien qu'on ne se reconnaît plus et qu'on ne reconnaît plus personne.
Une fois arrivé au Paradis, le poème prend une autre tournure. Il retrouve sa fiancée, et tout va bien. Dans ce bonheur absolu, il ne se passe rien. La quiétude est continue, berce, repose. Forcément, on s'endort. C'est bien moins palpitant que l'Enfer !
Si un artiste va bien, sa production sera forcément cadencée par cette stase joyeuse.
De plus, pour produire quelque chose, il faut s'interroger. Regardez plutôt les œuvres qui vous ont le plus marqués : dans tous les cas, il y a quelque chose qui intrigue, questionne, met au regard, nous fait réfléchir ou penser. Ceci est seulement possible parce que l'artiste a pris une posture particulière : il a cherché à voir ce qui pouvait faire réagir les personnes. Je peux vous garantir que, pour réussir cet effet, il faut se tirer les cheveux sans arrêt, s'acharner au maximum. Quand on est sain, on ne se met pas en difficulté, on ne cherche pas à se faire violence. Il faut être fou pour produire, et vouloir produire encore. Être fou aussi pour se livrer, mettre toutes ses tripes dans la bataille. Fou de dépenser autant d'énergie dans une entreprise qui nous soumet à la critique, nous fragilise.
Fou de vouloir donner sans recevoir.
Fou de souhaiter puiser le beau dans l'inutile.
Fou, vous dit Jacques Ferron : "Le malentendu en littérature est à la base de la plupart des réputations. Il faut être un peu fou pour écrire. Comment expliquer autrement qu'un homme veuille se faire un nom avec les mots de tout le monde ?"

"Bénis soient les personnes étranges, les poètes, les marginaux, les artistes, les écrivains, les musiciens, les rêveurs et les outsiders qui nous force à voir le monde différemment." (source)

Feindre la facilité.

Dernier point de cette analyse, et le plus énervant pour nous tous : qu'il soit musicien, acrobate, danseur, cinéaste ou que sais-je encore, tous semblent faire leur art avec une facilité déconcertante. Ils parlent "d'inspiration", qu'ils ressentent le "plaisir de ressentir le feu soudain d'une création qui les dépasse"... Bref, ils vendent du rêve ! Ils nous diffusent une image de l'artiste qui se laisse porter par ses émotions, agit sous l'impulsion quasi-divine et, puisque cela le dépasse, ça semble être surnaturel, mais tout à fait accessible.
Voyez un groupe jouer sur scène, ils sourient comme pas possible. Tout a l'air simple pour eux, tout n'est que plaisir !
Ne soyons pas dupes : derrière tout plaisir affiché se dissimulent des heures de remises en question, de tirage de cheveux en quatre, de moments à chercher à se situer par rapport aux productions majeures, d'interrogation autour de la société, du monde et de ses mutations. Il y a aussi des heures d'entraînement, de travail pur. Le musicien a fait ses gammes et parfait ses technique pour avoir une exécution parfaite. Le peintre cherche la couleur idéale ainsi que les effets de textures idéaux. L'écrivain traque le mot juste, les phrases fluides. Il écrit sans cesse afin d'avoir une excellente gymnastique de la syntaxe.
Si on reprend la cas Dali, c'est un homme qui a passé toute sa vie à travailler à fond son art. Rien n'était laissé au hasard, il a constamment cherché à se dépasser et à surprendre. Ainsi, le cas de "Fracas" est un mythe : il a bien fracassé la vitrine pour l'inauguration du parfum, mais la légende veut qu'il a fait ça car il n'avait rien produit. Quand bien même on peut trouver des sources affirmant qu'il a fait ça sous une impulsion, je n'y crois pas : il n'a pas agi au hasard parce qu'il n'avait rien. Dès le départ, il savait qu'il ferait ça.

Tous donnent à voir un travail qui semble sorti de nulle-part, et qu'on prend quelques temps à parcourir. Peu importe la création, vous passerez moins de temps à la découvrir que ces artistes lorsqu'ils les ont produit. Si un album peut s'écouter en 45 minutes, combien de jours ont-ils passé à son élaboration ?

Une vidéo propre, pour une musique qui ne semble pas si simple à jouer que ça.

Tant de travail, qui peut être balayé par un simple : "C'est d'la merde !"
Et tant de charlatans qui, en quinze minutes, pensent avoir fait quelque chose de bon et, sous prétexte que certains, qui n'y connaissent pas grand chose, ont trouvé une accroche, parviennent à être reconnus. Ces charlatans aussi qui, par un tour d'esprit retors, parviennent à taper juste, et à remporter les suffrages. Mais, on l'a dit : un art qui attire la majorité, c'est du communautarisme, une dictature culturelle. Un homme politique peut faire un discours pour suivre le sens du vent : dans le département du pays de la Loire, le Hellfest a ainsi été critiqué injustement pour que la personne puisse s'assurer la majorité. Est-ce vérité, quand cette personne politique relance des clichés sur le Metal ? Peut-on croire quelqu'un qui ne connaît pas la culture qu'elle dénonce ?
Peut-on accepter l'art de quelqu'un qui agit plus en commercial ?

Plus que toujours : méfiez-vous de la démagogie.

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